‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 175 sur 268 · UUU Univ., lÎT. IV, ch. xvii · texte numérisé non relu

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à l'heure même où il lui écrit. La rébellion était toujours flagrante en Italie. C'est maintenant le duc de Bénévent Aréchis, le souverain de ce même duché qu'Anastase a compris dans la donation : il s'est soulevé contre le roi d'Italie, et ni Pépin ni Adrien ne peuvent réprimer sa révolte. C'est Charlemagne qui revient, qui force le rebelle à demander la paix, à payer un tribut annuel à son fils Pépin. Le roi ne rentre en France que pour donner un nouveau témoignage de sa puissance spirituelle. Il convoque un concile à Francfort pour examiner de nbuveau la question des images. Les légats du pape y assistent, et les évêques y viennent en foule de toutes les parties de l'Occident. C'est Charlemagne qui préside; c'est sous ses auspices que les Pères de ce concile rejettent, méprisent et condamnent Tadoration des images, que ne cesse d'approuver l'Église de Rome. Il prononce encore en matière de foi à propos d'une hérésie qui a surgi en Espagne. L'évoque Félix d'Urgel y soutenait que Jésus- Christ n'était selon la chair que le fils adoptif de Dieu, et sa doctrine était approuvée, propagée par les archevêques de Prague et de Tolède. Ce dernier, nommé Elipand, ne la soumit point au pape, mais à Charlemagne. Le roi prit cependant l'avis d'Adrien; mais ce fut le concile de Francfort qui condamna cette hérésie. On doit conclure de ces faits que Charlemagne se considéra toujours comme l'évêque des évêques ; et le pape se gardait bien de lui dire qu'il franchissait la limite des deux puissances. Il n'eut point au reste le temps de répondre à la sentence rendue par ce concile contre les images. La mort termina te pontificat de vingt-trois ans, en décembre

793; et Chariemagne honora la mémoire d'Adrien par une épitapbe latine qui renfermait une belle oraison funèbre, et qu*on a depuis attribuée au moine Alcuin. H n'y a rien dans ces trente-huit vers qui laisse percer la plus faible idée d'une puissance temporelle. Charlemagne l'appelle le père de TÉglise, l'honneur de Rome, la gloire du Christ, le pasteur du troupeau chrétien, mais c est tout. Il se plait à unir les noms d'Adrien et de Charles, mais lui est roi, le pape n*est que père.

Léon m fut élu le 23 décembre, jour même des funé* railles d'Adrien, et ses légats furent chaînés de présenter à Charlemagne l'étendard de la ville de Rome et les clefs de saint Pierre, en le priant d'envoyer un de ses grands en Italie pour recevoir le serment de fidélité que lui devaient les Rpmains. C'est Angilbert, abbé de Centule ou Saint-Riquier, qui fut chaîné de cette mission, et qui porta au nouveau pape une grande partie des trésors que le roi avait conquis sur les Avares. Il est probable que les insignes que le pape avait envoyés au roi furent rapportés à Rome, car ils servirent souvent à ce même usage ; mais il est difficile de ne pas y voir l'hommage d'un sujet à son souverain. La donation en souflFrira, mais les faits incontestés sont des arguments sans réplique, et celui-là ne sera pas le dernier.

Une révolte domestique mit en péril les jours de Léon III. Deux parents du pape Adrien, nommes Pascal et Gampule, avaient vu avec déplaisir le successeur qu'on lui avait donné, et s'en étaient vengés en coupe-jarrets. Le 23 avril 799, des assassins apostés par ces misérables

près du monastère de Saint-Sylvestre, surprirent Léon III à la tête d'une procession, le renversèrent de cheval; et Pascal et Campule se jetèrent sur lui pour lui crever les yeux. Il put échapper à cet horrible supplice, si fréquent dans ces temps de barbarie; mais on l'entraîna dans le monastère de Saint-Érasme ; et il y eût péri sans doute si ses amis n'avaient pris les armes, et ne l'avaient arraché pendant la nuit au cachot où on l'avait enfermé. Winigise, duc de Spolette, courut à son secours, l'emmena dans son palais; et c'est de là qu'il partit pour aller demander justice à Charlemagne. Ce roi le reçut à Paderborn, en Saxe, au moment où lui arrivaient les accusations que les ennemis de Léon avaient inventées pour justifier leur guet-apens. Charlemagne le consola, lui promit une prompte vengeance et le renvoya en Italie avec une brillante escorte de comtes et d'évéques. Dix d'entre eux furent désignés par lui pour juges de cet étrange procès; il suivit de près ses commissaires, et fut reçu en souverain par le clergé et le pape qui allèrent au-devant de lui jusqu'à Nomente. Léon jura dans l'église même de Saint-Pierre qu'il n'avait commis aucun des crimes dont on l'accusait. Les preuves furent reconnues impossibles, et Pascal et Campule furent punis comme de vils calomniateurs.

La reconnaissance de Léon III amena un de ces événements qui sont longtemps l'entretien du monde, qui font époque dans l'histoire; et celui-ci a donné lieu à bien des commentaires et des prétentions diverses. Les historiens contemporains rapportent le fait sans y ajouter le moindre corollaire, et ils laissent le champ libre aux.

interprétations. Ils disent donc que le jour de Noël, 25 décembre 800, le roi étant allé entendre la messe à Saint- Pierre, fut couronné inopinément par le pape, que le peuple se mit à crier : c A Charles Auguste, couronné de • la main de Dieu, grand et pacifique empereur des Roi mains, vie et victoire f i que le pape se prosterna surle^^hamp à ses pieds, le reconnaissant pour roi des Romains et conséquemment pour son maître < ; qu*enfin il répandit Thuile sainte sur son front, et renouvela le sacre du jeune Pépin comme roi d'Italie. Le peuple était évidemment dans le secret du pape ; et il serait fort étonnant que Charlemagne Teût ignoré. On le fait cependant protester qu'il n'en savait rien; que, si on Tavait instruit du dessein du pape il n'eût point paru dans la basilique. Bien des écrivains ecclésiastiques et autres n'ont point admis cette ignorance. Ifs affirment que ce titre était l'objet de son ambition, qu'un synode de Rome avait même déclaré que c'était la seule récompense digne de lui, qu'il avait dit lui-même qu'il attendait cette dignité impériale comme le prix de sa munificence. A ces auteurs on oppose le témoignage contemporain d'Eginhard, qui déclare positivement que le roi était loin de souhaiter cette dignité, et celui du moine de Saint-Gall, qui avait consulté beaucoup de comtes et de prélats du temps de Charlemagne. Les anecdotes ridicules dont ce moine assaisonne ses récits l'ont justement discrédité. Mais dans les faits historiques on peut lui accorder une certaine créance. C'est d'après lui que, sans le nommer, Fleury

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