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CHAPITRE XIII CHARLEMAGNE

Pépin n'existait plus : Charlemagne avait commencé son règne par reprendre toutes les traditions de Tempereur Constantin. Il avait débuté par un acte de suprématie ecclésiastique. Il ne voyait que des sujets dans les évêques et il se croyait en droit de leur dicter des lois. Son Capitulaire * leur défend de porter les armes, de répandre le sang des hommes, de chasser avec des chiens et des oiseaux. Il leur enjoint de visiter les diocèses pour donner la confirmation, de ne pas laisser mourir les fidèles sans sacrements. Il trace une quantité de règles qui rentrent dans le domaine de l'autorité spirituelle... Sergius obtient de lui que douze évêques français se rendent à Rome pour assister à un concile que le nouveau pape a convoqué. Ce concile, ouvert au mois d'avril 769 et présidé par Etienne IV, débute par la condamnation de son compétiteur Constantin, que sa colère n'abandonne qu'à la mort. Ce concile défend qu'à l'avenir on élise un laïque. Il casse les ordina-

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lions faites par l'intrus. Il renouvelle enfin les décrets qui commandent Tadoration des images, et frappe d'anathème le concile tenu à Gonstantinople par Copronyme et les Iconoclastes. La politique seule occupa les derniers jours d'Etienne IV, et Ton remarquera que depuis longtemps les évéques de Rome n'avaient plus d'autre souci. Il apprit que, pour se fortifier contre sa domination temporelle, l'empereur et le roi des Lombards recherchaient Talliance du roi de France. Didier offrait sa fille Ermengarde à Charlemagne, et Copronyme demandait pour son fils la main de Gisèle, fille de Pépin. Etienne IV fit tous ses efforts pour contrarier ce double mariage, mais il ne réussit qu'à moitié. Charlemagne ne fit point une impératrice de sa sœur; il épousa seulement la princesse lombarde ; et Didier, qui n'avait pas ignoré l'opposition et les intrigues du pape, s'en vengea par l'assassinat des deux chefs de la faction qui l'avait mis sur le saint-siége. Etienne IV n'honora point son pontificat et remplit à peine les fonctions de ce suprême sacerdoce. C'est Charlemagne qui veille sur les évêques de son royaume, qui les châtie ou les récompense suivant leurs mérites, qui juge leurs différends et leur impose des règles de discipline. Les violences des Lombards absorbaient tous les moments du pape Etienne ; mais c'est Adrien, son successeur, qui eut la gloire d'anéantir par les armes de Charlemagne le royaume qui, depuis deux siècles, tourmentait les Papes et l'Italie.

Ce fut une grande joie pour Adrien quand il apprit que Charlemagne avait répudié Ermengarde. Il prévit une rupture entre les deux royaumes et ne douta pas

un moment que la victoire ne restât à la France. Quand Didier vint lui présenter les deux fils de Carloman et le prier de sacrer ces deux princes, Adrien n*hésita pas à manifester sa politique par un refus, à braver la colère du roi des Lombards. Didier, en effet, ne garda plus de mesures, marcha sur Ravenne, prit les places qui se trouvaient sur son passage, méprisa les ambassadeurs et les remontrances du pape, ravagea la marche d*Ancône et vint menacer la ville de Rome. Informé par Adrien de toutescesentreprises,Charlemagiie pria vainement Didier de respecter le repos du pape ; et blessé enfin de rintentîon qu'avaiteue le roi des Lombardsdelui opposer les deux fils de son frère, il descendit du haut des Alpes en octobre 773, et vint mettre le siège devant Pavie. Ce siège dura six mois ;-et le jour de Pâques étant venu, Charlemagne en laissa la direction à* son oncle Bernard pour aller visiter Rome et rendre ses devoirs à saint Pierre. 11 fit ce voyage avec sa femme Hildegarde, ses fils et une magnifique escorte de barons et d'évêques. Adrien lui prodigua tous les honneurs que Pépin avait rendus à Etienne. Le sénat, les magistrats, les nobles allèrent le saluer à trente milles de Rome. Les enfants l'attendaient en avant des portes avec des palmes dans les mains et chantant des hymnes à sa louange. Le pape le reçut sous le portique de sa basilique; et le roi, prenant la droite sur lui, s'avança vers l'autel de Saint-Pierre. J'entre dans ces détails historiques f)0ur établir que si les Papes et leurs avocats ont pris pour un témoignage d'infériorité les^ quelques pas que Pépin aurait faits à pied à côté du cheval de lévéque de Rome, celui-ci, en laissant la droite à

Charlemagne, lui rendait un hommage équivalent; et la seule chose qu'on puisse en conclure, c'est que chacun (les deux faisait envers son hôte un simple acte de politesse.

C'est dans l'église de Saint-Pierre que Charlemagne confirma, dit-on, la donation de Pépin: on aurait dû dire que c'était une donation nouvelle et bien plus étendue encore. Mais on ne la trouve nulle part, malgré les copies dont Anastase nomme les signataires. C'est lui qui étend prodigieusement cette prétendue donation. Il y comprend les provinces de Luna, de Mantoue, de Parme, de Toscane, la Vénétie, l'Istrie, l'île de Corse, les duchés de Bénévent et de Spolette... La Chronique du monastère de Saint-Clément est moins ridicule. Elle réduit aux deux duchés la générosité de Charlemagne.' Sigonius n'y ajoute que la Sabine et une partie de la Toscane et de la Campanie. Pierre de Marca parle de la Campanie entière, des Abruzzes et même de la ville (le Naples. Pierre Giannone, qui a publié en 1723 une histoire de cette ville, fait seulement restituer au pape les domaines particuliers (f.u'il possédait dans la province napolitaine; et c'est, encore une fois, la seule chose qu'on puisse admettre dans toutes ces donations, malgré l'excommunication lancée par la cour de Rome contre le trop véridique Giannone. Ëginhard, qui ne quittait pas son maître, ne parle ni de cette donation nouvelle ni de la confirmation de la première ; et ce silence aurait du empêcher les historiens anglais de croire à cette confirmation ^ sur la foi de Laurent de Mosheim, écrivain

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