T. VII
* T. VII, 240. 7j 8e ÈvepyoOa-a (xèv «{xcp't la aixia ^epyôxt]ç utoç ôtaXuec aùxà, 'AOLiepyâ^e-zat. ôà oùx àxptêtoç, xàvTeOôev y) xo\j qpufftoôou; uv£U[JLaTOç yévedtç.
^ T. IV, p. 510. ôeuxépa ôà (xps'a) 6p£*{^c; tou i|;uxtxoO nvsufxaTOç.
6 T. IV, p. 147. Le sang des menstrues de la femme ne forme que la matière du produit : c'est l'ÈTtcTriôeio; uXy^ upo; èfi-êpOtov Çwwv Y^veoriv. Mais la cause motrice, Yi àpxY] xtvYîTtxYj, organisatrice, c'est le ffufxçuxov TiveOfjia, qui solidifie la matière humide du sperme.
ordre supérieur; il se trouve principalement dans le cœur et les artères, où il est nourri par la respiration et le sang; il produit les phénomènes de la vie de nutrition, la digestion, la génération, et diffère du premier par son abondance et sa chaleur
3. Enfin de ce pneumavitalse forme un pneuma psychique qui réside dans les ventricules du cerveau, et y est arrosé et alimenté par le moyen de la respiration et par l'appareil du tissu de filets nerveux qui préside à la distribution régulière de l'air inspiré ^. L'encéphale est comme la source du pneuma psychique 3.
A ces trois espèces ou à ces trois degrés de développement du pneuma, Galien ajoute parfois encore le pneuma physique, qu'il distingue du pneuma vital, et qui, si toutefois il existe, a son siège dans le foie et les veines^.
Dans cette classification des pneumas de l'être vivant, Galien n'est pas partout constant avec lui-même , au moins dans la technologie : c'est ainsi qu'il pose parfois comme le genre le pneuma e(jt.cpi>Tov ou aujjicpuTov s, et y distingue deux espèces : le pneuma physique, cpuatxdv, et le pneuma psychique; à ces deux espèces, d'autres philosophes, dit-il, en ajoutent une troisième le pneuma exxtxdv ; ce dernier est le principe de l'unité des minéraux, to (tuv£x.ov. Le pneuma cpudtxdv, de la nature, est celui qui nourrit les animaux et les végétaux; le pneuma psychique est celui qui, dans les êtres animés, '£{jnf u;(a, leur donne la sensation et le mouvement dans toutes
* T. IV, p. 181. 7iv£0[jLa TioXÙ xat ôeptxôv. T. X, p. 839. toO ôà ^toxtxoO Ttveujjiaxoç.. xata xe tyiv xapôtav aùvo xat xà; àpxripiaç.
2 Je ne comprends pas autrement la phrase, ôià re tv]? e'KTuvoîîç xat xri; ex ToO ôixTuoeiÔoO; TtXéytxaToç ^opYjytaç.
3 T. X, 839. xoO (jièv (];uxixoO uveijfjiaTo;... ofov ifoyi^v riva ouaav tov èyxécpaXov.
^ T. X, p. 839. et ôà lazi xt y.(x\ cpudtxov TcveO[ji.a, ueptéxoiT'av xa\ toOto xaxà Te TO r)7iap xat Taç çXeêaç.
5 T. XI, p. 730. Galien le confond avec J'eficpuTov Oepptov d'Hippocrate : « Ce qu'Hippocrate appelle ^[icpuTov 6ep[xc.v, c'est ce que nous appelons, dans les animaux, ■jiveOfjia, et rien n'empêche d'entendre par l'eixcpuTov ôepixôv, uni au pneuma, la substance du sang et de l'air. Les Stoïciens en avaient fait la substance de l'âme ».
CiiAiGNET. — Psychologie. 23
leurs formes, degrés et espèces. L'animal les réunit tous les trois : le pneuma psychique est dans sa tête, le pneuma physique dans son cœur, le pneuma àxTixdv, dans tout le corps * .
Le pneuma de l'âme comprend deux parties ou éléments organiques, axoixeic/.^ KaTaffràffetç, complètement unis et mêlés l'un à Tautre, 8t ô'Xojv àXXi^Aoïç xsxpaf^iva : c'est le froid et le chaud, ou si Ton aime mieux, l'air et le feu 2. Nous pouvons nous en assurer par le phénomène de la mort. Que l'âme soit dans sa substance ce pneuma, mélange d'air et de feu, contenu dans les ventricules du cerveau s, que l'âme soit la forme de ce mélange ^ ou qu'elle soit quelque force incorporelle, absolument étrangère à toute passivité s, différente de cet appareil qui n'en serait alors que l'organe, la mort naturelle, qui se manifeste par l'immobilité et l'insensibilité, vient quand l'appareil encéphalique est blessé, parce que, même si l'âme diffère de ses organes, elle ne se dissout pas moins quand ses premiers organes, c'est-à-dire le pneuma, sont altérés. Or l'altération, la lésion mortelle du cerveau ne peut être produite que par deux causes : ou parce que le cerveau est vidé de la substance pneumatique qu'il renferme ou par un excès de chaleur qui s'y manifeste. Or l'arrêt de la respiration, qui nourrit le pneuma d'air, c'est-à-dire de froid, n'a pas pour cause, les expériences ne le prouvent pas du moins, le fait que le cerveau est vidé de sa substance 6, vide de pneuma; la fonction de la respiration qui entretient le pneuma, c'est-à-dire la vie, est donc arrêtée par un excès de chaleur
* T. XIV, 726. ToO Bï £[xcpuTou TîvsupLaxoç ôcttov elSoç, to {Jièv cpyfftxbv, 10 5è ^'"^'^ ^'^'^ xpcTOv eîaâyoyat xb IxTtxov.
3 T. IV, 501. £(ji.9UToç ôsppiaaîa, OU TiveOtiLa.
^ Id., 509. xb (jufJLTtav aùxrjç xrjç xaxaaxsuY)? elôoç.
5 Id., 509. 7] Tiap'aùxYjv eîxiç ôuva[ji.tç àacopiaxoç... aùxf,v (xèv àua6^ TtavTeXcoç
6 Ce qui arrive dans les blessures profondes des ventricules du cerveau. T. IV, 510. Conf. t. V, p. 611.
' T. IV, p. 510. àuoXeiTtexat oxt ôià 6epiJia<rcaç ocp.exptav à7io6vT^(xxo|JLev.
c'est-à-dire par un manque de proportion entre les deux éléments principaux constituants du pneuma psychique.
Nous savons que ce pneuma, qu'il soit Tâme ou seulement son premier organe, est le principe, dans l'être vivant, delà sensation, du mouvement volontaire et de la pensée et la preuve c'est l'insensibilité et l'immobilité qui se produisent immédiatement quand les ventricules du cerveau qui le contiennent sont profondément lésés. Mais l'action du pneuma, sous ses divers modes, ne parait pas directe et immédiate; c'est par l'intermédiaire du système nerveux qu'il l'exerce, c'est du moins une hypothèse, sur laquelle il est vrai que le prudent Galien ne sait pas se décider absolument.
Les nerfs qui avaient été découverts par Hérophile et Érasistrate contiennent du pneuma, et c'est par là qu'ils sont, avec les artères et par la même raison , les organes conducteurs des sensations et des mouvements, les voies de communication du pneuma 2. Il y a, sur ce processus, deux opinions possibles : ou bien il y a dans les nerfs, dans tous les nerfs, et non pas seulement dans le cerveau, dans lequel et dans les membranes enveloppantes duquel ils ont d'ailleurs leur origine, une espèce particulière de pneuma, qui leu]' est inné et qui a en eux son siège naturel, sa demeure, sa patrie 3, et qui reçoit du pneuma premier comme un coup avertisseur, par lequel il est mû et averti de ce qu'il doit faire ; ou bien les nerfs n'ont pas de pneuma propre, mais par l'apophyse venant de l'encéphale, le pneuma du cerveau^ qui est pour ainsi dire le chef du chœur de tous les a(îtes de la vie s'écoule dans les nerfs, toutes les fois que nous opérons un mouvement physique ou un acte de sensation ou de pensée; quelque solution qu'on adopte, et Galien n'en adopte aucune,
* T. XIV, 726; t. IV, 770. ■?) èv èyxsqpâXo) xa6c5pu[X£VY] XoytCTTtxY) <]^u/iq.
2 Gai., t. III, p. 813. « Hérophile nommait les nerfs optiques, pores, Trôpoi, oxi {i^vot; aÙTot; acdO-^ral xai aaçeîç el(jtv al toO 7iveu[iaT0ç oôoi ».
3 ey/coptov Tt xa\ (rufJLqjyTov aùxoîç.
4 T. V,610. xop^yeîTac.
il n'en résulte pas moins que le système nerveux, médiatement ou immédiatement, est le véhicule, sinon le principe, de la force motrice vivante et de la faculté de la sensation, c'està-dire au fond de la pensée.
La nature s'est proposé trois fins dans la distribution des nerfs : 1^ les nerfs donnent la faculté de la sensation aux organes physiologiques de la sensation; 2» par leurs liens anatomiques avec les muscles, ils donnent aux membres mobiles, le mouvement volontaire; 3" pour les autres organes ils nous donnent la conscience, Btotyvaxjiç, des choses qui peuvent leur être douloureuses; ils nous donnent Timpression du plaisir et de la douleur, sans laquelle les êtres vivants seraient vite détruits ^.
Au fond, il n'y a pour Galien qu'un pneuma, dont les différentes fonctions et les sièges divers correspondent à des degrés différents de pureté, de perfection et d'harmonie dans le mélange qui le compose, et une question plus grave que celle de savoir comment les nerfs participent aux fonctions de la vie même intellectuelle, s'élève et reste pour lui, en apparence, non résolue et insoluble. Ce pneuma qui est un en substance, et de nature manifestement corporelle puisqu'il est nourri, alimenté, soit seulement par l'air extérieur inspiré, comme le veut Érasistrate, soit en même temps et concurremment par les vapeurs, le gaz, exhalés du sang, comme le pense Galien avec beaucoup d'autres médecins célèbres,
* T. ni, p. 378. Tpeîç yàp ôf| ctxotioi x/j cpvaei xrj; xtov veypwv eiaï ôcavofjLYjÇ, 6 (J.£v oda^Yiaeui; evexa xoïç aîcr9-/)xtxotç opyâvot!;* ô 6è xtviQcrewi;, xotç xtviQXtxoîç, 6 6Vtç xrjV xtov XuTtrjOovxwv ôiàyvwutv anaai xotç àXXotç. Il y a donc : les nerfs de la sensation, considérée comme connaissance ; les nerfs moteurs et les nerfs de la sensibilité, de l'atîection agréable ou douloureuse. La conscience, 6iâyv6oa-tç, ne se révèle, chez Galien, que comme la conscience d'un état affectif du corps, conscience d'une douleur ou d'une jouissance physiques. Dans ce passage (p. 379), Galien s'associe à Hippocrate pour parler de la nature, r\ cpu<jiç, comme d'une puissance propre, spéciale, et à laquelle il donne, comme lui, les attributs de sagacité, de justice, d'habileté technique, de providence, wç eùn:at3eux6ç xe xa\ ôtxala xa\ xe^vtxY) xai T:povo-/]xtXY] xtov Çtotov cpucjtç èaxcv.
2 T. III, p. 380. et yàp p,Yi6à xoOO 'ijur,px£v aùxoîç, àXX'rjv àvaioOrjxa xtov èv aûxoîç ïTaÔYjfxàxwv, oùôèv av excoXyev èXax'fffw XPÔvw ôcaçOetpeaOat ta Çûa.
sur Tautorité desquels il appuie son opinion S ce pneu ma (Tujj-cpuTov, ^(jDTtx(^v, t|/u/txov, esMl Tâme même et sa substance, ou n'est-il qu'un organe, un organe essentiel, primitif, un appareil organique et obéissant? Sur ce point et à plusieurs reprises, Galien déclare qu'il n'ose pas émettre une opinion 2. L'âme est-elle une substance existant par elle-même, c'est-àdire est-elle une substance 3? Alors elle pourra être, elle devra être absolument incorporelle; par suite, elle pourra être réellement et absolument immortelle^; au contraire n'est-elle qu'une forme, un état, une puissance, une qualité du corps, alors elle sera sinon corporelle, du moins elle sera liée à la substance du corps et périssable comme lui 5. C'est là un problème sur lequel il n'a trouvé nulle part une solution rigoureusement démonstrative , fondée sur des preuves géométriques, pas même une opinion plus vraisemblable l'une que l'autre 6; mais il n'est pas difficile de voir de quel côté, malgré lui peut-être, penche son esprit.
Si l'âme est incorporelle, comment et par où cette essence incorporelle peut-elle se distinguer d'une autre essence incorporelle ? Où trouver le principe de l'individuation, de la personnalité ? Je ne çonçois pas, dit-il, malgré tous mes eiïorts, comment ces différences peuvent s'établir, s'il n'y a pas quelque différence de qualités ou de formes physiques. Comment, d'autre part, si l'âme n'est rien du corps, peut-elle
* T. IV, 501. xàx TV]!; tou aijxaTOç àvaOuixcaaew; oùx aTueixbç avxb xpécçnaQoci...
2 T. XI, p. 730. TO TtpwTOv auTY); opyavov... f,[;,et:ç ôà uep'i oùac'aç 4'^X''1Ç ^^"^^ TTOCvu Ti ToXvt.to[jLev àirocpaîveaôat.
3 T. IV, p. 762. e\ [x-/)5£(jLLa xaO'IauT-^v saTtv r\ oùffîa ^'^X^'^-
^ T. IV, p. 70. ouT£ yàp et TravTàuaatv àucofjiaTo:, oute el acdixauKri Ttç eaTiv, ouT£ eî TsXétùç àiSioç, ouT'e't çôapT-)), Ypa[i[).ixaXQ. àuoôetleatv eupôv Tiva xexpïifJ-svov. Galien entend par démonstrations ypaixfx'.xac, des preuves g('ométriques qu'il oppose à des arguments oratoires. T. IV, 702 et 695.
5 T. IV, 788. 'UTTO^'tav Ttvâ àcpaipet (xeyâXY^v oXy) ty) xîjç ^'^X^Ç oùaca [ir\ oùx aatofiaTo; et il semble prouvé qu'elle est ou etSoç,' ou uâôo;, ou ôuvatJLiç, ou TtoioT/]; du corps.
6 T. IV, 700 et 701. oùôefxt'av eOpiaxwv S6$av àuoôeSecytxév/jv è7i;t(7roti.ovixtbç àitopetv ojAoXoyà) 7cep\ où^tac, où6'à-/pi toO uiôavoO upoeXOeiv ôyva{Ji£voç.
s'étendre et se répandre dans tout le corps ? C'est une chose encore plus incompréhensible. Pourquoi, si l'âme est incorporelle, n'est rien du corps, pourquoi l'abandonne-t-elle quand celui-ci vient à perdre son sang, quand la fièvre en accroît immodérément la chaleur, quand un poison le refroidit à l'excès * ? Pourquoi, dans le cerveau, l'excès de la bile blanche produit-elle le délire, l'excès de la bile noire l'état mélancolique? Pourquoi enfin certains médicaments, certaines boissons lui enlèvent-ils l'intelligence et jusqu'à la mémoire? Ceux même qui croient que l'âme possède une substance propre, sont bien obligés de reconnaître ces faits, et d'avouer que l'âme dépend du tempérament, c'est-à-dire de la constitution physiologique du corps 2. Le corps, par ses états propres, détermine les états psychiques, même les états intellectuels, et si les phénomènes de la partie pensante de l'âme subissent ces influences physiologiques, que faut-il penser de la partie qu'on appelle mortelle? Celle-là, du moins , si toutefois on peut la distinguer de l'autre, non seulement obéit aux influences du corps, mais n'est autre chose que le tempérament, la constitution corporelle 3.
Quand Aristote définit l'âme la forme du corps elBoç tou (yw[j,a- Toç, au fond que veut-il dire ? Ce n'est pas sans doute la figure extérieure, [xopcpi], qu'il désigne ; c'est donc un autre principe différent des corps naturels, ayant la puissance d'organiser le corps ; mais puisque selon Aristote, toute chose est constituée
* T. IV, p. 776. oùx ou(T/]ç ôè irocoTYjTOç tj eî'Souç (TtofjiaTOç oùSefxtav voto ôtacpopav.
2 T. IV, 777-779. àvayxaîov eaxat xat lolz IScav oijaîav e^ecv uuoOejJiévotç tt)V 4^U7Y]V o[jLoXoyriaat SouXsuetv auTYiv xai; touç ato[xaTOç xpào-eoriv. Ce sujet est traité dans un mémoire spécial intitulé oTt xà xri? ^ux^? (ou ôuvdc(jiei(;) xaî; xoO a(jô[!,yLToz v.pafrea-cv euôxa'.. Proclus {in Tim., p. 346) y fait allusion : « Que dit Galien? Que les états du corps constituent les facultés de l'âme, de sorte que lorsqu'il est humide, agité, troublé, l'âme est agitée et privée de raison ; lorsque la proportion et l'ordre régnent dans le corps, l'âme retrouve sa raison et sa force ».
^ T. IV, p. 782. ôtïox'oSv xo Xoy;xbv xrjç ^pu^^^ (xovoeiôr) oùtrîav e"/ov xy) xoO acofjLaxoç xpâ<7et aup-aexaêaXXcxat, xt yo\i'.<7<x<. naaxetv xb 6vY)ibv aùx>,; elôoç. N'esl-il pas évident qu'elle est absolument l'esclave du corps? disons mieux : aùxb ÔY) xoux'eîvac xb Ovv^xbv xyjç <î;uxviç, xy]v xpaccv xoO (jcotxaxoç .
d'une matière et d'une forme, que la matière possède les qualités inhérentes aux quatre corps élémentaires, que le mélange de ces quatre corps s'opère par l'action de la forme informante ou organisante, il est clair que, pour Aristote, l'essence, la substance de l'âme n'est autre chose que le mélange de ces quatre corps, ou si l'on aime mieux des quatre qualités dont ils sont les véhicules. Dans ce cas, s'il y a une forme de l'âme distincte, caractérisée par la faculté de penser, elle sera mortelle , car elle aussi est un certain mélange (d'air et de feu) dans le cerveau, et à plus forte raison toutes les formes et espèces de l'âme* seront mortelles. Si Galien répète : « Sur ce point de l'immortalité de l'âme pensante, Aoyiart^dv, jene puis ni la nier ni l'affirmer », il me semble que son sentiment intime se trahit par le fait seul qu'il reproduit toutes les raisons contraires à la thèse de l'immortalité, et qu'il oublie toutes celles qui la favorisent. L'âme est pour lui un fluide aériforme, qui fait partie de l'être vivant à sa formation première, mais a besoin d'être nourri et entretenu, d'une part à l'intérieur par l'évaporation du sang, d'autre part à l'extérieur par l'air ambiant qu'il absorbe par la fonction de la respiration. Ce fluide, un en substance, a cependant des degrés de perfection ; il est plus ou moins pur, plus ou moins léger, plus ou moins éthéré, suivant qu'il réside dans le foie, dans le cœur ou dans la tête, et à ces divers degrés de perfection et de pureté de son essence correspondent différentes fonctions de la vie physique et intellectuelle. Galien, en contradiction avec son opinion sceptique sur la substantialité distincte de l'âme, mais conséquent avec son sentiment intime sur sa matérialité, fait de ces trois stades de développement du pneuma, trois âmes, trois espèces d'âme, ou si l'on veut trois parties de l'âme ; mais il traite ces parties, non comme des forces ou facultés d'une substance unique, comme
* T. IV, 774. ei jxàv oZv xol\ to Xoyt^ofxevov sî8o; xr;? <|>uxriç ^i ôv/^cov '^«rrat. xai yàp xai aùxb xpaac; xtç èyxecpdcXo).
ront fait, c'est lui-même qui le remarque, Aristote et Posidinius, mais comme trois substances différentes, hétérogènes les unes aux autres et pour ainsi dire contraires*, ainsi que Fa fait Platon qui les sépare localement les unes des autres en leur donnant un siège différent, et qui les différencie encore plus par leur substance 2. Ces trois âmes sont, on le sait, l'âme concupiscible, l'âme irascible et l'âme pensante, xo Xoytanxdv. La première peut être appelée aussi physique, «puaixT^, ou nutritive, OpsirrixT]; elle préside aux fonctions de la nutrition, et nous est commune avec les végétaux et a son siège dans le foie; les veines sont ses canaux de transmission. La seconde, qu'on peut appeler aussi vivifiante, C^tixt^, nous est commune avec les animaux et a son siège dans le cœur, source de la chaleur naturelle ^ ; elle préside aux actes passionnels, aux émotions et sentiments involontaires. Enfin la troisième, xo XoyirjTixov, tj ^uj^iy.y\ Suvap^ç placée dans le cerveau, préside à la fois aux actes volontaires et aux sensations ; elle communique à tout l'animal le mouvement, la sensation et la pensée par l'intermédiaire des nerfs ^.
Réfutant l'opinion de Chrysippe, qui appelle parties de l'âme les éléments constitutifs dont se compose la raison dans râme, Galien observe que la raison, 6 Xdyoç, n'est pas la même chose que l'âme, et ensuite qu'il ne faut pas confondre les parties de l'âme avec les parties de la raison ; qu'ainsi les idées innées, ewoiat, TrpoXVj^J/etç, qui sont dans l'âme, sont chacune des actes de l'âme et n'en sont pas des parties ;
1 T. IV, p. 768. Ttov Tpttbv aùxriç (de l'âme) elôwv xz xa\ {xepwv èvSeôeîxQûti xà; SuvàjxEcç èvavtt'aç uTîapxovaa;.
2 T. V, p. 515. ô [xèv ouv XlXaxwv xa\ toîç totioic xoO crtoiiaxo; xe^dopcaBat
Trpoo-ayopsusf ô ô 'ApicrTOTlX-/]? xe xai 6 IlocrsiScovio? eiô-f] [J.àv y) \iip-t) '\>^X^i^ oùx ovof^à^ouatv, iuvapistç ô'stvac cpaai (Xiaç oOcrcaç ex xrjç xapôîaç opfxœfAÉvvjç. Mais Aristote se trompe sur ce point, ol 7tep\ 'Ap'.axoxek-q/ c-çâXXovTat p-tocç oùtrlaç xpeîç ôuvo(|xetç eivai vo(jLt!^ovTeç.
3 T. XV, 292. 6ep[ji.à(Tcaç cufxçuxou.
^ Car Galien se sert lui-même du mot ôûvatxiç. 5 T. XVI, 94; t. XV, 293.
tout au plus les pourrait-on appeler des parties de la raison *.
Il y a donc en nous trois facultés, Suvàjxstç, possédées par ces trois âmes ^ ; mais il ne faut pas se représenter les facultés comme des espèces d'êtres réels habitant les substances, comme nous habitons nos maisons 3. Le mot faculté ou puissance, Buvajxtç, vient du pouvoir de l'âme de faire ce qu'elle peut, oltzo Tou 8uva(76at Tcoistv, oTrep 'àv Suvaxat. C'est toujours la faculté OU la puissance de quelque chose, et la notion que nous en acquérons est de l'ordre des relatifs*. Tout ce qui devient est l'effet d'une certaine cause, qu'il faut concevoir nécessairement dans sa relation à son effet. Cette cause est la puissance de cet effet, et elle n'est faculté que dans ce rapport. C'est pourquoi nous disons que la substance a autant de facultés, de puissances, Buvàjxeiç, que d'actes, svépystat. Elle ne fait évidemment que ce qu'elle peut faire. Quand nous disons que l'intelligence a plusieurs facultés, la sensation, la mémoire, l'entendement, cela veut simplement dire que l'âme peut sentir, se souvenir, raisonner. Il en est de même de l'âme concupiscible, qui préside aux fonctions de la nutrition, de la croissance, des instincts aphrodisiaques, et de l'âme irascible, Ouji-osiSr^ç, qui a aussi beaucoup de facultés et de puissances telles que le goût de la liberté, de la supé-
* T. V, p. 445. ^(TTcv evvotôiv xi Ttvœv xai Tzpolr^^eiùv «6 p o t afJLa... où «l'^X^Ç ôcXXà Xoyou TaO-r' eivai {jiopia .. xaç y'Ivvocaç xa\ irpoXrjil^Eiç où [jLopta ty;ç tî^u/r)? XexTÉov, àXX'èvepyetaç Ttvâç... où yàp ôr\ uou xaùxov iaxi ^^X'h Xoyoç.
2 Parfois (t. II, p. 1), Galien n'en admet que deux : L'âme d'un côté, <\i\ixr\^ principe de la sensation, des mouvements volontaires, qui est propre aux animaux, et la nature, çùaiç, principe de nutrition et d'accroissement, commun aux animaux et aux végétaux. Il est vrai qu'on peut donner une âme même aux végétaux et l'appeler çuxcxYj «l^u^^, et réserver le nom d'aî(T6oxixY) à l'autre. Mais il vaut mieux dire que la nutrition et la croissance sont des fonctions de la nature, et non des fonctions d'une âme, (pùaewç epya, où On voit ici la nature, çùfriç, jouer
le rôle d'une force spéciale, dont les théories de Galien n'expliquent pas autrement la nature, et que l'influence inconsciente des idées stoïciennes introduit dans son système. Conf. t. VII, p. 55. « Il faut distinguer entre les facultés de la nature, çùffeœç, et les facultés de l'âme ».
^ T. IV, 769. «(jirep... IvotxoOvroç tcvo<; iipàyfi.aTo; xat; oùffîaiç.
* T. XV, 291. èv xoi Ttpôc xi xexxY^txeOa.
riorité, du commandement, des honneurs, la passion de la vengeance ^
Les facultés de l'âme humaine, si Ton rapporte soit à la la nature, cpuatç, soit à l'âme nutritive et à l'âme vitale, les phénomènes de la vie purement animale, se divisent en sensibles, a'.GÔTiTixai, motrices, xiv/iTixat'j et dirigeantes, Y]y£tji.ovr.)cai;. La faculté sensible a cinq espèces, relatives aux cinq sens, ses organes ; la faculté motrice n'a qu'un seul organe, dont la substance ne se divise pas, le pneuma, et un seul mode d'activité, le mouvement qui se diversifie en apparence suivant les organes mûs ; enfin la faculté directrice, la raison, se divise en trois facultés : l'imagination, to cpavTaaxtxdv, la raison discursive, le raisonnement, to StavovviTixov, la mémoire,
TO [i.VTi[J!.OV£UTtXOV ^.
On ne voit pas figurer dans cette classification la conscience, comme faculté spéciale, et le nom par lequel Galien semble la désigner, Stàyvwtrtç, ne la distingue pas suffisamment; nous avons vu plus haut qu'il appelle ainsi la faculté de l'animal de discerner les choses qui lui sont nuisibles, en même temps que leurs propriétés objectives; il complète accidentellement cette insuffisante explication, par le terme de TrapaxoXouO-ricrtç. Galien ne connaît d'autres mouvements involontaires que ceux du battement du cœur et du pouls, dans les artères, qu'on appelle vitaux 3. Les mouvements opérés dans le sommeil, le mouvement même de la respiration est volontaire ^, puisque nous pouvons le suspendre, l'arrêter, même jusqu'à en mourir. S'ils semblent s'opérer sans notre participation, c'est que nous n'y pensons presque jamais. Mais alors,
1 T. IV, p. 767, sqq.
2 T VII, p. 56.
3 T. VII, 585. Les mouvements dans les artères et le cœur, S; upoaayopsuoufft î^wTtxàç. Il y a une troisième espèce de mouvement dans les veines, mais qui n'est pas perceptible aux sens, oùx oùnbqxôv ». Quel est-il? Galien n'en veut pas parler : oùSàv èv TÔ) TiapovTi ôlopiat Uyeiy. Les veines ne contenant guère que du sang, Galien aurait-il deviné le mouvement du sang, sans le concevoir comme circulatoire ? Il passe, en effet, du cœur dans les poumons, t. XV, 381.
* T. IV, 444. IvapYàç (xèv oSv to TYjç avauvo?]; ôeTuôÇetv 7tpoa;pE(ytv.
se demande lui-même Galien, pourquoi n'y pensons-nous jamais ? pour quelle cause notre pensée n'accompagne-t-elle pas ces actes, s'ils sont voulus, TrapaxoAouôou^xsv xr^ Biavoia? Cette activité de la raison qui accompagne, comme forme, Tacte psychique comme contenu, c'est bien la conscience, surtout si Ton y joint la notion de ce discernement des propriétés objectives des choses, qu'il appelle Biàyvwdt;.
G alien connaît même des degrés dans les phénomènes de conscience , et comme l'état d'obcurcissement et presque d'évanouissement de la conscience même. Ainsi la marche est assurément un mouvement volontaire, puisqu'il dépend de nous de le produire comme de le supprimer, de le ralentir et de le précipiter C'est l'âme qui le produit et non la nature Mais alors'comment se fait-il que, sans s'en apercevoir, sans en avoir conscience, la marche se précipite quand on suit un cours de pensées avec une très forte intensité d'attention. C'est qu'il y a dans la conscience des degrés de force et de clarté; en s'attachant fortement à l'objet de sa pensée, la raison, o loyiaiJ.oç, ne donne plus qu'une faible partie d'ellemême au mouvement de la marche ^. Même dans le sommeil, l'âme n'est pas sans activité; mais sa tension, auvrovia, se relâche, par suite de l'affaiblissement de l'action du pneuma du cerveau sur les nerfs des sens ; car ce pneuma a besoin de repos*. La fonction psychique est affaiblie mais non supprimée, ce qui permet aux fonctions physiques d'accroître leur activité propre s. C'est ainsi que se produit le rêve, qui
» T. IV, p. 440; t. vu, 585.
2 T. IV, p. 444.
3 T. IV, p. 444.
* T. VII, p. 140. £(7Tt ôè xat aX>.w; euXoyov àvaTïaOeffôac ttots xàxeîvo toO Çtoou xb (J-spo?, èv (S TrjÇ Xoytxviç <]^u)(Yiç laxtv y) oi.çx'h--' 'Jtïvouvtwv Y)au-/a!Σc (6 èyxIqjaXo;).
^ T. VII, 140. xaxà toÙç uuvouç v^xot TtavraTtaortv ocpyoOaiv al aîcrOyiaetç, r\ afxuSptbç èvepyoOo'cv euXoyov o\)v oXtyyjv Ttvà eTrippeîv TY]vixaOTa ôuvajxtv aîcr8Y]TtXY)v àub xrjç àpxrjÇ toÎç xaxà [iépoç... xaxà xbv utcvov ocvaTcaûeaôat \).ï\ f\ <\i\)x^Y.r^ ôuvafjiiç, èvepyeVv ôè caxupôtepov r\ <pu(7txY), et la preuve, c'est que cette faculté psychique, épuisée par l'effort de la veille, retrouve et répare ses forces dans le sommeil.
par sa nature, nous révèle la diathèse du corps ; quand la faculté psychique, y; ^^x^y-ri Suva[/.iç, est comme accablée par Tabondance des humeurs, on rêve qu'on porte de pesants fardeaux ; quand au contraire la diathèse du corps est légère, on croit courir ou voler, parcç que Tâme, alors devenue comme étrangère aux affections sensibles du dehors, plongée pour ainsi dire dans la profondeur du corps, ne sent que plus vivement toutes les affections internes et se représente toutes les choses qu'il désire, comme réelles et présentes ^ .
I 3. — Théorie de la connaissance. — La sensation et la raison.
Il y a, à la tête de Thomme, quatre organes de sensation, les yeux, les oreilles, le nez et la langue. Tous tirent du cerveau, par l'intermédiaire des nerfs, qui ont au cerveau leur origine et du pneuma qu'ils contiennent, la faculté de sentir 2; et que ce soit par les nerfs, que cette faculté leur soit communiquée, c'est une chose prouvée par le fait que la section du nerf rend immédiatement insensible la partie organique où le nerf aboutit 3.
Malgré la similitude apparente de ces nerfs, il y a entr'eux des différences spécifiques, non seulement dans leurs fonctions sensibles respectives, mais même dans les éléments matériels par lesquels ils passent pour arriver à l'organe particulier Les nerfs qui conduisent l'impression de l'encéphale
* T. VI, 835. £iç To pâ6oç ToO (TW[JLaTOç r\ ^vxri etcyôOcra... tïocvtwv wv opIyeTat, toutwv toç v^ôy) Tiapovxtov XapiSaveiv cpavxaaîav.
3 T. VII, p. UO.
4 T. III, p. 639. ïaziv aÙTOî; (les organes de sensation) xaT'sISo? àvofxotoxYjç Te Taîç ataôrjTixaîç 8uvâ(xe(7:v aÙTatç, v.a\ toÏç (T(o(J.aat ôi'aiv àçixvoOvxai.
M. Siebeck {Gesch. d. PsychoL, t. II, p. 192) croit que le mot ôuvâjjietç signifie ici la force de réaction du nerf contre l'impression qu'il reçoit. C'est, je crois, prêter à Galien des opinions qui lui sont restées étrangères, et cette interprétation trop
aux yeux sont les seuls qui contiennent en eux-mêmes des canaux, Tcopot, perceptibles à nos sens^ Leurs fonctions sont diverses ; les uns nous font distinguer les odeurs, les autres les saveurs, ceux-ci les sons, ceux-làles couleurs. Des organes ou nerfs conducteurs celui de Todorat a l'apophyse la plus longue ; le corps dont il est formé ressemble à une vapeur, àT[xo£i8£ç ; celui de la langue est véritablement et complètement un nerf, d'une substance molle et cependant d'une matière semblable à la terre, y^^^^? j celui de l'ouïe, sans être mou, n'est cependant pas dur et est de nature aériforme, àepwBe;; celui de la vue, qui n'est pas positivement un nerf 2, est brillant et de la nature de la lumière, cpwToetSéç. Un cinquième organe de transmission ^ est un nerf très fort et très dur, apte à produire les mouvements et à connaître les sensations du toucher, le plus grossier de nos sens, mais incapable de discerner les propriétés des choses avec la précision et la finesse que possèdent les autres appareils de sensation. C'est un sens vague. De la mollesse ou de la dureté des nerfs respectifs dépend ainsi leur degré de sensibilité et de ces degrés de sensibilité nerveuse dépend la mesure de jprécision et de finesse avec lesquelles les sens distinguent les qualités
Chacun de ces organes conducteurs, pour que la sensation se produise, doit éprouver une modification, àXXoiwatç; mais cette modification n'est pas opérée en lui par toute espèce de sensible ; chacun ne la reçoit que de son sensible respectif. Celui qui est de la nature de la lumière la reçoit des couleurs et ne la reçoit pas des sons ; celui qui est de la nature de l'air la reçoit des sons, mais ne la reçoit pas des
large et trop moderne est réfutée par la suite du passage, r\ ôà Suva[xt; oSfjitbv, y) ôà ^ujjLcbv, Y) Ô£ cpwvtbv, ôà xpwjJiaTfov Iffti ôtayvwaxixiq. Il s'agit donc de facultés capables de discerner leurs objets propres, et non de processus nerveux.
* T. III, p. 639. 9a:v£Tat (Jiôva xaCiTa Tiopou; ataôyjxoù; èv lauxoîç ^x^^'^'*'
2 T. III, p. 640. où (jLYiv àxptêtbç yi Tctoç veOpov.
3 Id., id., Y) ô£ 7i£p.7îXY) çuctk; xtbv oôtov.
4 T. III, p. 640.
couleurs; celui qui est de la nature des vapeurs ou gaz la reçoit des objets odorants et non des autres. En un mot, chaque nerf de sensation est influencé et modifié par son semblable et par lui exclusivement, et comme cette modification est la condition de la perception sensible, on voit se confirmer le vieux principe psychologique : xo o{xoiov Tw ôjxoto) yvtopifÀov ^ S'il avait été possible que les modifications particulières de la faculté générale de sentir, xTjç xotvTj; 8uvà[ji£coç, eussent lieu dans un autre organe que celui qui, par sa composition matérielle propre, répond à un objet propre, il n'y aurait pas eu besoin d'organes sensoriels particuliers, et la nature ne se serait pas donné la peine inutile de les créer 2.
La modification dont nous parlons est éprouvée par le nerf plein de pneuma psychique et en relation avec le pneuma du cerveau où réside la faculté pensante. C'est par ce pneuma même, si on le considère comme la substance de l'âme^ ou bien par l'âme, si on ne considère le pneuma que comme un organe de l'âme, intermédiaire entr'elle et les choses, que s'opère la connaissance, que se réalise l'acte de conscience qui distingue les choses et leurs propriétés ^. La sensation en effet, n'est pas la modification même du nerf, qui est un état physiologique ; c'est une connaissance discriminative qui appartient au principe pensant, quoiqu'opérée par l'intermédiaire d'un phénomène nerveux. Il faut en effet que le principe qui se représente, qui se souvient, qui pense, c'est-à-dire r7jy£[jt.ovixov, ait conscience de l'altération produite dans le nerf, et c'est pour cela que le cerveau tend une certaine partie de lui-même, contenant une grande quantité de pneuma psychique, jusqu'à l'appareil organique, afin de connaître les modifications qui s'y produisent ^. Il faut distin-