‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 156 sur 268 · UN MOT SUR MES CRITIQUES · texte numérisé non relu

UN MOT SUR MES CRITIQUES

On ne s'est pas encore avisé d'appliquer une préface à chaque volume d*un livre. Mais il n'est pas d'usage non plus que des hommes, revêtus d'un habit respectable, se permettent de déchirer, de calomnier un ouvrage dont ils ne connaissent pas le premier mot. Je n'ai pas lu ces diatribes anticipées, mais des amis m'en ont rapporté quelques-unes ; et une d'elles m'a blessé. J'en fais l'aveu sincère pour procurer une pieuse jouissance à mes critiques. C'est le reproche de parti-pris qu'ils m'adressent, c'est l'intention (ju'ils me prêtent de n'avoir écrit ce livre que pour dénigrer la papauté. — Je leur réponds sèchement qu'ils en ont menti. — J'ai voulu faire et je crois avoir fait une œuvre de conscience.

Je n'ai pas voulu même me laisser influencer par d'éminents écrivains de mon temps qui, sans faire un livre spécial sur le même sujet, on ont touché quelques parties dans des écrits politiques, philoso-

phiques ou littéraires. J'ai pris la résolution de nv.n lire aucun. Je me suis isolé de mes contemporains, je dirai même : des opinions de mon temps. Je suis resté seul avec ma raison et ma conscience en face de l'histoire. Cet isolement n*estpas sans danger; il est bon quelquefois de consulter ses amis. Je ne l'ai pas fait, et il en est résulté une petite erreur, que le plus faible des çrudits eût remarquée, et que par une préoccupation inconcevable, je n'ai reconnue moim«^me qu'en corrigeant la vingt-unième feuille de mon premier volume. Je dois dire que cette erreur est insignifiante, qu'elle n'altère pas la moindre vérité, qu'elle n'infirme l'appréciation d'aucun fait. C'est tout simplement une qualification donnée à un nom propre qui en avait une toute contraire. Ce sont quatre syllabes à retrancher dans quatre pages différentes.

Je reviens au parti-pris dont on m'accuse ; et je répète que tî'est une calomnie. J'ai cherché constamment la vérité, je la cherche même encore on corrigeant mes épreuves; et je vais donner un éclatant témoignage de bonne foi à ceux qui ont l'effronterie de douter de la mienne. En parlant- de saint Pierre, j'ai cité tous les documents favorables ou contraires à son établissement dans Rome et je croyais n'avoir plus rien à dire. Eh bien ! je me trompais. Il y avait dans les faits qui constituent l'histoire des trois premiers siècles de l'Église, il y avait, en faveur de la présence de saint Pierre à Rome, un argument puissant, le plus puissant de tous peutêtre, que n'avaient découvert ni les Papes, ni les historiens de la papauté, ni les pancgérj'stes du saint-

siège, et qui a jailli tout à ooup à mes yeux des oppositions mêmes que je racontais ou plutôt que je relisais sur mes épreuves après cinq ou six années d'oubli.

C'est que dans cette foule d'évèques, do prêtres, d'hérésiarques, de conciles qui défendirent leur indépendance contre TévêquedeRome, qui poussèrent même la controverse jusqu'à l'injure la plus grossière, aucun n'a contesté au pape romain sa descendance de saint Pierre, aucun ne lui a opposé un itinéraire du prince des Apôtres, différent de celui que Rome avait adopté ; aucun n'a trouvé dans les traditions, dans les souvenirs de son Église, un document, un fait qui contredît la tradition romaine. Ils n'en étaient pas plus respectueux, ils n'abdiquaient point le pouvoir qu'ils avaient de lier et de déliei*; mais leur volumineuse, leur vigoureuse polémique ne démentait jamais la prétention du pape sur l'origine de son siège. Ce n'est, sans doute, qu'une présomption, mais elle est si forte qu'elle équivaut presque à une preuve; et c'est moi qui la donne; moi que l'on accuse d'avoir fait mon thème d'avance. Taisez-vous, calomniateurs ! je défie le plus flatteur de vos miroirs de vous montrer un homiiu» de bonne foi, pareil à celui que vous insultez.

DE LA

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