Gibbon, ch. xlix
cette qualité qu il administre, qu'il juge, qu'il gouverne dans Rome même * . Les honneurs qu'il y reçoit du chef et des dignitaires de TÉglise ne l'éblouissent point assez pour lui faire abandonner les prérogatives de la couronne. Il se réserve la nomination des évéques, il leur défend de se faire sacrer sans son approbation, il se fait proclamer protecteur du siège apostolique, mais en définitive il ne lui donne rien, puisque le pape ne fait pendant sa vie aucun acte de souveraineté temporelle. Trois ducs lombards sont laissés en possession des duchés de Frioul, de Spolette et de Bénévent que le libéral Anastase comprend dans sa prétendue donation. Le moine Sigebert affirme en outre que Charlemagne jouit dès ce moment du droit d'élire les Papes, que ce droit lui fut concédé par Adrien. Baronius le nie, il accuse Sigebert de mensonge, il cite un capitulaire de Charlemagne qui donne ou rend au clergé et au peuple la liberté de cette élection. Mais si ce capitulaire était réel, il confirmerait l'assertion de Sigebert, car Charlemagne n'avait pas besoin de donner aux Romains un privilège qu'ils exerçaient depuis qu'il y avait des évéques à Rome. Le Père Sirmond et Pierre de Marca ont contesté cet édit à Charlemagne et ils l'attribuent à Louis le Débonnaire. La jouissance du premier aurait donc duré tout le temps de sa vie. Mais elle n'a point existé. Il n'y a eu qu'une élection de pape pendant la vie de Charlemagne, et ce roi n'y a contribué en rien. Mais le pape Adrien vivait encore; et l'on chercherait vainement dans les chroniques ce qu'il faisait des quatre
i. Bossuet, Ditcours surVUUL unir., an. 774.
villes qu'on lui aurait rendues. Étaient-elies des enclaves du royaume d'Italie que Charlemagne gouvernait en maître? Le pape se bornait-il à en toucher les revenus? L'histoire ne nous a transmis aucun acte de sa souveraineté, tandis que ceux du roi sont cités à profusion. Adrien eut pendant ce temps le bonheur d'apprendre que, le 14 septembre 775, Constantin Copronyme avait terminé son exécrable règne de trente-quatre ans ; mais il espéra vainement que Léon Charare, son fils et son successeur, abandonnerait la secte des Iconoclastes. Après quelques apparences d'orthodoxie, le nouvel empereur reprit les allures de son père. Deux images, trouvées dans le lit de sa femme Irène, servirent de prétexte à de nouvelles barbaries; mais sa mort y mit un terme en 780, et Constantin Porphyrogenète prit la place de son père sous la régence de cette même Irène, dont l'avènement donna au pape l'espoir de rétablir en Orient le culte des images. Il n'eut pas le temps de s'en occuper. Des révoltes éclataient de toutes parts autour de lui. Pendant que les Saxons, les Bavarois et les Bretons occupaient toutes les armées de son puissant protecteur, les ducs lombards essayaient de reconquérir leur indépendance. Rolgand, duc deFrioul, et Hildebrand, duc de Spolette, s'étaient proclamés souverains. L'archevêque Léon de Ravenno avait suivi leur exemple. H avait levé une armée, et s'était emparé du duché de Ferrare, des principales villes de l'Emilie, alléguant de son côté une donation particulière de Charlemagne *.