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vie sa liaine. Mais il s'arrêta a laAoix d'un diacre nommé Pierre qui lui attesta par serment qu'il avait vu souvent une colombe s'arrêter sur la tête de Grégoire, et que cette colombe ne pouvait être que le Saint-Esprit. I/inventeur de ce conte était moins stupide que le moine Sigebert, qui fait mourir Sabinien d'une blessure que saint Grégoire était venu lui faire pendant son sommeil pour le punir de ses calomnies. Voilà à quels historiens va désormais être confié le soin de recueillir les actions des hommes !
Une nouvelle vacance d'une année entière sépara le pontificat de Sabinien de celui de Boniface HI, qui fut intronisé le 16 février 606. C'était encore un nonce de Rome à la cour impériale; et tout porte à croire que, pendant son séjour à Constantinople, il n*avait pas craint de mériter l'amitié do Phocas. C'est ce pape qui eut en eflet le bonheur de ruiner les espérances du patriarche Cyriaque, et d'obtenir par un édit pour luimême le titre d'évêque universel que voulaient lui enlever les évêques de la capitale de l'empire. Les criminelles passions de Phocas y eurent plus de part que les sollicitations, et c'est en punition de l'humanité de Cyriaque, que le tyran satisfit cette ambition de l'évêque de Rome. Le patriarche avait refusé de livrer à l'empereur la veuve et les trois filles de Maurice, qui s'étaient enfuies de Cbalcédoine pour se réfugier dans la basilique de Sainte- Sophie. Le monstre n'en saisit pas moins sa proie, et se vengea du noble courage que lui avait opposé son évoque en lui retirant le titre qu'il s'était arrogé, pour le rendre à riiéritier de la chaire de saint Pierre. Est-ce par
pudeur ou par orgueil que Bouiface 111 voulut faire confirmer redit impérial par un concile romain? Lliistoire ne Ta pas dit; mais le pape se para encore une fois de ce titre superbe, que saint Grégoire avait qualifié dodieux, d'inspiration de rAntéclirist, qu'il avait présenté à tous les évêques du monde comme l'anéantissement de leur puissance évangélique, en les engageant à le repousser de toutes leurs forces, qu'il avait enfin signalé à Anastase d'Antioche comme contraire à l'Évangile et aux lois de l'Église. Boniface III n'affecta point ces scrupules; mais la ratification de son concile ne peut laver sa mémoire de la honte d'avoir sollicité et obtenu cette magnifique appellation d'un des hommes les plus infûmes qui aient jamais souillé la couronne; et il est probable que Grégoire l'aurait lui-même acceptée de cette main qu'avait rougie le sang de la famille impériale.
Ce. fut encore après une vacance de dix mois que Boniface IV prit le gouvernement de l'Église, le 18 septembre 607; et les sept ans de son pontificat n'apportèrent au siège de Rome ni grandeur ni préjudice. C'est lui qui transforma le Panthéon du paganisme en église de Sainte- Marie-Majeure; et c'est de son temps que, le 5 octobre 610, l'ignoble Phocas reçut le châtiment de ses meurtres et de ses adultères, et (fu'unc révolte, suscitée par un certain Photius dont il avait violé la femme, transmit le diadème au jeune Héraclius, fils d'un exarque d'Afrique. Di'odat ou Deus-Dedit ne rendit pas son pontificat plus célèbre. 11 commença le 13 novembre 614, suivant Baronius, ou le -20 mai 615, suivant d'autres. La chronologie se ressent déjà de la disette ou de l'ignorance des bis-
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toriens; et le seul acte qu'ils attribuent à Dëodat, c est d'avoir guéri un lépreux en le baisant sur la bouche. Boniface V, qui lui succéda en novembre 617, ne laissa pas même un miracle pour trace de son passage sur le saint-siége. Le silence le plus absolu couvre ce qui pouvait se passer en Italie. Il reste encore un historien, mais c'est dans l'Orient; et Théophylacte Simocatta se bornait à écrire la vie et le règne de Maurice. Les chroniqueurs obscurs qui préparaient sans le savoir des matériaux pour l'histoire byzantine, étaient absorbés par les victoires d'Héraclius qui venait de reconquérir la croix de Jésus-Christ sur les Perses et de la reporter à Jérusalem Personne ne songeait aux évêques de Rome. Frédégaire, le seul chroniqueur de TOccident, parle des évêques de la Gaule, de ceux même de Jérusalem, d'Antioche et de Constantinople,et ne fait mention d'aucun pape. Ils jouissaient en paix du litre superbe qu'ils venaient d'acquérir sans songer à en exercer les prérogatives. Personne ne les y provoquait. Les longues et nombreuses vacances du saint-siége font supposer que l'ambition même sommeillait autour de lui. Point de rivalités, point de concurrences, ni de schismes.
Une révolution lombarde réveilla un moment les possesseurs du saint-siége. Honorius venait d'y monter en décembre 6:25, quand une révolte de la noblesse chassa le jeune Adaloald de son trône pour y placer Ariovald, duc de Turin. Ce titre, qui paraît ici pour la première fois et que nous aurons souvent l'ocxîasion de reproduire, avait été pris par un grand nombre de seigneurs ou généraux lombards dans les neuf ans d'interrègne qui sui-
virent la mort de Clef ou Clétfon, leur roi, enS78. Ils s'étaient fait des duchés de leurs cantonnements, à Turin, à Bénévent, au Frioul, à Spolette, à Brescia et dans d'autres grandes villes de la haute Italie. Cet interrègne, connu sous le nom d* aristocratie lombarde^ dura jusqu'au jour où les armements du roi d'Austrasie Childebert leur firent sentir la nécessité de donner une direction unique à leur défense par Félection d*un roi ; et c'est Autharic, fils de Cléfon, qu'ils remirent sur le trône. A la mort de cet Autharic, que saint Grégoire appelait un homme exécrable, parce qu'il avait fait triompher l'arianisme, un premier duc de Turin s'était emparé du trône et de la princesse Théodelinde; Adaloald, son fils, lui avait succédé en 615, et c'est lui que les Lombards venaient de remplacer par Ariovald. Ce nouveau roi étant Arien, Honorius prit la défense du roi détrôné, que sa mère Théodelinde avait maintenu dans la foi catholique. Il enleva facilement à l'usurpateur la protection des évoques; mais l'exarque Isacius ne lui prêta qu'un secours assez équivoque; et l'arianisme rentra sur le trône des Lombards avec Ariovald, vingt-tpatre ans après que le roi Agilulf et le pape Grégoire en avaient triomphé. Une nouvelle hérésie s'éleva en même temps dans les provinces orientales. C'est en Arabie qu'elle avait pris naissance; et c'était encore sur l'union des deux natures de Jésus- Christ que les évêques, les empereurs et les Papes allaient disputer. Théodore, évêque de Pharan et promoteur de cette nouvelle querelle, reconnaissait les deux natures, maïs il n'admettait qu'une opération ou (fu'une volonté après l'union. Le patriarche Scrgius de Conslantinople
soutenait celle nouvelle doctrine, ainsi que Cyrus d'Alexandrie. Ces deux prélats avaient entraîné lenipereur Héraclius qui d*abord n'y avait rien compris, et un concile alexandrin Tav.ait autorisée par le septième de ses canons. Des mots nouveaux furent créés pour la mieux caractériser ou la mieux obscurcir. On donna le nom de théandriqne à cette unique opération, celui de déivirile à l'union des deux natures, et celui de monotkélites à la secte nouvelle. Un moine en jeta les hauts cris. Il se nommait Sophrone, et il était fort zélé catholique. Mais il ne put convaincre ni Cyrus, ni Sergius du danger qu'il entrevoyait dans celte hérésie, et les accusa de renouveler les erreurs d'Apollinaire qui n'avait admis qu'une seule nature. L'élévation de Sophrone au pati iarchat de Jérusalem lui donna bientôt une autorité qui alarma ses antagonistes ; et c'est alors que le patriarche de Constantinople crut devoir consulter Tévêque de Rome. Il lui raconta dans une longue lettre l'histoire de cette doctrine, et les motifs qui l'avaient engagé à l'admettre. L'indolent Honorius n'y voit qu'une dispute de mots, une question à laisser décider par les grammairiens. Il ne trouve rien ni dans l'Écriture ni dans les conciles, qui l'autorise à croire deux opérations ou une seule. Il croit cependant à une volonté unique, mais il ne voit pas la nécessité de l'ériger en dogme. Il engage enfin les deux patriarches à rejeter ces mots nouveaux qui scandalisent les Églises *; et quand Sopiirone lui écrit à son tour, il lui répète qu'il ne faut pas les troubler pour si peu de chose,
i. Heeueildes Conciles, t. VI, p. 920.
ajoutant que, si Ton veut absolument une formule canonique, on peut dire que les deux natures unies en Jé&us* Christ opèrent en lui par une opération qui leur est commune *.
Qu'en arrive-t-il? Les Monothélites se croient autorisés par cette insinuation d'Honorius, c'est ainsi qu'il appelle sa décision ; les adhérents de Sophrone traitant ce pape d'hérétique; et jusqu'au milieu du dix-huitieme siècle on a disputé sur la justice ou l'injustice de cette accusation. Uonorius mourut en U38 sans se douter qu'il eût péché. Mais pendant une longue vacance du siège de Rome, survint le fameux édit nommé VEcihèse^ et dans lequel furent reproduits par Héraclius presque mot à mot les termes dont le pape s'était servi, savoir : • Que > c était un même Jésus-Christ qui avait opéré les choses 1 divines et humaines et que les unes et les autres pro- » cédaient du même verbe incarné s^hs division, ni » confusion, d'où résultait une même volonté, t Le patriarche Sergius, à qui fut attribué cet édit impérial, se hâta de le faire approuver par un concile et de renvoyer à tous les évêfjues comme un article de foi. On doute que le pa|)e Severin, successeur d'Honorius, l'ait reçu et qu'il ait eu le temps d'y répondre. On varie même sur la date de son orditialion. Le Père Petau la fixe i la fin de 03), Anastase le Bibliothécaire au 9 mai 640. Les uns disent que pour le forcera souscrire Y Hcthèse de son maître, l'exarque Isacius fit quelque difficulté d'approuver son élection. D'autres affirment