‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 167 sur 268 · Li?. IV, note da cbap. xviii, p · texte numérisé non relu

Li?. IV, note da cbap. xviii, p

tort de dire qae TÉglise de Rome avait possédé les Alpes Cottiennes, la Sicile, la Calabre. les duchés de Spolette et de Bénévent» la Toscane et la Campanie. Elle n'avait que des fermes considérables dans toutes ces provinces; et le pape Etienne III est le premier qui les aurait acquises, si la donation de Pépin était plus \Taie que celle de Constantin. Nous en dirons plus tard notre pensée quand nous en serons à celle de Charlemagne.

Mais il est probable que le pape se crut autorisé par cet acte de Pépin à prendre une sorte de souveraineté sur Rome, puisque nous le voyons donner le gouvernement de Ravenne à son archevêque sous le titre d'exarque*. Pierre de Marca le nie ^; il prétend au contraire que les Papes , respectant la légitimité des Césars , n'avaient eux-mêmes gouverné que sous le titre d'exarques jusqu'à l'année 876. Et quelle était donc cette légitimité? Y avait-il alors un seul roi légitime dans le monde ? L'empereur Copronyme n'était que le fils d'un usurpateur. L'empire d'Occident avait péri sous le glaive d'Odoacrc, de Théodoric et de Clovis. Si Bélisaire et Narsès en avaient repris une partie, les Lombards l'avaient reconquise par le droit du plus fort, qui était le seul droit de l'époque. Depuis la destruction de l'exarchat par Astolpho, CCS provinces étaient au premier occupant. Pépin ne les avait point enlevées à l'empereur d'Orient, mais au vain(|ueur de l'exarque. Et dès que leur conquérant les cédait au pape, Etienne III y avait autant de droits

i. Gibbon, cb. xlix, p. 34â.

1 U?. Xlll. p. 55.

que le César de Byzance. Ajoutons que si les peuples avaient été consultés, il est hors de doute que Tltalie entière aurait appartenu dès ce moment à Tévêque de Rome, puisque dans leur révolte contre Léon Tlsaurien ces mêmes peuples lui en avaient offert la souveraineté; et dans nos idées modernes ce serait une légitimité incontestable. Le gouvernement du pape à titre d'exarque ne peut être soutenu. Etienne III ne l'aurait point accepté d'un César, qui dans ce momentmême persécutait les adorateurs desirnages dont les Papes commandaient l'adoration. Copronyme avait assemblé, en 7S4, un concile de trois cent trente-huit évêques qui traitaient ce culte d'idolâtrie, et qui considéraient l'empereur régnant comme le successeur des Apôtres d'un Dieu qui avait proscrit les idoles. Ce concile venait de déclarer anathèmes les adorateurs ce qu'il appelait des créations de l'art exécrable de la peinture et de la statuaire. Copronyme avait lui-même promulgué ces décrets sur les places publiques de sa capitale, et l'on voudrait qu'Etienne III eût accepté la lieutenance d'un empereur qui le condamnait luimême! Ce ne serait pas seulement méconnaître son ambition. Ce serait une insulte à sa dignité.

Mais à quoi s'arrêter dans ce chaos? J'en suis réduit à dire que, dès l'année 750, le pape pouvait se croire au nombre des souverains temporels du monde au même titre que tant d'autres usurpateurs ou fondateurs de dynastie, et conformément à la maxime que Zacharie avait trouvée pour justifier l'usurpation de Pépin le Bref, car le pape gouvernait de fait et depuis longtemps Rome et son duché. C'est lui qui réparait les murailles de sa ville,

qui en soutenait les sièges. C'est à lui qu'on déclarait la guerre, c'est lui qui négociait, qui stipulait pour les Romains. Cependant Astolphc parut vouloir protester encore ; mais il mourut dans cette même année 756, d'une chute de cheval, ou d'un coup de flèche, ou bien d'un coup de dent de sanglier, tant il est difficile de bien préciser les moindres événements de cette époque. Ce fut encore un usurpateur qui s'assit sur le trône des Lombards, au préjudice de Ratchis, frère aîné d'Astol.phe, qui était sorti du cloître pour revendiquer sa couronne. Le pape Etienne prit le parti de Didier, duc d'Istrie, contre le roi légitime, par la raison qu'à l'imitation de son frère, ce roi aurait sans doute retenu les villes de Secchia, de Faenza, d'Ancône et de Ferrare, que malgré la donation de Pépin, Astolphe n'avait pas encore rendues à l'évéque de Rome. Les Annales d'Éginhard sont muettes là-dessus; Anastase seul le raconte; et, chose étonnante, qui n'aide pas à l'éclaircissement de cette histoire, ce bibliothécaire du Vatican fait rendre ces villes, non pas au pape ni à l'empereur, mais à la république des Romains. L'usurpateur Didier ne fut pas plus commode que Ratchis l'eût été sans doule. Il ne voulut pas reconnaître la cession de l'exarchat à l'évéque de Rome. Il envoya un archevêque à Ravenne pour en disputer la possession à celui qu'Etienne avait nommé; et ce pape ayant cassé l'élection du Lombard, Didier fit crever les yeux à deux légats romains qui se trouvaient à sa cour.

Le pape Etienne III ne connut point ces brutalités de l'ingrat qu'il avait soutenu. Il était mort le 25 avril 757; et Paul, son frère, lui avait succédé. Mais ce

n*est plus à Constantinople que celui-ci a fait part de son élection. C'est à Pépin qu'il a écrit, et la confusion recommence. Il promet fidélité au roi de France. Il lui demande la continuation de sa protection; mais pourquoi ce serment de fidélité si Pépin Ta fait souverain ? D'autres questions vont venir. Pourquoi ce même pape date-t-il encore ses lettres de l'année du règne de l'empereur qui esta Constantinople? il donne ainsi raison à Pierre de Marca et à ses contradicteurs. L'abbé Fleury en conclut que le pape se regardait toujours comme sujet de César, il en donne pour preuve que le sénat et le peuple romain ne parlaient pas du pape comme d'un maître dans leurs lettres au roi de France, et seulement comme d'un pasteur et d'un père * . Mais je demanderai à l'abbé Fleury comment ce même pape exerce à l'égard de Ravenne la qualité d'exarque que Copronyme ne lui avait certes pas conférée, et qu'il ne prenait qu'en vertu de la donation de Pépin ? Pourquoi d'ailleurs ce titre subalterne, si le roi de France lui a donné la puissance suprême ? Bossuet n'éclaircira point ces questions. Il dit bien que jamais l'Église romaine n'avait reçu un plus beau présent, et il infirme ainsi la donation de Constantin, dont il ne parle point. Il dit seulement que cet empereur donna la paix à l'Église et la combla d'honneurs. Et ce présent magnifique que donne à Rome la piété de Pépin, quel est-il? ce n'est point l'exarchat, ce n'est point la Pentapole ni l'Emilie. Ce sont les quatre villes enlevées par les Lombards, c'est de ces villes seules que parle Bossuet.

i. Cod. Car., Epiii. XXXVI.

Copronj^me et ses successeurs se regardèrent longtemps encore comme les maîtres légitimes de l'Occident. Mais il est heureux que ce tyran n*y pût exercer qu^une puissance imaginaire. Il continuait le cours de ses persécutions, n punissait partout les adorateurs des images, que le pape ne pouvait sauver ni défendre. Paul lui écrivait, lui envoyait des légats pour le prier d'épargner ces malheureux et de revenir à la foi de l'Église romaine. Cet indigne César se moquait de ses remontrances ; et Ton peut se rendre compte du nombre de ses victimes, puisqu'une seule prison de Constantinople renfermait trois cent quarante-deux moines mutilés ou aveuglés par les ordres de ce monstre... Le pontificat de Paul dura dix ans, sans qu'on puisse en rien déduire pour ou contre son autorité souveraine. Il mourut le 21 juin 767; et de sanglants désordres profanèrent ses obsèques. Un certain Constantin, frère de Toton duc de Néri, lui fut substitué, quoique laïque, par la violence d'une faction. Toton entra dans Rome avec une armée, fit proclamer son frère et força révêque Georges de Préneste de le tonsurer, de l'ordonner et de le sacrer. Il écrivit immédiatement au roi Pépin et non à Tempereur de Constantinople. Mais Pépin ne fit aucun cas des lettres de cet intrus, et pendant ce temps, une nouvelle faction, appuyée par le roi des Lombards, s'empara de Rome et fit élire, le 29 juillet 768, un prêtre du nom de Philippe qui s'empara immédiatement du palais de Latran. Les chefs mêmes de cette faction nouvelle furent mécontents de ce dernier choix. Ils renvoyèrent ce Philippe à son monastère de Saint-Vit, et, rassemblant le clergé, le sénat et le peuple, ils firent

procéder à une élection régulière. Les suffrages se réunirent sur un prêtre sicilien nommé Eugène qui fut le quatrième de ce nom. Toton fut massacré, ou creva les yeux à un autre de ses frères, on fit subir à Constantin des tortures inouïes; et Sergius, un des chefs de la faction triomphante, alla rendre compte de cette élection au roi de France.

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