‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 200 sur 268 · Conciles, t. ÏX, p · texte numérisé non relu

Conciles, t. ÏX, p

grands de son royaume. Il en assembla à Pontyon les évoques et les seigneurs et leur fit ratifier les actes de Pavie et ceux même de Rome *. La coopération du saintsiége à cette élection impériale est fort amoindrie par toutes ces ratifications; et c'est sans doute pour en détruire l'effet, que Jean YIII fit une nouvelle assemblée de nobles et d'évéques pour confirmer encore une fois cette élection, en ajoutant que Charles le Chauve ne l'avait point sollicitée, que le sénat, le clergé et le peuple romain l'avaient souhaitée comme lui, et en lançant un nouvel anathème contre les ministres du diable et les ennemis de l'Église qui voudraient s'y opposer. Ces paroles étaient à l'adresse du roi Carloman qui, après la mort de Louis le Germanique son père, s'était empressé de marcher sur l'Italie pour en disputer l'empire à son oncle qui y arrivait presque en même temps par la Savoie. Il paraît qu'au jour de son couronnement Charles le Chauve avait promis au pape de le secourir contre les Sarrasins, et que Jean VIII, pressé de tous côtés par leurs bandes, l'avait fait sommer par deux légats de tenir sa promesse. Les historiens du saint-siége n'ont pas manqué de rédiger cette sommation à leur manière. Suivant eux, le pape aurait fait dire à l'empereur : c N'oubliez pas de qui vous » tenez l'empire et ne nous forcez pas de changer de j sentiment. • Ce changement n'était guère possible; et ce langage serait bien fier pour un tel pontife. Mais, d'après ce que racontent Sigonius et Mézeray, le pape pouvait alors le tenir sans crainte. Charles le Chauve

i. Fleury^ liv. LU, cb. xxxiv; Concilet, t. IX, p. iâi.

n était déjà plus ce monarque altier qui avait si énergiquement soutenu les privilèges de la royauté dans la lettre que nous avons donnée plus haut.' Sigonius affirme avec raison qu'il n'était plus que le vassal et le feudataire du saint-siége ; et Mézeray prétepd que, de souve* rain Charles s'étant rendu sujet, tenait à honneur de porter le titre de conseiller d'État du pape. Jean VIII de son côté démentait lui-même sa jactance, en s* avançant jusqu'à Yerceil au devant de l'empereur. Ils revinrent ensemble à Pavie dont l'armée de Carloman occupait déjà le territoire ; et la rencontre de ces trois grands personnages eut undénoûment si burlesque, qu'il est difficile de le raconter sans y mêler un profond mépris pour ces ignobles caractères. tJne terreur panique s'empara tout à la fois du pape, de Charles le Chauve et de Carloman. Us eurent tous peur les uns des autres. Le premier s'enfuit vers Rome, Carloman se sauva en Allemagne, et l'empereur vers le mont Cenis, tandis que l'impératrice Richilde gagnait à la hâte Saint-Jean-de- Maurienne avec le trésor de l'empire. Certes l'annaliste de Saint-Bertin a raison d'attribuer cette triple fuite à la miséricorde divine, car il serait impossible de lui trouver une autre explication.

J'ai négligé à dessein Une entreprise malheureuse de la part de Jean VIII contre les métropolitains de la France. L'insubordination des évêques lui avait suggéré l'idée d'instituer un vicaire général sous le titre de primat des Gaules et de la Germanie, et il avait désigné l'archevêque de Sens Ansegise pour remplir ces fonctions. Charles le Chauve, qui tendait u réunir tous ces sceptres

dans sa main, adopta une idée qui rendait une sorte d unité aux diverses parties de Tempire de Charlemagne; il déclara que ce décret du pape était irréfragable, et dans le concile de Pontyon il fit donner à Ansegise un siège à côté des légats et au-dessus de tous les évoques. Mais il avait compté sans eux et sans leurs métropcditains. Le vieil Hincmar protesta contre cette nomination, contre la volonté de l'empereur lui-même, alléguant que celte primatie était contraire aux canons du concile de Nicéc, et s'emporta jusqu'à répéter la nouvelle maxime de Rome que les rois n'avaient pas le pouvoir de régler les affaires ecclésiastiques. Un seul évêque osa soutenir la primatie. Tous les autres refusèrent de la reconnaître, et montrèrent en cela plus de prévoyance q4ie le pape; car, dans les honteux et sanglants désordres qui dégradèrent la papauté pendant le dixième siècle, il est probable que le primat deâens serait devenu le chef de l'Église.

La mort de Charles le Chauve, qui fut empoisonné par son médecin, laissa le pape à la merci des ravageurs de l'Italie. Le duc de Naples Sergius avait fait alliance avec les Sarrasins, et Jean VIII n'avait pu se délivrer d'eux qu'en se soumettant à un tribut annuel de vingtcinq mille marcs d'argent. C'était une grande honte pour le saint-siége que d'être tributaire des ennemis de la chrétienté, et ce ne fut pas la seule qu'accepta ce malheureux pontife. Ce même duc Sergius avait été renversé par son frère Atlianase, évêque de Naples, qui lui avait fait crever les yeux. Jean VIII félicita ce barbare d'avoir aimé Dieu plutôt que son frère et d'avoir arraché un œil qui le scandalisait selon, le précepte de l'Évangile, exé-

crable jeu de mots qui révélait en lui une lâche cruauté. Il ne le louait pas d'avoir puni le chrétien qui s*était fait rallié des Musulmans, mais 'd'avoir enlevé Naples à la puissance séculière pour y établir un évêque, un homme de la maison du Seigneur. Athanase était nommé par lui duc de Naples à la place de sa victime ^. GeUe lettre n'a pas besoin de commentaire. Celle qu'il écrivait au patrice Grégoire était moins fière et ne décelait que sa détresse. Il suppliait ce lieutenant de l'empereur d'Orient de faire croiser dix galères dans les environs d'Ostie pour arrêter les Sarrasins qui débarquaient sans cesse sur ces parages. Cette demande, transmise à Constantinople, remit le pape en relation avec Basile le Macédonien. Cet empereur lui fit part des troubles que causaient encore les intrigues de Photius et le pria de lui envoyer deux de ses légats pour y mettre ordre. C'était encore une ouverture dont le saint-siége aurait pu profiter, si le mauvais génie qui avait constamment rebuté ces avances de l'Église grecque, n'avait encore réveillé la vanité romaine dans l'esprit d'un pape que l'Occident avait abreuvé d'humiliations. Il envoya deux légats à Constantinople, comme le demandait l'empereur Basile, mais au lieu de flatter Ignace, il se rappela les prêtres que ce patriarche avait envoyés en Bulgarie, et lui renouvela les défenses d'Adrien II en lui enjoignant de rappeler ces prêtres, de ne faire aucun acte de suprématie chez les Bulgares, sous peine de déposition et d'anathème. Il écrit à ces prêtres de sortir immédiatement d'une pro-

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