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détachement des biens de ce monde, par sa charité inépuisable, par son excessive piété, par son zèle apostolique, par ses efforts constants pour le rétablissement des mœurs du clergé. Il fut grand parce q[u'il ne cessa jamais de pratiquer les vertus qu'il imposait aux autres, parce qu'il sut se défendre de 1 orgueil qui avait enivré la plupart de ses prédécesseurs, parce qu'en rappelant à ses subordonnés leurs obligations envers le saint-siége, il avait la sagesse de maintenir et de protéger leurs privilèges. Il a laissé un grand témoignage de modestie dans sa lettre à Euloge, patriarche d'Alexandrie, qui lui avait annoncé l'exécution d'un de ses commandements.
• Retranchez ce mot, lui dit-il ; je sais qui vous êtes et
• qui je suis. Vous êtes tous mes frères en dignité et mes
• pères en mérite. Je ne vous ai donc rien commandé, je » vous ai fait seulement connaître ce qui me paraissait
• ulile. Je ne tiens point à honneur ce qui porterait atteinte
• à l'honneur de mes frères. Ma gloire est celle de l'Église, » ma gloire est de respecter l'autorité inébranlable de
* » mes frères ^. • Le démonde l'orgueil ne le saisit qu'une fois, dans sa querelle avec les patriarches Jean Le Jeûneur et Cyriaque; et ce mouvement de vanité fut d'autant plus funeste qu'il l'emporta jusqu'à flatter l'indigne Phocas. Mais il s'agissait de la plus importante préoccupation de son sïége, d'arriver à tout prix à la prééminence que les évéques de Rome poursuivaient depuis Constantin. L'instinct de la papauté l'avait dominé. Mais partout ailleurs il a négligé d'en réveiller les
i. Grég., liv. VllI,L>MrXXX.
prétentions. Aucun pontife ne fut surtout plus p<*nétré du célèbre commandement que Jésus-Christ fit à ses apôtres de rendre à Dieu ce qui était à Dieu, et à César ce qui était à César. C*est pour cela que la papauté ne lui dut aucune conquête, aucun accroissement d'autorité. Il oublia les traditions des Jules, des Damase, des Gelase. II ne fit que rétablir le saint-siége dans la dignité qu*il avait perdue sous les successeurs d'Agapet et dans la vénération des peuples que ces Papes avaient fort affaiblie. Si les Papes enfin avaient suivi son exemple, ils y auraient plus gagné qu'en bouleversant la chrétienté par les témérités de leur ambition.
Le diacre Sabinien lui succéda le 1" septembre 604, après une vacance de cinq à six mois; et Ton ne conçoit pas qu'après une aussi longue réflexion, un clergé et un peuple si pleins d'admiration pour ce grand pontife, lui aient donné pour successeur un de ses plus violents ennemis. Ils en furent fort mal récompensés pendant la famine qui désola la ville de Rome. Son avarice leur fit payer le pain que Grégoire leur donnait. Elle alla même jusqu'à la cruauté envers les pauvres qui ne pouvaient acheter leur subsistance; et pendant tout son pontificat, qui fut heureusement fort court, il trouva plus facile de calomnier la mémoire de son prédécesseur que d'imiter sa charité. Quoi qu'en dise Baronius *, Sabinien excita quelques énergumènes à demander que les écrits de saint Grégoire fussent brûlés comme hérétiques, et ce crime eût été consommé si la superstition n'eût triomphé