‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 147 sur 268 · CHAPITRE XI SAINT MARTIN, AGATHON · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI SAINT MARTIN, AGATHON

Mahomet s'était révélé depuis vingt ans, et ses prédications armées, s'élant d'abord concentrées dans TArabie, n'avaient pas même menacé les frontières de l'empire. Mais Omar et ses lieutenants avaient envahi la Perse, la Syrie et l'Egypte, et ils s'avançaient vers Carthage à travers la Gyrénaïque. Le patriarche d'Alexandrie avait en vain appelé les secours de l'empereur. Le faible Héraclius courut à Jérusalem, non pour défendre la Palestine, mais pour sauver la croix qu'il avait déposée dans l'Église de la ville sainte. La religion du Christ ne périssait pas cependant tout entière dans cette catastrophe. Les vainqueurs chassaient, il est vrai, de leurs temples les évêques qui étaient en communion avec Rome et Constantinople, mais ils toléraient les hérétiques sans distinction de sectes. Nestoriens, Eutychéens, Monothélites, tous reparaissaient dans leurs villes sous la protection des succès." eurs de Mahomet. Jean lY ne montrait pas cette tolérance pour les hérétiriues. h'Ectlièse d'Héraclius importunait son orthodoxie. A la mort de cet empereur, il en demanda la suppression à son fils

Constantin III. Mais pendant son W^gne de quatre mois, ce prince ne fit connaître ni son opinion ni même son autorité. Son frère Héracléonas ne rtJgna pas plus longtemps que lui, et Ton doute qu'ils aient reçu Tun et l'autre la réclamation du pape. Jean IV trouva plus de complaisance dans leur successeur Constans II, fils de Constantin. Un patriarche d'Alexandrie nommé Eutychius a même écrit, trois cents ans après, que la lettre du pape contenait une injonction formelle de brûler YEcthèêe, et que le nouvel empereur avait obéi à ce commandement. Les avocats du saint-siége n'ont pas manqué d'invoquer ce témoignage pour exagérer la puissance de ses évêques. Mais de sages critiques ont réfuté une assertion qu'on ne trouve que dans les annales fort suspectes de ce patriarche du dixième siècle. Pendant le règne de Constans, XEcthè»e n'en resta pas moins placardée sur les murs des églises de Constantinopie; et les nonces de Rome l'y trouvaient sans cesse, comme une protestation de l'Orient contre ce titre d'évéque universel que le pape Jean IV avait reçu de Phocas. Il mourut en 6'*2, sans avoir eu le bonheur de voir disparaître ces placards; et s'il était vrai que Constans lui eût écrit qu'il en avait brûlé l'original, je ne sais qu'elle conséquence on pourrait tirer de cette déférence d'un enfant de douze ans.

Théodore 1" succéda au pape Jean IV, et dès que son élection fut approuvée par l'exarque de Ravenne, il se plaignit au patriarche de Constantinopie que VEclhèse fût encore affichée dans ses églises. Ce patriarche n'était plus ce même Pyrrhus qui avait fait apposer ces affiches. 11 avait trop manifesté son penchant pour les Monothé-

liles, et Temperour l'avait chassé de son siège. Mais son successeur Paul n'en avaitpas moins maintenu les copies de VEcihèse. Il avait même donné le nom de très-saint à celui dont il avait pris la place; et Théodore ne pouvait tolérer cette douhle infraction, t Tant que ce Pyrrhus

• n*est pas condamné, lui disait ce pape, un nouveau » schisme est à craindre. Rassemblez un concile, et qu'il > y soit anathématisé. Nos légats Sericus et Martin y » tiendront notre place. Si les partisans de cet évêque,

• qui a fait insolemment afficher l'édit d'HéracHus, » veulent exciter ce schisme, obtenez de l'empereur » Constans un ordre qui nous renvoie ce Pyrrhus afin qu'il » soit jugé par un concile romain *. • Il joignait à ces commandements un décret qui condamnait Pyrrhus et YEcthèse, et il ordonnait au patriarche de le faire souscrire par les évéques d'Orient. Mais Paul n'était pas plus disposé à exécuter ces ordres que l'empereur Constans lui-même, malgré l'acte de soumission qu'on prêtait à son enfance. Des prélats orientaux l'écrivaient à Rome. L'évêque de Chypre et celui de Dore en Palestine mandaient au pape que VEcthhe était toujours affichée dans les églises, et le suppliaient de mettre un terme à cette audace des Monothélites. Les évêques d'Afrique s'assemblaient en concile pour juger ce Pyrrhus qui s'était réfugié dans leur province. Ils le frappaient d'anathème et demandaient son châtiment au pape Théodore. Ils accusaient le nouveau patriarche Paul de mépriser ses commandements. Ils écrivaient à cet évêque de brûler

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