‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 121 sur 268 · Procope, ch. ziv · texte numérisé non relu

Procope, ch. ziv

avait, malheureusement pour Bdlisaire, une déplorable influence sur I esprit de son époux.

Bélisaire, à peine affermi dans Rome, craig;nit d'y Causer un schisme funeste, en substituant un pape à un autre. Hais il parait qu'il voulut satisfaire du moins Tambition de rimpératrice, en engageant le pape Silvère ^ lui accor« der ce qu'elle attendait de Vigile. Il le sanda chez lui, et, de concert avec Antonine, il l'engagea à détruire luimême tout ce qn'Agapet avait fait à Constantinoplet & renier le concile de Chalcédoine et la lettre de saint LéOQt à rétablir Anthime, Sévère et les autres hérétiques dan9 leurs sièges, Silvère recula d*effroi et se réfugia dans l'église de Sainte-Harie-Sabine. Mais il quitta malheureusement ce refuge pour se rendre une seconde fois che; Bélisaire, sachant bien que ce général était assez fort pour Ty faire prendre, s'il ne s'était rendu à son invitation. C'est sans doute à cette conférence qu'on lui remit une lettre de Théodora qui l'engageait à venir à Gonstantinople pour examiner par lui-même l'affaire d' Anthime; et Ton dit qu'en lisant cette lettre Silvère s'écria qu'elle lui faisait pressentir qu'il n'avait pas longtemps à vivre. On ne sait où trouver la place de ces messages et de ces conférences pendant le siège que soutenait Bélisaire avec une poignée de soldats contre les cent cinquante mille Goths de Vitigès. Mais Antonine ne combattait pas, et elle avait tout le loisir de nouer des intrigues pour satisfaire les cruelles fantaisies de l'impératrice. Elle en avait reçu l'ordre de perdre Silvère à tout prix, s'il ne consentait pas à ftiire ses volontés ; et comme ce pape avait répondu qu'il ne consentirait jamais à rétablir Thérétiquo

Anthime, deux calomniatears, soudoyés sans doute par Antonine, accusèrent Silvère d^avoir écrit à Yitigès qu'il lui ouvrirait pendant la nuit la porte Âsinaire, voisine de Saint-Jean-de-Latran. Sur le témoignage d'un garde du prétoire et d'un avocat nommé Marc qui avaient fabriqué cette lettre au roi des Goths, Silvère fut mandé une troisième fois au palais Pincius. Il s'y rendit avec une suite nombreuse; mais il dut prévoir son malheureux destin; quand il vit que les gardes de Bélisaire retenaient dans l'anticbambre les clercs qui l'avaient suivi. Il entra seul. Antonine reposait sur un lit magnifique et Bélisaire était assis à ses pieds. Ce fut elle qui prit la parole : elle lui reprocha sa trahison, en lui demandant ce quehi avaient fidt Justinien et son lieutenant pour qu'il les sacrifiât ainsi à des Barbares ; et Timpudente courtisane ne lui laissa pas même le temps de répondre^ Un sous-diacre entre brusquement dans la chambre, arrache le manteau du pape, le dépouille des insignes de la papauté, le revêt d'un habit de moine, et le soustrait par une porte dérobée aux regards de tous les siens.

Bélisaire fit décider la vacance du saint-siége; et le 2 novembre 537, Vigile fut déclaré évéquedeRome *, au bruit des béliers qui en battaient les murailles et des assauts que leur donnaient les soldats de Yitigès. Silvère, livré le lendemain à son rival, fut conduit à Patare, en Lycie, par le propre fils du premier lit d'Antonine, qui servait sous le nom de Photius dans les gardes privilégiés de Bélisaire. L'évêque de Patare le reçut comme un

Page 1