Fleury, iiv. XXX, ch. l
défenseurs des privilèges de leur métropolitain. Ce concile fut assemblé le 1" septembre 500; mais l'irritation des esprits était si grande que Symmaque fut insulté par ses ennemis en se rendant à cette assemblée et qu'on Feût assassiné peut-être, si les soldats de Théodoric ne l'avaient protégé. Il rentra dans son palais, et voilà les évêques qui ne veulent plus le juger sans l'entendre, qui supplient Théodoric de les laisser repartir pour leurs diocèses. Le sénat romain se réveilla pour rétablir la paix dans Rome et dans l'Église. Il voulut même juger ce différend; et le concile, plus puissant que le sénat, lui répondit qu'il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. c Laissez, disaient les évêques, laissez les causes de Dieu 1 au jugement de Dieu, quand il s'agit surtout du suc- » cesseur de saint Pierre. » Et pour échapper à une sentence de l'autorité civile, les évêques prirent enfin le parti d'en prononcer une. Ils déchargèrent Symmaque de toutes les accusations portées contre lui par les amis de Laurent, lui rendirent tous ses pouvoirs et menacèrent les opposants de toutes les foudres du saint-siége.
Cette décision ne fut point unanime et ne termina point la querelle. Les adhérents de l'antipape en soutinrent la nullité. L'évêque Avitus, de Vienne, s'indigna de son côté que des subordonnés se fussent permis de juger leur chef, et surtout le chef de l'Église. Il écrit en faveur de son ami Symmaque, à ce même sénat dont ses collègues ont repoussé l'intervention. Il le iupplie de ne pas souffrir (ju'on attaque l'épiscopat tout entier dans l'évêque de Rome. C'était à ne pas s'entendre, et Théodoric, tout Arien qu'il était, fit preuve d'une grande mo-
dération. Un nouveau concile fut convoqué en 503, et pour qu'on ne Taccusât point d'empiéter sur les privilèges du pape, il fit faire cette convocation par Symmaque lui-même, abandonnant ainsi le privilège que les Césars avaient sans cesse exercé. L'apologie de ce pape fut présentée par le diacre Ennodius, signée par tous les Pères de ce concile, mise au nombre des décrets apostoliques; et comme dans cette apologie le diacre avait avancé que le saint-siége rendait impeccables ceux qui y montaient, cette parole devint le fondement de Tinfaillibilité, dont les papes feront dès ce moment un si fréquent usage.
Ce n'était point l'avis de l'empereur Anastase, qui, dans un libelle indigne d'un César, traita Symmaque de Manichéen et renouvela les accusations dont ce pape venait de se purger. Symmaque prit la peine de réfuter ce libelle, et profita de cette occasion pour reprendre les attaques du saint-siége contre la mémoire d'Acace. « Abandonnez-le, écrit-il à l'empereur. Séparez-vous de » sa doctrine, et l'excommunication que vous avez en- » courue tombera d'elle-même. Cessez de persécuter les » catholiques, ne leur interdisez plus l'exercice de leur » religion, dès que vous le permettez aux hérétiques. Si » c'est une erreur, tolérez-la comme vous tolérez les » autres. » La concession était étrange. Ce n'était plus le style de Gelase, et Symmaque n'en avait point le caractère. Mais l'empereur ne répondit que par une nouvelle persécution des catholiques, et, à l'exception de ceux qu'il proscrivait, les prélats de l'Église d'Orient étaient peu disposés à se soumettre aux décisions de
Rome. Les proscrits lui envoyaient des gémissements et des plaintes, et Symmaque leur répondait par des consolations et des encouragements à la résistance. Que pouvait-il de plus? Placé entre un monarque arien, qui jouissait peut-être de cette impuissance des prêtres catholiques, et un César eutychéen qui se moquait de ses anathèmesj que lui auraient servi de nouvelles menaces? Impuissant et désarmé contre les vivants, il s'en prit aux morts. La loi qu'Odoacre avait rendue pour empêcher Taliénation des biens ecclésiastiques, offusquait sa vanité. Il fit déclarer par un concile qu'un laïque n'avait pas le pouvoir de rien ordonner dans l'Église. Ce concile et son pape oubliaient ou faisaient semblant d'ignorer les édits de Constantin, de Théodose, de tous les Césars dont l'Église avait accepté les règlements. Symmaque prononça un décret à peu près semblable à la loi d'Odoacrc, en laissant toutefois aux évoques la faculté de suivre selon leur conscience les coutumes de leurs Églises*.
Cet oubli momentané de la suprématie de son siège lui était commandé par la situation des évoques de l'Occident. Cette partie de l'Europe était en proie aux Barbares. Les Suèves, les Alains et les Goths s'étaient rués sur l'Espagne. Les Bourguignons, les Wisigoths et les Francs se disputaient les provinces de la Gaule. Leurs rois étaient presque tous Ariens. Clovis seul avait embrassé la foi catholique. Les évêques passaient d'un maître à Tautre au gré de la victoire. Accusés de favo-
i. ConcUes, tom. IV, p. 1337.
riser les conquêtes du roi des Francs, ils étaient souvent obligés de déserter leurs troupeaux, de chercher leur salut dans la fuite. L'évêque de Rome pouvait à peine correspondre avec eux. Ils en étaient réduits à prendre conseil des circonstances et de leur sagesse. Ils étaient les idoles et les oracles des peuples; mais ils n avaient appris aux peuples que la soumission et la prière. Ils les avaient rendus incapables de résister aux faibles armées qui les foulaient en passant, et ils subissaient eux* mêmes la loi du vainqueur. Ariens ou catholiques, les roi^ convoquaient des conciles. Alaric en assemblait comme Clovis. Le concile d'Agde fut tenu en 506 sous la protection du roi des Wisigoths; et les règlements qu*il fît ou renouvela pour la discipline des églises, pour la conduite des clercs^ la tenue des offices, la fondation et l'administration des monastères, Tobservation des grandes fêtes même par les laïques, furent exécutés par l'Eglise entière, sans que Tévêque de Rome songeât à les revêtir de son approbation spéciale. Ce concile d'Agde fut présidé par saint Césaire, évêque d'Arles. C'était encore un de ces prêtres qui s'élevaient de temps en temps au-dessus des autres par la sainteté de leur vie, par la renommée de leur savoir et de leur vertu, comme les Cyprien, les Augustin et les Jérôme, et qui étaient plus puissants que les Papes eux-mêmes. Le peuple leur attribuait et leur demandait des miracles dans les calamités publiques; et les légendaires ne manquaient point de donner à ces miracles la sanction de l'histoire^ Celui de saint Césaire lui en prête beaucoup.