‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 3)Chapitre 20 sur 33 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

est. Antérieurement à la naissance de ces organes l'animal a un sens inné, une conscience non apprise des facultés de son âme et des fins spéciales de ses organes L'homme, sans doute", n'a pas cet instinct précoce et sûr qui caractérise la bête. Son âme à sa naissance est pour ainsi dire nue, vide, dépourvue d'activités dirigées vers une fin propre, 'epr.p-oi T£)^vwv TTjç <}u)(7jç. Mals do mêmc qu'il a les mains, organe supérieur à tous les organes, de même il a, dans son âme, la raison, l'activité générale de la pensée, supérieure à toutes les activités déterminées 2. Ce n'est point, comme l'ont prétendu Épicure le philosophe et Asclépiade le médecin, la fonction qui crée l'organe : les organes ont été créés en vue d'une fin ^. Ce n'est pas la disposition particulière et plus parfaite des circonvolutions cérébrales, ni le volume plus considérable de la cervelle qui sont la mesure, comme le disait Érasistrate, de l'intelligence des êtres animés. En effet le cerveau de l'âne, dit Galien, est aussi riche en circonvolutions que celui de l'homme. La vraie cause de la supériorité intellectuelle de l'homme est dans la xpa^iç des éléments matériels du corps et dans la finesse et la délicatesse de la constitution du pneuma ^. En résumé, l'homme a un corps qui a été formé par un être puissant et sage, par un Dieu ou une âme du monde ; il aune âme, peut-être plusieurs ; cette âme lui vient du dehors, des astres et du ciel, et possède une sorte de raison, un vouç tiç ^.

Maintenant quelle est la nature et l'essence de cette âme, c'est un sujet sur lequel Galien n'éprouve pas moins de doutes que sur la question de son origine et de la formation du fœtus.

• T. III, 6. ai'<j6Y)<jiv yàp Ttav î^&ov àôïSaxxov exet twv t£ tÎ)? êauToO <|^uxîiç

2 T. III, 9. avOpcoTioç o\)y [xovo; àuâvxtov î^coœv, xéxv/^v e^wv Tipb xexvtbv èv

4 T. III, 674 et 700.

s T. IV, p. 358. £VTa06a (ici-bas, dans les êtres qui vivent sur la terre) (patvexat voO; Tjç àçixvoujxevoç Ix t&v àvw (T(0(ji.àx(ov.

I 2. — De l'essence de Vâme.

L'homme est un composé ; son être n'est ni absolument un ni absolument simple, car ce qui est véritablement un et sans parties ne peut souffrir aucune altération et se transformer en une autre chose. Or Thomme souffre, donc il n'est pas un ni simple ^ Cette altération, àXXot'waiç, s'étend à toute son essence, à l'essence de son âme, dont elle conditionne les divers phénomènes psychiques, peine et plaisir, sensation, mémoire et raisonnement 2, comme à l'essence de son corps dont elle conditionne les phénomènes physiques.

Nos corps sont composés de solides, de liquides et d'esprits, TTveufAaxa. Les solides sont les os, les cartilages, les nerfs, les muscles, les veines, les artères, les viscères. Les parties humides sont les humeurs, excrétions ^.

Nous verrons, tout à l'heure, ce qu'est lepneumaet dans quel rapport il se trouve avec les humeurs. Les humeurs sont dans le corps de tous les êtres vivants ce que l'élément est dans le monde, et il y en a aussi quatre : la bile blanche, la bile noire, la pituite, cpXéyiJLa, et le sang. Tous les êtres vivants sont constitués par un mélange des qualités de ces humeurs*, c'est-à-dire par un mélange d'humidité et de chaleur, de sécheresse et de froid ; car le sang comme l'air est humide et

* T. 1, p. 247. « Hippocrate a dit : Et moi je dis, si l'homme était un, il ne souffrirait pas )». La souffrance est un fait de conscience : c'est donc sur un fait psychique qu'Hippocrate fonde la conscience de l'unité de l'être vivant. V. plus haut, p. 339.

2 T. I, p. 484, 486, 487. Tcoca^^tv xz -/at àXXotoOcrOat ôt'oXv^; éauTyji; tyjv oùatav. Sans ràXXoîwaiç, on ne s'exphque ni les uâOo ni les Suvâ[xec; de l'âme.

3 T. XIX, p. 356. Je me sers sans scrupule de ces définitions, tout apocryphe que soit l'ouvrage qui les contient. Elles expriment très fidèlement la théorie physiologique de Galien.

* T. IV, p. 762. On pourrait dire aussi que les corps élémentaires eux-mêmes, par une pénétrabilité absolue et réciproque entrant les uns dans les autres, constituent les êtres vivants. Galien préfère croire, comme Aristote, qu'ils ne se communiquent que leurs quaUtés, zïxz ôè Ttov <rw[jiaTtxtï)v oùtritbv oXtov ôi'àXXyîXiov îoudtôv eÎTe Twv lîoiOTYjTwv jjiovwv... 'ntôavtoTspov Eivai vo(xt2^(jù xaxà Taç uoiôxrjTaç yîyveffôai xà; xpdaetç.

chaud ; la bile blanche, comme le feu, est chaude et sèche ; la bile noire, comme la terre, est sèche et froide; le phlegme, comme Teau, est froid et humide. Ces humeurs se combinent, se réunissent, s'unissent, auvt'dxavrai. IvouvTai^, de manière à constituer la diathèse propre et individuelle de chaque être, sa xpatjiç, son tempérament, son idiosyncrasie^ par laquelle il diffère de tout autre , car aucun animal ne peut être formé d'un seul de ces éléments, d'une seule de ces qualités. De ces humeurs s'exhalent les esprits, xà Tcvsufxara. De ces esprits , l'un est l'âme ou l'organe immédiat de l'âme. C'est la conclusion à laquelle aboutit Galien^, à la suite d'une exposition des phénomènes physiologiques que nous allons analyser.

Il y a au dedans de tout être vivant une chaleur organique innée, ro £{jLçpuTov 6£p[i.ôv 3 ; pour l'entretien et la conservation de cette chaleur vitale , il est nécessaire que l'animal aspire l'air extérieur dans ses poumons; ce phénomène physiologique s'opère, l'aspiration comme l'expiration, par la bouche, les artères, la peau. Le premier de ces mouvements, l'aspiration par la bouche et la trachée artère, est volontaire , TTpoatpsTixdv ; le second, qu'on appelle le pouls, dcpuy^jt-dç, est produit par le cœur et les artères, dans le temps de la diastole, au moyen des bouches des artères aboutissant à la peau et qui attirent dans le corps l'air extérieur afin d'y produire le rafraîchissement d'abord, une sorte de ventilation ensuite,

1 T. XIX, p. 485, 486; t. I, p. 509.

2 Cette conclusion s'appuie manifestement sur la doctrine stoïcienne du pneuma, qu'une école de médecins, appelés pneumatiques (t. VII, p. 175. ol 7rv£u[jLaTtxot laxpoc), avait adoptée pour fonder systématiquement la science de la médecine. Galien, qui se rattache visiblement à leurs principes, ne fait que la développer dans son sens physiologique et psychologique. T. XiV, p. 699. « Les médecins, Athénée et Archigénès, professent que c'est uniquement par le pneuma qui les pénétre (les éléments solides et matériels du corps), que tous les phénomènes physiques, même les phénomènes morbides, sont formés et gouvernés \).ôv(ù ôiVîxovTt ôi'aÙTwv tîveu- [xaxi xa\ xà «pudtxà auveaxàvat xs xai ôtoixctaôai xat xà votn^j^axa, et que c'est le pneuma qui est est le premier sujet affectant ou affecté, xouxou upwxo-jia- 80UVXOÇ o6ev xai Tiveup-axixot xP'^I^ol'^^'^^^^^ Paracelse les appelait Humoristes.

enfin, et c'est sa fonction laplus remarquable, afin d'y engendrer le pneuma psychique*. Le pneuma psychique, nous le voyons déjà, est le résultat, on pourrait dire chimique, de la combinaison de la chaleur vitale interne, organique, avec l'air extérieur.

Le cœur et le poumon d'un côté, les artères et les veines de l'autre, étant unis entr'eux par des appareils anatomiques, le cœur tire du poumon et reçoit l'air extérieur par les deux artères voisines, et à son tour il pourvoit et nourrit de sang le poumon 2. Le pneuma, résultant de la combinaison de la chaleur vitale et de l'air extérieur revient ensuite du cœur par le ventricule gauche, dans ces artères 3. Il y a donc entre ces parties de l'organisme une sorte d'emprunt mutuel et d'échange. Le cœur fournit au poumon sa nourriture, le sang, qui lui arrive par le foie, et le poumon, en échange et comme en compensation de ce qu'il reçoit, donne au cœur, par l'intermédiaire du foie, le pneuma*. Les artères répandent et distribuent l'air inspiré dans tout le corps, et en font ainsi du pneuma vital, 7cv£u[i.a au{i.cpuTov, en le transmettant au cœur qui est le foyer ou la source de la chaleur na-

* T. V, p. 709. Tp'.îov evexa... yeviaewç 7iveu(xaToç ^\>xiy-o\i.

^ T. V, p. 525. £>c Tou 7îv£U[xovoç Y) xapôca xbv àépa ôià twv elpYjfxévtov àpTrjpicbv [h grande et la petite) ; Galien fait une comparaison expresse entre les phénomènes vitaux et les phénomènes de la vég(';talion. (Id., 5:24. aye ôrj \j.o'. ir^y eîxova £7i\ Ta Çtba). L'air que le cœur tire du poumon par ces artères, est comme la nourriture fabriquée par la nature, utîo -zt); cpûaewç ôeÔYifJLtoupyYîjxévY^v xpo^v^v, que les végétaux tirent de la terre par les racines. Dans le ventricule droit et dans les veines, le sang prédomine ; dans le ventricule gauche et les artères, c'est le pneuma. Mais il y a du sang et du pneuma daus les unes comme dans les autres, seulement dans des proportions différentes. T. 111, p. 491. [iziix^vciv al (xèv àp'C-/)ptat XsTiToO xa\ xaOàpovi y.où àxfJLOJÔouç, a.ï ôà cpXéêeç oXcyou xai 6[JLtx^<^3ouç àépoç. Érasistrate, dont Galien combat l'hypothèse, croyait que les artères ne contenaient que de l'air, et les veines que du sang. Les médecins appelaient, en suivant cette opinion, le ventricule gauche, pneumatique. T. 111, p, 436. tyiv àpiarepav auTY)? xoiXtav v^v toîc laTpoîç eOoç ôvo^àÇetv iaiX 7iv£U[j.aTixirîv.

3 T. IV, p. 511. Tyjç xapSta; sic, èauxi^v ti Trapà xoû 7tv£up.ovoç DxouffYjç àépo; èuiTCEtxTroûaY); T£ xaîç TtXi^aiov àpTYîpcatç.

^ T. 111, p. 444. 'A[j,oiêY)v yâp xtva nvEUfjLovi ty^v ex tou t^tkxioç OpÉ'l'iv ^oix£v àvTiTiapéxEiv ï) xapôca, xat toutov âvxEiaçépEiv aÙTÔ) (le foie qui le transmet au cœur) xbv ^pavov àvQ'ou Xa(JL6âv£t 7tap'èxe(vou Tiv£up.axoç.

tive vitale qui fait vivre Tanimal. Toutes les parties matérielles de rorganisme se mêlent et se pénètrent, sont toutes en toutes, sv ôcTradt TcàvT 'ÈdTt, comme Ta dit Hippocrate; aucune n'est pure et simple, toutes participent de toutes, Tràvxa TràvTwv

Le pneuma n'est donc pas, primitivement du moins, identique avec la chaleur interne ; il est engendré, sous l'influence de la chaleur dont il devient ensuite le véhicule, de l'air extérieur d'une part, qui se combine avec le principe de la chaleur vitale, et d'autre part des évaporations ^ des matières organiques internes, des humeurs, c'est-à-dire du sang, des glaires, de la bile et du résidu des matières alimentaires ^.

De l'action imparfaite de la chaleur sur les matières alimentaires, insuffisamment dissoutes et assimilées, naît le pneuma cpu^caSTi; La fonction de ^la respiration est d'un ordre plus élevé : elle modère la chaleur dont Texcès amène la mort, et d'autre part elle nourrit le pneuma psychique s, c'est-à-dire le pneuma qui est l'âme ou le pneuma de Tâme.

Il y a donc, suivant Galien, plusieurs espèces de pneuma dans l'être vivant.

1. Le pneuma (puawSeç, qui naît, nous venons de le voir, des vapeurs, des gaz exhalés des humeurs : c'est le plus grossier; on en voit les effets dans les phénomènes purement physiologiques, les flatuosités, le vertige, les bâillements.

2. Le pneuma organique vital, Çwrtxdv, aufjicpuTov 6, est d'un

* T. III, p. 436. Yj xapSt'a ty]? èfxçuTou ôspfAaffc'aç ^ ôtoixeîxai xb Z^ûov oîov â(TTÎa TÉ Tt; ècTt xa\ Trrjyr)... zut uavTi Çfuto ôtaçuXaTxei tï)V Ça)Y)V.

^ àvaOu[JLiâ(Tetç, aT^-ot, cçvaai.

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