I. Eginbard, Anmale$, ad. 7S
des diadèmes. La réponse de Zacharie était dictée par Tesprit du temps. Une chose plus étonnante s'était passée. Pépin avait voulu être sacré comme Clovis par la main d'un évêque. Wilfrid-Boniface, archevêque de Mayence, se trouvait à sa portée. Zacharie le lui avait accordé, pour remplir les fonctions de saint Rémy ; et la ville de Soissons avait remplacé la ville de Reims pour cette cérémonie. Etienne III avait donc tous les droits possibles à la reconnaissance du nouveau maître de la France. II alla le trouver, les uns disent avec un sauf-conduit d'ÂShtolphe, qui bloquait la ville de Rome, et qui n'avait pas osé le refuser aux envoyés de Pépin ; les autres racontent qu'il était allé voir ce même Astolphe à Pavie pour le prier de respecter les terres du duché romain, et que sur le refus du roi des Lombards, il s'était décidé à se rendre en France. L'une et l'autre version sont également invraisemblables. Astolphe savait trop bien ce que le pape allait faire chez Pépin pour le laisser partir, et il est probable qu'Etienne s'échappa de Rome : cela est indifférent. Il arrive en France, Pépin va au devant de lui jusqu'à Pontyon, près de Langres, et le reçoit avec de grands honneurs. Anastase le Bibliothécaire va même jusqu'à dire que le roi de France marcha un peu de temps à côté du pape, comme un écuyer, à hauteur de la selle de son cheval. Mais pour faire la part à chacune des deux puissances, Anastase prétend qu'Etienne III, couvert de cendre et d'un cilice, se prosterna aux pieds de Pépin en suppliant. On a fait grand bruit de cette double humilité. Les historiens des deux partis ont cherché à sauver l'honneur des deux couronnes. Les profanes ont blâmé, in-
firme cette faiblesse du roi * ; les écrivains religieux ont nié, condamné cette bassesse du pape. Lesueur reproche * au serviteur des serviteurs de Dieu, d'avoir soufTert que le plus grand roi du monde lui servit d'écuyer. Il a raison ; il n'y a là qu'une impertinence du pape qui aurait dû descendre de cheval en même temps que le roi ; mais quand on admettrait les deux bassesses, il n'en résulterait ni droits ni devoirs pour personne. Ces deux grands politiques avaient besoin Tun de l'autre, le roi, pour faire sanctifier son usurpation par le vicaire de Jésus-Christ; le pape, pour terminer au profit de son siège la longue anarchie dont l'Italie était victime, et se délivrer des ennemis qui ne cessaient de troubler son repos. Sigonius lui prête encore avec raison le désir secret d'acquérir enfin une puissance temporelle. Il affirme que. Pépin lui ayant manifesté l'intention de rendre à Tempire l'exarchat et la Marche d'Ancône, Etienne III lui avait insinué de donner ces provinces à saint Pierre pour assurer son salut par cette bonne œuvre K Comme il est évident qu'avant de se rendre au parlement de Quercy ouCrécy-sur-Oise, le pape et le roi avaient eu des entretiens secrets, il est probable que, dans une de ces conférences, ils avaient arrêté d'avance les incidents de la comédie qu'ils allaient jouer devant le monde.
Astolphe se doutait des intentions du pape Etienne III. Il l'avait fait suivre en France par le propre frère de Pépin, par ce Carloman qui avait quitté les splendeurs