Egiahard ; Théophile, moiDe de Saini-Gall
prête à Charlemagne la crainte de mécontenter les Grecs en sollicitant ou acceptant Tempire. D'autres ont dit que c'est pour cela qu il s'était borné d'abord au titre de patrice. Je n'ai point parlé de ce titre, parce qu'il est évident que Charles avait été sacré roi d'Italie et qu'il y paraissait toujours en roi. Mais qu'avait-il à craindre de ces Césars dégénérés qui tremblaient alors devant des califes, qui ne pouvaient plus envoyer un soldat en Italie, et dont il recevait presque des hommages? On pourrait tout concilier, cerne semble, en donnant au regret qu'exprimait Charlemagne d'avoir été surpris par Léon III, une interprétation plus naturelle. Il devait se plaindre de cette surprise, mais par la raison que le pape s'était hâté de lui poser la couronne sur la tête, pour Tempécher de la prendre lui-même sur l'autel où elle était sans doute déposée, car sans cela il faudrait faire apparaître cette couronne par une sorte d'escamotage. Cette version est d'autant plus vraisemblable que dans l'assemblée d'Aixla-Chapelle, où en présence des seigneurs et des évêques il associa son fils Louis à l'empire, il lui ordonna de prendre la couronne sur l'autel et de se couronner luimême, pour faire voir qu'il ne la tenait que de Dieu. Quoi qu'il en soit, Charlemagne et le pape devaient être impatients de mettre fin à cette fausse position que leur avaient faite les événements. L'empire d'Occident était sans maître. Le pape n'avait plus rien h espérer de Gonstantinople, et le grand nombre de peuples réunis sous le sceptre de Charlemagne, ne pouvaient obéir qu'à un empereur. Mais que dévient la donation ? Que devient la puissance temporelle d'un pape qui adore le roi des
Romains qu'il vient de saerer i, le souverain d'une vîllc qu'on prétend lui avoir été donnée à lui-même? Que devient même son autorité spirituelle, quand oubliant sa foi dans les images, il adopte pour souverain le roi même qui vient d'en faire condamner le culte par un concile! Quel est enfin le supérieur des deux? Concluons encore une fois qu*il y a folie à chercher dans ce chaos des arguments pour établir ou infirmer les privilèges du saint-siége; et que Gibbon a raison de dire que tous ces détails sont enveloppés dans la nuit la plus obscure.
La position de Charlemagne est la seule qui n'ait plus rien d'équivoque. Après^ quatre cent vingt-quatre ans d'invasions et de guerres civiles, la puissance impériale se relevait en Occident. Elle prenait l'Église sous sa protection, comme l'avait fait Constantin et sans nul doute avec les mêmes privilèges. Ce n'est point le pape qui fait punir Pascal et Campule, qui règle les affaires ecclésiastiques et civiles dé Rome. C'est Charlemagne *. L'exercice de la justice est la plus haute marque de la souveraineté. Vit-on jamais le maître d'un État implorer celle d'un autre pour faire punir deux de ses sujets? Six ans auparavant ce prince avait fait décider par son concile de Francfort que si les évêques et les métropolitains ne pouvaient terminer les procès qui s'élèveraient entre les clercs, les parties lui seraient renvoyées à lui-même; et il usait de cette prérogative. On peut souvent penser que le pape n'était à ses yeux que le
i. Sigonius.