‹ Histoire de la psychologie des GresChapitre 22 sur 34 · THÉORIE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LA NATURE

La métaphysique est liée à la psychologie qui Tinspire, et qui lui fournit plus de principes qu'elle n'en reçoit. La métaphysique considère les choses en tant qu'êtres, la psychologie les considère en tant que représentations, et comme la représentation ne représente que des êtres, et que l'être n'est jamais donné que dans une représentation, le rapport des deux sciences qui sont entr'elles comme l'être et la représentation est nécessairement extrême. Il est curieux et significatif que cette intime relation soit particulièrement confirmée par la doctrine épicurienne, signalée partout et à juste titre comme la formule la plus complète d'une explication mécanique et d'une conception absolument matérialiste des choses et des êtres. La notion de l'âme et de ses propriétés essentielles semblerait devoir être, dans la métaphysique du système qui n'est qu'une physique, plus que partout ailleurs absente, et c'est elle au contraire, nous le verrons, qui lui fournit son principe et en même temps lui pose sa fin, tout en niant la notion même de finalité. En efi'et, sans entrer ici dans des développements qui trouveront plus loin leur place, tout le système d'Épicure a pour but, il le sait et il le dit, de sauver, en la fondant rationnellement, la liberté de la volonté humaine. C'est un principe pour Épicure que l'homme est libre, et cette vérité est manifestement d'ordre et d'origine

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psychologiques, et ne peut être révélée et affirmée que par la conscience. Bien plus, Épicure, pour fonder rationnellement ce fait psychologique, ne trouve d'autre moyen que d'attribuer à la matière même, ramenée par l'analyse et l'expérience à des éléments atomiques, la puissance d'un mouvement autogène, spontané et libre. Mais le mouvement libre et spontané est un attribut essentiel de Tâme, et la notion, le type de ce mouvement ne peut-être trouvé dans l'âme que par l'âme même, dans et par la conscience *. En outre tout l'eflfort du système dans l'ordre pratique est d'assurer le bonheur de l'homme, et pour atteindre ce but le moyen le plus infaillible est d'établir la paix de l'âme en en chassant les fausses terreurs par une doctrine qui lui découvre, dans la plus grande clarté et avec la plus entière certitude, la vérité des choses. Un état de l'âme est donc la dernière et suprême fin du système ; la connaissance est le meilleur moyen de le produire, et on peutmême se demander si, dans le sens profond et dernier de la doctrine, on ne doit pas dire que le but et le moyen se confondent et que la possession de la vérité est cet état même de félicité et de paix auquel tout homme naturellement aspire .

Il est donc tout naturel que, pour exposer dans son vrai jour la psychologie d'Épicure, j'entre dans quelques développements sur une métaphysique non seulement profondément pénétrée d'idées psychologiques, mais qui a ses racines en elles. Il paraîtra peut-être moins naturel que je commence par une théorie de la nature l'étude de cette psychologie. Cet ordre est cependant plus rationnel, au point de vue méthodologique du moins, qu'il ne semble au premier aspect. D'abord c'est un ordre fidèle à la vérité historique ; c'est celui qu'adoptent non pas seulement tous les philosophes anciens, mais Épicure lui-même. Sans doute il fait profession de mépri-

* 11 est singulier que Ritter et Lange lui-même aient néglige ce fait considérable, reltvé par Gassendi, signalé brièvement, mais fortement parolier et Ueberwnr, et mis dans ton mi jour par M. Guyan, dans son excellent ouvrage de la Mçrale d^Bfnçvre,

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ser la dialectique comme inutile S et en fait ne s'astreint, c l'exposition de ses idées, à aucun ordre méthodique; le i dô Torganisation scientifique, le goût de la forme syst^ tique ^ si puissants chez les Stoïciens qui outrent sou rapport Tesprit de la logique péripatéticienne ', lui défaut, et cependant il en subit à son insu Tinfluence logique d'Aristote est déjà une tradition qui s'impose, e1 commence à dominer dans la technologie et dans la fc extérieure de la science. Épicure» qui a cependant sa métl propre de recherche scientifique, obéit dans son expositi des règles ou plutôt à des habitudes péripatéticiennes général contient le particulier et en doit être déduit. L' humaine, la seule dont Épicure s'occupe, fait partie de la na du tout et ne peut être connue que dans son rapport ; grand tout qui T'embrasse et où elle n'occupe qu'une i qu'on peut croire petite. La connaissance de l'âme sup donc, comme condition préalable, la connaissance d nature entière qui l'explique et la contient. Il est bien sibleque la notion de la liberté et par suite de l'âme, le être de la nature où elle soit visible et visible à Tintui directe, ait précédé chronologiquement, même dans la c cience du philosophe, la connaissance de l'univers et d( lois ; mais cette idée de la liberté ne s'explique pas par même ; la conscience la constate sans la fonder : elle es I phénomène psychologique dont on peut mettre en dout

réalité objective, jusqu'au moment où on en a découve cause, qui ne peut se trouver que dans la nature des chc c'est-à-dire dans le système général des causes de tous faits particuliers de la nature. Or quelle est la cause qui

I que l'âme est libre, et qui explique comment elle estlil

* 11 rappellerait volontiers, comme Joubert, un cadre artiGciel, un coffre fabri

3 Oie, dt Fin,f 1, 17. « 11 lejellc la dérmilion, ne donne aucune règle de dii

ne dit pas comiuentle raisonnement doit être formd et conduit à une conciu:>ion e

ni comment il faut s'y prendre pour résoudre les arg:umentations sophistiqi

dissiper les équivoques. »

C'est que les atomes dont elle est composée, comme toutes les autres choses de la nature, sont libres eux-mêmes, dans une certaine mesure, de leurs mouvements et de leurs combinaisons. De là la nécessité de commencer l'étude de Tâme par une théorie de la nature qui la comprend.

La théorie de la nature ou physique * est une des trois parties dans lesquelles se divise la philosophie *, et la philosophie est pour Épicure « une activité, èvÉpyeia, qui fait le bonheur de la vie par des raisons et des raisonnements ^ ». Ce mot emprunté à la langue de la métaphysique d'Aristote signifie ici quel'âme n'est pas passive dans l'état de la félicité, qu'elle se fait elle-même par son acte propre son bonheur, et qu'elle crée en elle cet état par la science. La vie heureuse est un acte, et un acte réglé par la raison, c'est-à-dire un art*. La théorie de l'âme, comme être de la nature, fait donc partie de la théorie de la nature. Une partie distincte de la philosophie, quoique naturellement rattachée à la connaissance de l'âme était l'éthique, -zh 'Ilôixdv ; elle expose les principes de la vie pratique, traite de la connaissance qui marque et distingue les caractères des choses que nous devons rechercher et des choses que nous devons fuir, et pour cela analyse la nature et détermine l'origine des sentiments, des émotions, des passions de l'âme qui se ramènent à deux : le plaisir et la douleur ^.

De ces considérations générales sur la philosophie et sur les deux parties dont son contenu se compose, il résulte que la raison en est le seul agent ; cet agent organique a ses

' D. L., X, 29. TÔ $à çuaixbv {ïy^ti) tyjv icep\ çuaeco; Oecoptav Tcfi^av. Lacr., I, li9. Naturae species ratioque.

' D. L., X, 29. SiaipelTai. . elc xpia.

' S^xt. Emp., adv. Malh.y XI, 169. 'Em'xovpo; (jièv e).cYC tr,v qpiXodoçcav èvépYEiav elvai àoyoi; xaù SiocXovt(r(jLoT; tôv e'j6a:(A0va ^îov TcepiTcoioOtrav.

* Schul. Dion Thr., p. 649-26. o\ jjlIv *Ei:ixo'jp£ioi outco; ôptÇovxat tt,v tI^vtqv xi'/yTt t(Tx\ (léOooo; èvep^oOera tw pici> tb a'j[i.^tpo^.

' D. L , X, 30. TO oï f,Oixbv 7cep\ «tpédEco; xoù ç^yr,;... fcep\ alpetûv xa\ fCuxTÛv xoCt 7ccp\ pîa)v xai tIXou;. M., 3i. itâOv) 6ï Xéyo'JTiv c7vat $^3o ti^ov^v xat àXYV)86vo(... ii'cov xptvt96at xà; alpitrcic xai ^Mfii.

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lois, lois qu'elle trouve en elle-même, qu'elle se créé et s pose à elle-même, mais auxquelles elle n'en doit pas m< obéir si elle veut être assurée de posséder la vérité, si veut discerner les caractères auxquels non seulement l'en se distingue de la vérité, mais Topinion se distingue l'évidence ; car c'est là l'essence de la philosophie ^ L'ana et le système des lois formelles de la connaissance, expose les moyens d'arriver à la connaissance des ch< mêmes, constitue la troisième partie de la philosophie, la ci nique, rh xavovtxdv ^ qui est moins une logique qu'une mé dologie, contenue dans un traité spécial intitulé par '. cure 6 Kavcov, en un seul livre 3. Si les Épicuriens rejet la dialectique comme superflue et inutile, c'est ou 1'^ tique sophistique des Mégariques ^ ou la théorie logi des Stoïciens poussant à l'extrême le procédé déductif € forme syllogistique ^ ; car ils ont eux aussi leur logi< et c'est, nous le verrons, un essai de logique inductive et traite des critériums de la vérité, des principes de la < naissance, des fondements premiers et des éléments savoir ®.

Sextus Empiricus nous fait connaître l'ordre dans le( les Épicuriens exposaient les diverses parties de la phiL phie; ils commencent par la canonique et traitent de 1' dence, des choses qui se dérobent aux sens et des vér

* Cic, Luettll.{Acad.t II), 14. Epicurus dixitqne sapientis esse opinionem a | picuitale sejungere.

' D. L., X, 30. xh |j.àv o^v xavovixbv if&Souc iiii ttiv icpaytiaTCiav ^^et 3 D. L.f X, 30. cv TÔ) imYpa90(iéva> Kocvtov.

^ D. L., X, 27. Un traité icpb; tou; Msyapixou; fait pnrtic du catalogue ouvrages d'Épicure ; un itpô; tou; îiaXsxxixo^S; de ceux de Mëlrodore.

* D. L., X, 31. Triv $iaXsxtixY|v to; TcapÉXxo'jffxv. Sext. Emp., adv. Math., li. Tv,v XoyixYiv Osropiav exgdcXXoutra. A. Gcll., N. Atl., II, 28 Nequc ei (Epi negotium fuit syllogismurn, tan>|uam in scliotis philo ophorum, cum numeris om et cum suis Gnibns (^poi;) diccre ».

*» D L., X, 30. irep't xpiTr^piou xai àp^r,? xai axof/îeoTixôv. Par le xpiTr;piov Gassendi (p. 62) entend avec raison, non pas un caractère extérieu signe pour ainsi dire pilpable de la vérité, mais le système des instrumen organes que possède Pâme pour la saisir : c Neque tribunal jndiris neqne argume

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qui dépendent de celles-là^. Or comme ils considéraient habituellement cette logique appliquée comme une section préliminaire, exordialem, dit Gassendi, et par suite comme rattachée intimement à la théorie de la nature, ne voulant pas séparer dans la science la forme du contenu, il en résulte que la physique était la seconde partie de la philosophie, et que par suite la morale en était la troisième et dernière.

Malgré cette indication, qu'il était nécessaire de relever au point de vue de la fidélité historique, comme la canonique a pour objet l'étude des facultés de l'intelligence, des principes de la connaissance, des caractères de la certitude, des procédés par lesquels la raison arrive de ce qu'elle connaît avec évidence à ce qui au premier abord se dérobe à elle, icep^ rt ftVQcpYwv xal à8>^Xa>v, nous la rattacherons à cette partie de la psychologie qui traite de la théorie de la connaissance, et nous adopterons par conséquent l'ordre suivant :

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