Nicolas, p. i^i^\ Conciles, t. VIIl, p
Le pape Nicolas n*eut pas le bonheur de connattre ce singulier triomphe de FÉglise romaine. J'aime à croire qu'il eût repoussé Thommage d*un prince qui avait fait du cadavre de son maître le premier degré de son trône; mais il était mort le 13 novembre 867 et il avait légué cette grande affaire à son successeur Adrien II. Celui-ci était fils d'un évêque nommé Talare. Il était marié luimême, et avait une fille de sa femme Stéphanie. C'était la troisième fois que le peuple le désignait pour pape, et il fallut l'arracher de l'église de Sainte-Marie-Majeure pour le porter au palais de Latran. On l'aurait même consacré le même jour, si les officiers qui gouvernaient dans Rome au nom de l'empereur Louis, n'avaient forcé tout ce peuple d'attendre les ordres du souverain. Ce fut trois ou quatre mois après son avènement qu'il reçut les lettres de Basile le Macédonien à Nicolas et qu'il apprit le rétablissement du patriarche Ignace. Celui-ci, dans l'excès de sa joie, oubliait toutes les prétentions de son siège, il reconnaissait la primauté de celui de Rome; il invoquait son autorité pour réparer les maux de TËglise, et, justement flatté de cet hommage, le nouveau pape se hâta de le féliciter. Il compara au roi Salomon un empereur dont le règne devait, à la vérité, mériter cet éloge, mais qui n'était connu encore que par le meurtre d'un César et d'un patrice. 11 convoqua un concile pour donner plus d'éclat à l'humiliation des Grecs et plus d'autorité à ses décisions. Deux envoyés de Constantinople lui apportèrent deux volumes richement reliés en or et en argent, qu'on avait saisis dans les bagages de Photius et qui renfermaient tous les actes de son propre concile
ainsi que Tanathème qu'il avait lancé contre le pape Nicolas. Le métropolitain Jean de Sylée, en Pamphilie, jeta ces livres à terre en disant : « Vous avez été maudits » à Constantinople, soyez encore maudits à Rome. » Le spataire Basile Pinecas les foula,. sous ses pieds, les perça de son épée en s'écriant qu'ils étaient Tœuvre du diable. Ces deux envoyés traitèrent de conciliabule rassemblée dont ces livres contenaient les impiétés. Ils allèrent jusqu'à renier la signature que l'empereur y avait apposée. Ils alléguèrent que Michel le Bègue l'avait contrefaite. Ils le chargèrent seul de toutes les iniquités dont Basile avait été le complice *.
Un pape plus adroit ou plus prudent qu'Adrien II se serait contenté de cette éclatante réparation. Mais le digne successeur de Nicolas P' voulut pousser plus loin le triomphe de son siège. Il ne lui suffisait pas qu'on reniât, qu'on annulât l'excommunication d'un pontife romain, il fallait qu'on se repentit d'avoir eu Taudace de la prononcer. « Le pape, disait Adrien, juge tous les • évêques et n'est jugé par personne ; si Honorius l'a été, » c'est qu'on l'avait d'abord convaincu d'hérésie. » Il ne voyait point dans son orgueil que c'était un jugement et que cette espèce d'exception détruisait le principe. Il casse enfin le prétendu concile de Constantinople. Il jette aux flammes les livres de Photius. Il renouvelle l'anathème dont les Orientaux eux-mêmes ont frappé le persécuteur d'Ignace. Il excommunie tous ceux de ces évêques qui ne rentreront pas dans la communion romaine,