I. Érag., liv. IV, ch. xxi ; Libérât, ch. xxii
entrevue pour interroger le pape sur sa doctrine *. Mais Taustère vieillard ne tarda point à reconnaître que Tempereur favorisait les hérétiques, et il s'efforça de démontrer qu'Ânthime n'était que leur créature. Justinien refusa de le croire, il paraissait même ignorer la complicité de l'impératrice ; la dispute s'aigrit, l'orgueil s'en mêla de part et d'autre, et le prince fmit par menacer le pape de l'exil s'il persistait à ne pas admettre Anthime à sa communion. Agapet fut inébranlable, c Je me suis
• trompé, dit-il avec une fermeté que ses paroles attestent ;
• je croyais trouver ici un empereur chrétien, c'est à
• Dioclétien que je parle, mais il saura que je ne crains
• point ses menaces. • Le faible Justinien n'était pas homme à les exécuter. Son excessive bonté toléra ce langage injurieux, il fléchit ; et le ton de la dispute en fut adouci. Agapet sentit peut-être à son tour qu'il était prudent de se modérer; et pour convaincre l'empereur de l'hérésie d'Anthime, il le pria de lui demander s'il reconnaissait deux natures en Jésus-Christ, et de le faire comparaître devant un concile pour déclarer qu'il acceptait les canons de Chalcédoine. L'épreuve fut décisive. Anthime ne voulut ni obéir ni faire la profession de foi qu'on exigeait de lui. II rendit son pallium à Justinien et se retira de Constantinople. Le concile, présidé par le pape, le frappa d'anathème ainsi que Sévère d'Antioche et ses adhérents, et nomma à sa place l'Alexandrin Mennas, supérieur d'un grand hôpital de Constantinople, que le pape couronna lui-même '.
t. Anastase le Bibliotlidcaire, m Agapet. t. Conciles, t. V, p. 47.
Ouélle grândô leçon de toIérànCé était donnéô à tous ces fanatiques pàf un Barbare dails là lettré que l'Arien ïhéodat avait fait remettre par Agapet à Justinien! clPuisque Dieu permet qu^il y ait plusieurs religions, k écrivait ce roi des Goths, nous n'osons forcer nos sujets • à ne pratiquer (][ue la même. Nous nous souvenons d'à^ » voir lu qu'on devait sacrifier volontairement au Seigneur i sans y être contraint par les ordres du prince. * Et ce Éarbare commandait en maître à des milliers de catholiques dont il respectait les doctrines. Mais TÉglise romaine n^admettait point cette tolérance. Comme elle aspirait au gouvernement des hommes, la soumission des ân^es à sa puissance spirituelle était le premier degré de la domination qu'elle ambitionnait ; et la déposition d*uii patriarche de Constanlinople était une grande victoire pour révêque romain. Il faisait acte de suprématie dans cette capitale de l'Orient, oîi ses prédécesseurs avaient essayé vainement de dominer, où il n'était venu lui-même que comme ambassadeur d'un monarque ârien. Les moines de Constantinople, ceux de Jérusalem et de Syrie, qui s^y trouvaient par hasard, s'empressèrent de le féliciter. Ils l'appellaient l'archevêque de la vieille Ilome, le patriarche œcuménique. Ils se montraient les précurseurs de cette milice dont Rome se servit plus tard pour dominer les rois et les peuples. Maïs la mort l'enleva au milieu dô son triomphe, le 2â avril H36, après un pontificat de dix mois qui av^t plus profité au saintsiége que des règnes de vingt années. Ses funérailles furent encore plus extraordinaires que les pompes de son arrivée On eût dit que rOrienl loUt enlièr s'était
irsudsfmlé dans sa capitale. On n'avait jamais m rnie «I
grande afflueuce, un ai grand bomma^o rendu aux osn*
dres d*ttn pontife; c'étaient les obsèques d'un maîtro ém
monde; et ce pontife était le successeur de oaux dont
l'Orient avait tant de fois repoussé les prétenttoits amM^
tieuses. Mais qu'était au fond cette victoire ? Avail-elli
le même caractère de durée et de solidité que otlle
qu'avaient obtenue en Occident les évoques de Romef
Leurs panégyristes ne pouvaienilecroire. EnOoddent) ik
avaient acquis leur autorité pied à pied^ diocèse psf
diocèse, province par province, cooune avait Mi ia
vieille république. Us étaient devenus par degrés les ar*
bitres de la foi, les maîtres des consciences, ies juges alir>
prêmes de leurs frères. Leur autorité, une (oIa admieQ^
n'avait subi que de passagères altérations. Les héférias
l'avaient à peine troublée. La puissance séculière l'avait
secondée sans doute; mais les sujets spirituels de laRoflM
chrétienne étaient plus attachés au sain t-siége qu'à leurs
Césars. Quand l'unité de l'Empire fut brisée par l'inva^
sion des Barbares, les évoques ne firent aucun efl'ort pour
la rétablir. Ils ne montrèrent de zèle que pour la toi^
assouplissant par le spectacle de leurs vertus et de leur
ascendant sur les peuples la brutalité de leurs nouveaux
maîtres. Souvent les ordres partis de la Rom^ papale
parvenaient aux extrémités de l'Occident, jt travers les
armées des Barbares qui s'en disputaient les débris; et
quand les nouveaux royaumes y furent établis, la diver*
site des dominations civiles ne rompit en aucune manière
l'unité de l'Église. L'Orient, au contraire, n'avait point
d'évêque qui en eût obtenu la domination suprâme.
Les patriarches de Constantinople Tavaient faiblement tenté, et ils avaient toujours cédé à la résistance des antres métropolitains : Tautorité spirituelle avait sans cesse changé de directeur. La doctrine des Cyprien, des Ghrysostiime, des Augustin, des Jérôme n*avait asservi que les consciences. Aucun n'avait eu la pensée d*en faire le fondement d*une puissance temporelle. Après eux les provinces ecclésiastiques étaient restées séparées. Les fréquentes hérésies qui avaient agité cette vaste partie du monde, avaient partagé les évêques en sectes ennemies, en' factions bruyantes et sanguinaires. Jamais ces hérésies n'avaient été entièrement vaincues. Les troubles qu'elles causaient, altérant partout la paix publique, appelaient à chaque instant l'intervention de Tautorité civile, forçaient les gouverneurs des provinces de recourir à la puissance impériale. L'assassinat, la révolte, l'usurpation, la faisaient souvent changer de main. Mais l'unité politique n'en était point altérée,, le maître de Constantinople le devenait par cela même de tout l'Orient; et les Césars s'étaient érigés' en arbitres de la foi, tantôt par leurs décisions souveraines, tantôt à l'aide des conciles dont ils dominaient les délibérations. Ces empereurs ne se léguaient pas, comme les évéques de Rome, une croyance invariable. Leur foi était incertaine, chancelante, et leurs variations se communiquaient aux évêques eux-mêmes, qui passaient, au gré de la cour, de l'erreur à la vérité, de la foi de Nicée à l'hérésie dominante.
Il s'en suivait que l'évêquede Rome n'y pouvait triompher qu'à l'aide des Césars. Son autorité sur TOrient ne
tenait qu*à I*orthodoxie du maître; et cet empire lui échappait, dès que l'empereur se séparait de sa croyance. Le lendemain des obsèques d'Agapet, l'accord, qui avait fait la joie de ses derniers jours, fut troublé par la scandaleuse coalition des deux courtisanes qui souillaient Je lit des deux plus grands personnages de cette époque; et pendant un désordre de vingt années fomenté par leur ambition, l'Empire et la Papauté furent tour à tour dégradés par la faiblesse et la versatilité des hommes qui les possédaient. La protectrice d'Anthime et des Eutyebéens, Fimpératrice Tliéodora ne pouvait supporter leur condamnation, et c'est dans l'Église de Rome qu'elle chercha l'instrument de la réhabilitation des hérétiques dpnt elle professait la croyance. Parmi les évéques et les prêtres qui avaient accompagné Agapet, se trouvait le diacre Vigile, que Boniface II avait voulu se donner pour successeur. L'impératrice connaissait le dépit que lui avait causé Tannulation de cette coadjutorerie, et le savait assez ambitieux pour adopter tous les moyens qu'on lui offrirait pour monter sur le saint-siége. Elle le fit appeler, et lui demanda s'il voulait promettre de casser l'élection du patriarche Mennas, de rétablir Anthime, d'absoudre ses adhérents, de condamner enfin le concile de Chalcédoine et la lettre de saint Léon. Vigile promit tout et partit pour Rome, muni de sept cents pièces d'or pour acheter le saint-siége, et d'une lettre pour Bélisaire, à qui Théodora recommandait de le faire élire à tout prix. Elle reconnaissait ainsi le pouvoir de l'évêque de Rome, mais elle cherchait à le flétrir par une complaisance criminelle.
Vigile apprit à Napie« qui! était revenu trop tard, que le roi des Goths Tbëodat avait vendu le pontificat à SUvère, fils du pape Hormisdas ^ ; et que le clergé et le peuple de Rome l'avaient reconnu pour échapper aux fièr*s^utions dont le Bart)flre les avait menacés. Mafs il apprit bientôt cfue les Goths avaient déposé Théodat ; que Vitigès, mis à sa place, avait abandonné Ravenne et Rome, et que Bélisaire y était entré le 10 décembre 636 *. On ajoutait, il est vrai, que Silvère avait trahi le roi des Gotbs avant même sa déposition, qu'il avait écrit à Bélltaire pour presser sa marche, pour l'assurer de la reddition de Rome, et qu'il espérait par cette perfidie^ faire confirmer son élection par le lieutenant de Justinien*. Vigile ne désespéra point. Il transmit ces nouvelles*à rimpératrice et continua son voyage. Il remit à Bélisaire la lettre da Théodora, et lui promit, di^-on, deux cents pièces d'or, t'il l'aidait à parvenir au but de son ambition. Je suis tenté de croire qu'on a calomnié ce grand homme. Il est malheureusement vrai qu'il ne Tétait qu'à la tète de son armée. Partout ailleurs la faiblesse du mari faisait douter de la gloire du héros. II y a tant de confusion dans les écrivains contemporains, tous ces événements sont si incomplètement racontés dans le Bréviaire de Liberatus, dans les histoires d'Ëvagre et de Procape, qu'il est difficile de démêler la vérité. Mais il est probable que cette offre injurieuse ne fut faite qu'à l'impudique Aiitonine,ya complice de Théodora, et qui