Anastase le Dibl., Liv. Pont., p
son ambition, il s'empara du la no:iiaG:no, de la Pentapole, et, aflfectant un grand lèle pour la foi ciitholiqup, se fit partout reconnaître pour souverain.
Léon risaurien, irrité du m^^rtre de ses oflicier^ et(i0 l'invasion de Luitprand, Ht partir un nouvel exarque avec une armée pour châtier les rebelles, ordonnant toiyûur^ i-assassinat dq pape. M^is oa dernier oommandemeol hA déjoué cpmnoe les autres par le peuple ^e Rome qui y^U lait sur sim évoque eoipm^ sur un père. Le patrice Gutyr ohius reprit Texarehat. Mais il ne ^ crut point ass^x (i^rt pour étendre sa conquête jusqu'à Rome et il rect^çyDlu Falliance de Luitprand au lieu de tenter de lui ftPfa*' che» les deux provinces qu'il avgit usurpées. La révolt# d'un due de Spoiette contre le roi des LomWd» vini servir sf politique. Il offrit h Luitprand le secouer 46 w troupes pour réduire le rebelle; et dèa que le duc d^ Spolelte fut vaincu et ^umi^. l'exarque et le roi la^t^ chèrent ensemble sur Rome. Les furtificatîons doQt le pape avait entouré la ville ne le rassurèrent point, il dé^ sespéra de la victoire, mais san^ désespérer de son selut» Il crut a la clémence d'un roi qui ^v^it pardonné au 4uc de Spoletta après lavoir soumis. Il sortit de Rome k 1h tête de son clergé et de^ principaux citoyens, se rendit au camp de Luitprand ; et sa parole fu| si éloquente, que le roi des Lombards toniba a ses pieds et força l'exarque lui-même de renoncer à ses vengeances. Grégoire II vécut encore (rois i|ns, soutenant toujours le culte de^ images, dirigeant les nombreuses conversions de la Germanie, veillant t\ U discipline de son clergé et vénéré de ritalie entière. A-l -il. maintenant, étendu jusqu'à l'empe-
reur rexcommunication qu'il a lancée contre les exarques? Dois-je constater un second exemple de cette atteinte à la puissance impériale? A-t-il déposé Léon et dégagé les peuples de leur serment? Baronius et Bellar* min Ten ont loué * ; c était dans Tordre. Ils avaient besoin de ces exemples lointains pour prouver que le chef de l'Église avait toujours exercé ce pouvoir. Mais qui Ta dit le premier? J'écarte les témoignages de Zonare, de Cedrène, de Nicépbore, qui ne sont que les copistes de Georges Théopbane, leur devancier. Celui-ci l'affirme, et c'était un bomme considéré, d'une naissance illustre, qui avait renoncé aux grandeurs pour vivre dans la retraite et dans le sein de l'étude, le fondateur d'un monastère célèbre, qu'on venait consulter de toutes parts, et qui dominait les conciles par son éloquence. Il était grand partisan du culte des images et il avait vu les derniers contemporains de Grégoire II. Mais Paul Diacre, qui en était encore plus rapproché, qui vivait en Italie, ne dit pas un mot de cet anatbème ; mais Ânastase, le compilateur des manuscrits, n'en parle point. Faut-il en croire Théopbane? Il était bien violent contre les Iconoclastes. N'avait-il pas besoin de cet argument pour effrayer l'empereur qui, cent ans après Léon III, soutenait encore leur querelle? Il est permis de douter de cette excommunication, de cette déposition de souverain, qui contraste avec la conduite de Grégoire II envers l'empereur. Ce prince conspire contre sa vie. Les peuples se soulèvent pour défendre leur pontife^ ils veulent
i. Baron., an, 730; Bellarm,, liv. V, ch. viii.
se séparer de l'obéissance de leur maître, ils vont même, a-t-on dit, jusqu'à offrir la couronne au pape ; et Grégoire II les engage à rester fidèles à celui qui veut Tassassiner. Il contribue deux fois au rétablissement de la puissance impériale dans Texarchat de Ravenne. Il ne combat contre Texarque que pour se défendre lui* môme. Cette défense Télève bien haut sans doute, elle grandit la puissance pontificale qui trouve déjà une ar« m4e dans le peuple de lltaiie. Mais ce n*est pas un acte de rébellion. C'est l'empereur qui Ta contraint de faire cet essai de son autorité morale sur les peuples, il n'abuse pas de sa victoire; et il n'est pas probable qu'il ait prononcé la déchéance d'un empereur dont il res* pectait la domination, quand il pouvait le croire incapable de se venger.
Il n*est intraitable que dans sa vénération pour les images ; et quand même il eût cédé aux caprices de Tlsaurien, je ne sais s'il était en son pouvoir de les détruire. Les hommes sont généralement superstitieux. Ils ont aimé dans tous les temps et dans tous les pays les simulacres des objets de leur adoration. Les peuples les plus sauvages ont leurs fétiches. Jésus-Christ avait proscrit les idoles, et les premiers chrétiens avaient horreur de ces tableaux, de ces statues qui rappelaient les dieux du paganisme. Mais du temps même de Jésus-Christ, une femme, guérie d'un flux de sang par le contact de sa robe, lui avait élevé une statue dans la ville de Césarée. Eusèbe Tavait vue trois siècles après. Constantin en avait érigé une pareille dans son palais de Byzance. Dès le quatrième siècle. l'Espagne était Ipleine de ces images. Les
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églises (le l'Italie, do rOccidont et de l'Orient les avaient multipliées. Les fidèles, reprenant les traditions de leurs pères, ou obéissant à leurs penchants naturels, se prosternaient devant les portraits d'un Dieu invisible ou des martyrs qui avaient péri en le confessant. La raison humaine, qui est rarement consultée par ceux qui s'en glor riffent, aurait préféré sans doute que cet hommage fût exclusivement réservé aux bienfaiteurs de rbumanité, aux Titus, aux Marc-Aurèle, plutôt qu'à des hommes qui n'avaient souvent d'autre mérite que d'avoir passé quarante ans debout sur une colonne. Mais les Papes ne pou* vaient faire de pareilles distinctions. Ils devaient tout rapporter à la religion qu'ils avaient mission d'établir ou de défendre. Les plus éclairés n'interdisaient pas aux peuples de donner ce témoignag€f de reconnaissance au^ hommes qui les avaient illustrés ou qui avaient travaillé à leur bonheur; mais la pensée d'une autre vie était dans tous les esprits. La religion l'avait entourée de craintes et d'espérances. Elle leur avait présenté les saints et les martyrs comme des intercesseurs auprès du Dieu qui disposait des châtiments et des récompenses futures. Il était tout simple qu'on les invoquât, qu'on les adorât comme des patrons, ir était dans l'intérêt de l'Église qu'ils fussent toujours présents aux regards dos fidèles, et qu'on les exposât sur des autels sous leurs formes humaines. Plus les hommes étaient malheureux, et ils Tétaient tous dans cette époque de barbarie, plus ils avaient besoin d'espérer le bonheur que la relif^ion leur promettait dans un autre monde ; et ils se proiternaiont devant le simulacre des saints dont ils invoquaient le patronage.
Grégoire II ne pouvait abattre cette croyance; il la soutint dans l'intérêt de la foi. t II crut devoir, comme dit » Gibbon t, autoriser en faveur de la multitude une sorte » de culte capable de frapper les sens et qui, depuis la » ruine du paganisme, n'avait plus à craindre un odieux » parallèle. »
Grégoire III, élu le 18 mars 731, accepta cet héritage de Grégoire II et fut peut-être plus ardent à le défendre. C'était le septième Syrien que, depuis la conquête de» Musulmans, les Romains se donnaient pour évêque. Ces ftigitife se distinguaient par leur savoir; et dà» lors qu'ils abandonnaient leur penchant pour l'hérésie, leur supériorité d'intelligence et d'érudition les recommandait aux respects de TOccident, où depuis longtemps ne s^élevait phis un homme supérieur. Le premier soin du troisième Grégoire fut de répondre à ta lettre que l'empereur Léon avait écrite à Grégoire II pour demander ta réunion d'un concile. Il s'était déjà tait représenter toutes les missives impériales, et sa réponse les embrassa toutes. Il lui rappelle avec éloge les premières années de son règne qui avait débuté, comme je l'ai dit, par la persécution des hérétiques, et lui demande d'où lui est venue son horreur pour les images. Mais l'injure ne tarde pas à suivre un exorde assez doux. II traite Léon III de grossier, d'ignorant. Il lui reproche de n'avoir pas consulté les hommes qui pouvaient l'instruire. Il l'adjure de quitter sa présomption et son orgueil. Il lui explique ta parole de Jésus-Christ sur les idoles : il nomme culfe
i. Ch. XLix.
relnft'f celui qu'on rend aux images des saints et le distingue par là du cuUe de latrie. Tout Torgueil du saintsiége déborde enfin, a Nous aurions pu, dit- il, ayant » Tautorité de saint Pierre, prononcer des peines contre » vous, mais puisque vous vous êtes donné vous-même la D malédiction, qu'elle vous demeure. » Il lui rappelle le sixième concile œcuménique, dont Constantin Pogonata fait exécuter les décisions, mais il feint d'oublier que ce Constantin l'a présidé, il ajoute que aies décisions cano^ 9 niques n'appartiennent pas aux empereurs, mais aux » évéques; et que les empereurs doivent s'abtenir des af« » faires ecclésiastiques, comme les évéques s'abstiennent » des affaires civiles. » Il raye ainsi d'un mot tout ce qu'ont fait le premier Constantin, Valentinien et Théodose. Il est étonnant que dans sa colère il reconnaisse aux Césars le droit de présider les conciles. « Vous en j) demandez un, poursuit-il. Où est l'empereur pieux » pour y prendre séance ? Vous êtes un rebelle et vous » agissez en barbare. Vous croyez nous épouvanter en » disant que vous enverrez à Rome briser l'image de » saint Pierre et nous charger de chaînes; sachez que » nous sommes les arbitres de la paix entre l'Occident et » vous et que nous ne craignons pas vos menaces *. »
Ce langage était inspiré sans doute par le souvenir des heureux efforts qu'avait faits le peuple pour défendre Grégoire II, et l'empereur Léon dut se souvenir aussi des revers honteux qu'avait subis sa puissance en Italie, car il répondit avec plus de modération qu'on n'en devait
i. Recueil lifsConeUet^ t, VII, p. 7.
attendre de son caractère. II lui dit ce|)eiidant, et comme le successeur des empereurs que j'ai cités, il avait le droit de lui dire, qu*il avait l'empire et le sacerdoce. Mais les temps étaient changés; et Grégoire III le lui fit sentir en définissant encore une fois les deux puissances suivant les prétentions toujours croissantes de son siège. « S'il n*est pas, dit-il, permis à un évoque de regarder » dans le palais, un empereur ne doit pas regarder dans » l'église. » C'est encore le même oubli du passé. Mais c'est beaucoup pour lui que d'interdire la police des palais aux évoques. D'autres Papes se Tétaient permis; et un pape venu de l'Orient aurait pu se souvenir que saint Jean Chrysostôme et saint Grégoire de Nazianze avaient jeté des regards bien sévères dans le palais de leurs maîtres. Il n'y songea point, il avoua même que les anciens empereurs avaient pu dire qu'il avaient le sacerdoce et l'empire. Mais il n'en fit pas un principe de droit. Ils ne parlaient ainsi, selon lui, que parce qu'ils fondaient et embellissaient les églises, parce qu'ils les protégeaient de concert avec les évéques, et Léon l'Isaurien avait perdu ce droit en les défigurant et en les dépouillant. Cette raison n'était pas meilleure que la conclusion qu'il en tirait, mais il lui était difficile d'en trouver de bonnes pour contredire ce que quatre siècles avaient consacré. 11 en revint bien vite à ses bravades. Il conseille à Léon de se repentir; mais s'il persiste, le pape le livre à Satan et le rend responsable de tout le sang que va coûter cette querelle.
II assembla cependant, mais en Italie, le concile qu'il avait eu l'air de refuser. Quatre-viuLït-treize évéques y
ke%eax. Il bout de ses res-
■■ par ses fectres. quelqae > qv'cBM fttsscflt: H le roi Laftpruid s*enipa* nit pendrai ce loBps de q^efcpK^ villes Toisines de Rome, et «emait la tenvar dans rame de son pontife. Grégoire enroia à Otaries-Martel âne pfcmicivambassa^ qui n'cof pas pfats de résultat que :«€s lettres. Une seconde fat plus heoreose. EOe apportait an maître de la France quelques anneau de» dtaines de saint Pierre elles cle& da sépolrre de Tapûtre. Le pape hn fit même offrir le titre de patrire et le ponremement de Rome, dont il ne pouvait disposer qne par un acte de rébellion. Mais il savait que, si le gonvemementet le titre étaient acceptés, aucun de ses ennemis n'eût osé braver le vainqueur des Sarrasins. Grégoire Tappriait son cber fils, il énumérait tous les attentats des Lombards et le suppliait de ne pas croire à leurs paroles. G était vraiment un cri de détresse, qui semblait annoncer la mort de la papauté; et elle tiiuchait au moment de se relever plus forte et plus puissante que jamais. Charles-Martel répondit cette fois, mais il n'envoya que des présents au tombeau des deux apiHres, et pas un soldat ne partit pour secourir le pape. La défaite de Tarmée d'Abdérame n'avait point découragé les Maures d'Espagne. Ils avaient repassé les Pyrénées et s'étaient emparés de la Provence et du Daupliiné. Le gouverneur de Marseille, le traître Mauronte les avait appelés dans la flolle espérance qu'ils rafl'ranchiraient dujoug de Charles-Martel. Ce maire, qui avaitpris
le titre de duc des Français, fit craindre à Luitprand que ce torrent ne franchît les Alpes pour déborder en Lom* bardie. Leurs armées réunies refoulèrent les Musulmans jusqu'au delà de Narbonne. Ce fut une diversion qui sauva Rome, mais l'honneur d'affermir le saint-sîége par la destruction de la puissance lombarde, était réservé au jeune prince qui étudiait alors la politique et la guerre à la cour de leur roi. L'alliance ou plutôt le approchement des deux nations eut encore un autre avantage pour le pape. La médiation de Charles-Martel lui valut quelques années de paix avec Luitprand, et ce roi se contenta des quatre villes dont il s'était emparé, que ne pouvaient lui reprendre ni Texarque ni l'empereur.
Le héros français mourut le 20 octobre 741, et cette même année fut fatale aux chefs de TEmpîre et de l'Église. Léon l'Isaurien avait précédé Charles-Martel dans la tombe, et Grégoire III le suivit au mois de novembre. Luitprand seul vivait encore, et les grands personnages qui allaient occuper avec lui la scène du monde étaient Zacharie à Rome, Pépin en France, et Constantin Copronyme en Orient. Zacharie était Grec de naissance. Il voulut signaler son avènement par un service rendu à l'empire en obtenant du Lombard la restitution des quatre villes au duché de Rome et s'en occupa avec plus d'ardeur que delà puissance spirituelle. Ce duché est un problème historique, il dépendait sans doute de l'exarchat, mais depuis longtemps les exarques ne paraissaient à Rome qu'en ennemis ou en pénitents. Rome avait un duc, l'histoire en nomme quelques-uns, mais elle ne dit pas quel oflScier de l'empire avait pris ou reçu le premier II 2
■atilfe éfidoHKBft fprwnl^ d» hamkmgé^ EOm ne eoqiii ait rapport à ladtiea» OBaa son- ; de la fiBe rlCTUfllf : c'est le pape qui admi- Otttre ci négocie : ci fl parait <pi a h troîsiiiBe lérolte do doc Trasûnoiid de Spolette contre LoitpraDd, i rie ajaot pris parti pour k roi, eo obtint la de restituer les quatre Tilles: mats après la dé&ilede Trasimond, le roî lombard oublia cette promesse; el Zacharie, snirid'one partie de son clergé, alla le trooTer dans son camp de Terni poor la loi rappeler. La vue da pape frappait toajoors ce roi de respect on de crainte. O eo fut ému jusqu'aux larmes. D rendit les quatre villes à rempire, il restitua à TÉglise de saint Pierre les domaines d'Ossimo, de Sabine, de Nami et d'Ancûne, rendit tous les captifs, ceux même qu'il avait pris sur Texarque, et promit une paix de vingt années *.
Rome respira enfin de ses agitations et le pape sortit de cette crise avec plus d'autorité que jamais. Les nouvelles de Constantinople ajoutaient à sa tranquillité. Constantin Ck>pronyme s'était fait haïr par sa barbarie. Son surnom était une flétrissure. Il rappelait que ce prince avait souillé ses langes pendant son baptême; et ses mœurs étaient tellement ignobles qu'il se faisait oindre de fiente et d'urine, comme le font encore aujourd'hui quelques sauvages de la zone glaciale. Son beaufrère Artabase avait vengé son peuple et la morale publique. Il s'était emparé du trône d'Orient et avait rétabli le culte des images, à la grande joie des orthodoxes et de
t. Paul Diacre.
révéque de Rome. Tranquille des deux côtés, Zaoharie tourna tous ses soins vers la Germanie, dont la conversion avait occupé les deux Grégoire. Un moine anglais nommé Wilfrid, qui avait travaillé à la destruction de ridolâtrie chez les Frisons , avait reçu du premier de ces Papes le nom de Boniface, et le premier épisc(^ de l'Allemagne; c'était un nouveau progrès de la papauté, qui allait ainsi porter au delà du Rhin un témoignage de son autorité, à travers cette France où elle étai pour ainsi dire dominée par celle de Charles-Martel. Zacharie suivait avec joie les conquêtes spirituelles du vieux Boni face, quand une nouvelle fantaisie guerrière de Luitprand vint troubler sa sécurité. Ce roi marchait sur Ravenne, que son exarque était hors d'état de défen* dre, mais il s'arrêta encore une fois à la voix du pontife et ne rentra plus dans Pavie que pour y mourir, en Tan 743. Son règne avait duré trente-deux ans. Il avait contenu la turbulence de son peuple par sa modération et par sa justice. Ses fréquentes relations avec les évoques du Milanais avaient adouci son caractère, entretenu sa piété ; et sans ces vertus, il était incontestable que l'exarchat et l'Italie entière auraient passé sous sa domination comme le duché de Rome, et que la papauté même y aurait péri.
La rébellion des Lombards et la déposition de son petit-fils Hildebrand jetèrent de nouvelles alarmes au cœur de Zacharie; et les nouvelles de Constantinople lui firent craindre de nouveaux périls. Constantin Copronyme avait repris sa couronne. Il avait fait crever les yeux à l'usurpateur Artabase, à ses deux fils, au patriar-
che Anastase, et ce triomphe du protecteur des Iconoclastes fit redouter à Zacharie le réveil de ces briseurs d'images. Ses craintes ne durèrent pas longtemps. Constantin parut oublier cette querelle; la vénération du peuple pour les statues des saints et des martyrs le fit réfléchir, et au lieu des menaces que Zacharie en attendait, il n'en reçut que des présents pour l'église de Saint- Pierre et la restitution de deux domaines situés dans le duché de Rome et dont Texarque s'était emparé. Ratchis s'arrêta également à la voix du pape, au milieu de ses conquêtes dans la marche d'Ancône. Zacharie put donc mourir tranquille. Son pontificat de dix années finit au mois de mars 752. Il n'avait afSché aucune prétention, et n en avait pas eu besoin. Les respects des rois et des peuples pour le saint-siége se manifestaient de toutes parts, et il laissa à ses héritiers une maxime admirable qu'ils oublièrent trop souvent. On l'avait accusé de vendre despallium ou des évéchés en Allemagne; et cette accusation venait sans doute de l'obligation qu'un concile, tenu à Mayence par l'archevêque Boniface, avait imposée aux évêquesde recevoir de Rome même cepallium qu'ils recevaient des métropolitains. Mézeray affirme que le pape avait provoqué ce décret \ mais il est probable que Boniface en avait pris l'initiative pour rendre à Tévêque de Rome les bienfaits qu'il en avait reçus; et Taccusation portée contre Zacharie venait sans doute de quelques métropolitains mécontents. Il repoussa avec indignation cette calomnie^ et sa lettre finit par ces mots : • Anathème
i. Tom. II, p. 105.
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1 à qui sera assez hardi pour vendre les dons du Saint- • Esprit. • Cet anathème retomba sur la tête de bien des Papes ; et Ton ne peut oublier que c'est à la vente de ces mêmes dons que fut due dans cette même Allemagne la révolte de Luther, sept siècles après.
Etienne II, nouvel élu du clergé romain, ne vécut que trois jours, et un diacre du même nom monta sur le saint-siége à sa place. Le sceptre des Lombards avait également changé de maître; le pieux Ratchis avait quitté le palais de Pavie pour le monastère de Montcassin; et le terrible Astolphe, son frère, était monté sur le trône. C'était un vrai Lombard, farouche, intraitable, impatient et résolu d'achever la conquête de lltalie, pieux cependant et bâtissant des églises, mais respectant fort peu les évêques et lesprêtres. Lesprésents d'Etienne lU en avaient d'abord obtenu une promesse de paix pour quarante années. Mais ayant appris que l'empereur d'Orient avait sur les bras les Musulmans et les Bulgares, il rompit cette paix, marcha sur Ravenne, envahit ce débris de l'empire qu'on appelait l'exarchat, chassa Eutychius, le dernier des seize patrices qui l'avaient gouverné pendant cent quatre-vingt-trois ans, mit fin à cette puissance et lança son armée sur les chemins de Rome. Etienne III lui députa vainement les abbés de Saint-Vincent et de Montcassin. • Allez prier, » répondit Astolphe; et il continua sa marche. Un de ses hérauts se présenta dans Rome même pour sommer le peuple de reconnaître sa souveraineté, pour dire au pape que si le peuple ne consentait pas à lui payer la capitation, il passerait tout au fil de l'épée, et livrerait la ville au pillage. Une nou-
velle ambassade d'Etienne III fut renvoyée avec mépris; une lettre menaçante de l'empereur d'Orient fut à peine écoutée. Le pape tourna encore ses regards et ses prières vers la France, où Pépin le Bref venait d'être couronné; et c'est delà que lui vinrent le salut, l'indépendance, la puissance temporelle et la souveraineté.
Pépin était déjà l'obligé du saint-siége. Fatigué de maintenir un fantôme de roi, impatient de la royauté, mais retenu par un dernier scrupule de conscience, il avait consulté le pape Zacharie sur ce qu'il devait faire. Zacharie avait mis une année entière à consulter lui-même le Saint-Esprit, mais il avait fini par répondre « que celui- 1 là devait être roi qui en exerçait l'autorité, au lieu de » celui qui Tétait seulement de nom *. » On s'est étonné de cette réponse du pape. Elle était alors toute naturelle. Depuis des siècles, l'hérédité n'assurait la possession d'aucun des trônes de la terre. Les fils de Clovis s'étaient détrônés les uns les autres à l'imitation de ce fondateur de leur dynastie, qui n'avait laissé vivre et régner aucuns de ses parents; les maires du palais étaient survenus, et ils avaient disposé des rois et des couronnes. L'histoire des empereurs avait accoutumé les esprits à ces perpétuelles variations de dynastie ; à l'exception de celle d'HéracHus, aucune n'était allée en Orient jusqu'à la troisième génération. Les envahisseurs de l'empire n'avaient pas montré moins d'inconstance dans le maintien des familles royales. Les Lombards donnaient au pape de fréquents exemples de l'instabilité