VIE DE PLOTIN — SES MAÎTRES — SES DISCIPLES — SES ÉCRITS
S'il y a quelque exagération, au moins dans la forme de Texpression, à dire avec M. Jules Simon, que TÉcole d'Alexandrie c'est PlotinS il n'y en aucune à le considérer comme le vrai fondateur du système philosophique désigné aussi souvent par ce nom, mal choisi, que par celui de philosophie Néoplatonicienne, qui n'est pas plus justifié. Car d'une part il a été enseigné non seulement à Alexandrie 2, mais à Rome,
* Hist, de l'Ecole d'Alexaîidrie, t. II, p. 58-i.
' Proclus, dans rouvrago auquel il donne le titre significatif de Tfiéoloijie platonicienne, appelle (l. I, oh. 1), Plotin, Amélius, Porphyre, iaiiiblique, et les autres qui appartiennent à ce chœur divin, Tù» Oeco) toûtoï x^Py» l^s exégètes de la révélation mystique de Platon Tou; Tri; TtXaxwvixr,; ÊTiOTiTeîa; eÇrjyrjTot;.
CuAiGNET. — Psychologie, 1
Dans récole d'Ammonius, qu'il fréquenta assidûment pendant dix ans S et qu'il ne quitta que pour aller chercher dans la Perse les sources de la sagesse et de la science orientales, Plotin eut pour condisciples Hérennius *, Olympius d'Alexandrie 3, Théodosius *, Antoninus s, Longin et les deux Origène, le père de l'Église et le philosophe néoplatonicien ô.
Quant à Ammonius lui-même, sa vie nous est à peu près inconnue ; il n'a laissé aucun ouvrage écrit ; on ne trouve nulle part un exposé, même sommaire de ses doctrines, si ce n'est dans un fragment du VII® livre d'Hiéroclès sur la Pro-
* De 232 à 212.
« Porph., r. Plot., 3.
3 Ici., îrf., 10.
* Id., id., 7. *
5 Procl., in Tim., 187, b.
6 Porph., V. Plot., 3. De ces personnages, qui ont été les condisciples et quelques-uns les amis de Plotin, il en est quelques-uns qui méritent ici une notice au moins sommaire. Longin est le plus grand critique de son temps : c'est à la fois un homme de lettres et un philosophe. Il avait lu, analysé, jugé la plupart des écrivains de son épocjue, et la première impression qu'il reçut des doctrines de Plotin ne lui fut pas précisément favorable. C'est dans un traité sur la Fin, irep'i TsXou;, adressé à un certain Marcellus, qu'il exprimait son opinion assez sévère sur Plotin et sur Amélius. D'un passage d'Olympiodore (Sch. in Phœdon.y § 110, p. 83, éd. Finckh) négligé par Cousin, on peut conclure qu'il avait commenté le Phèdon. D'Origène, le platonicien, ce que nous savons de plus important, c'est que sa i)ré8enco aux leçons de Plotin embarrassait le professeur, qui, avec sa bonne grâce et sa modestie habituelles, expliquait sa gène et son trouble par le fait que celui qui Técoutait savait aussi bien <[ue lui-même ce qu'il fallait dire (Porph., V. Ptot.y H). Je crois que c'est bien presser les termes de ce comjdiment que d'y voir, comme on l'a fait, l'aveu qu'Orig»''ne avait conçu un système de philosophie absolument identique à celui de Plotin. Au contraire, Longin nous apprend que ce philosophe n'avait rien écrit qu'un traité sur les Démons (Porph., V. Plut., 20). Porphyre, outre cet ouvrage, mentionne encore un mémoire (Porph., V. Plot., 3) intitulé : oxt {x6vo; ïtoiyjttj; ô pxaiXeOr, ce qui signitlp sans doute (jue le j)rincipe suprême, le Roi, comme l'appelle déjà Platon (Ep.. 2, p. 312, e; Phileb., 28, c, .30 h.), est le seul créateur, l'unique puissance démiurgique, et qu'il est inexact de le distinguor, comiiu* Numénius et d'autres, comme une seconde personne divine. Proclus [TheoLplat., II, 4. Init,, Ka\ yàp au xai aOtb; ei; xbv NoOv TéXsuTà xa\ xô ixpwTKJTOv ov, To Zï "Fv To iravTo; NoO xa: Ttavxb; ETcéxeiva xoO ovTo; à?:TQ<Tii lui reproche avec une grande indignation qu'il n'ait pas reconnu, avec toute l'École de Plotin, au-dessus do la raison et de l'être, un principe suprême, placé au-delà d'eux, l'Un absolu.