‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 201 sur 268 · Episl. LXVI · texte numérisé non relu

Episl. LXVI

vince qui appartient à la juridiction romaine, au roi de Bulgarie pour l'engager à se séparer des Grecs, sous peine d'encourir lui-mùme les excommunications dont il les a frappés ; et ce pontife qui fait ainsi le maître dans un empire dont il implore l'assistance, ne Test pas même dans son palais, et va être forcé de cherche^ un refuge en France.

Ce Larnbert, duc deSpolette, qui avait déjà pillé Rome, y était revenu accompagné de plusieurs comtes de la province. Ils se disaient les lieutenants et Tavant-garde du roi Garloman qui avait naguère réclamé le titre d'empereur d'Italie. Ils la conquéraient en son nom et y comprenaient même la ville de Rome. Ils y étaient entrés sans résistance ; ils avaient chassé pèlerins et moines de la basilique de Saint-Pierre, bravé les anathèmes de Jean YIII et fait prêter serment à Garloman parles nobles et par le peuple. Le pape s'était échappé de leurs mains, et gagnant un des ports voisins, il s'était embarqué pour Gênes après avoir commandé aux métropolitains de Milan et de Ravenne de se rendre dans la Gaule avec tous leurs suti'ragants pour y tenir un concile universel. A peine arrivé en Ligurie, il écrit aux trois fils de Louis le Germanique, au roi de France Louis le Bègue pour les prier d'assister à ce concile et d'y amener tous les prélats de leurs royaumes. La ville de Troyes est designée pour cette assemblée. Mais ni les rois ni les évêques d'Allemagne n'y paraissent. Il n'y est suivi que par trois Italiens ; et ceux de France ne montrent pas un grand empressement. Il n'en arrive que vingt-six, et ce concile universçl

ne se compose que du pape et de vingt neuf prélats. Le Il 9

premier soin de Jean VIII est de faire confirmer lésantthèmes qu'il a lancés contre les ennemis et tes spoliateurs de rËglise. Cette déférence, qui montre quelque défiance de sa puissance spirituelle, enhardit l'orgueil de nos évêques. Ils veulent connaître par écrit les causes de ces excommunications. C'était un reste de la rancune que leur avait laissée son projet de primatie gauloise. Le len* demain ils se montrèrent plus dociles. Ils proclamèrent l'Église de Rome comme la sainte mère, la maîtresse de toutes les Églises ; mais en retour des anathè^es qui frappaient les profanateurs de la ville éternelle, ils lui firent signer la condamnation des ravisseurs et dévastateurs de leurs propres domaines ^

Ces dénominations injurieuses étaient appliquées aux grands du royaume qui leur disputaient leurs deh à main armée. Ils s'arrogent le droit de les citer devant leurs conciles. Ils veulent qu'on les traite eux-mêmes avec toute sorte de respects. Pour mieux abaisser les puissances séculières, ils leur interdisent de s'asseoir devant eux, à moins qu'ils ne l'ordonnent. Ils leur défendent sous les peines les plus sévères d'attenter aux biens des Églises d'usurper ou solliciter des abbayes. On ne laisse aucun refuge aux excommuniés, on les déclare incapables de toute dignité, et Louis le Bègue n'a pas même la pensée de s'opposer à ces empiétements du sacerdoce. C'est qu'il venait d'éprouver cette puissance et celledes seigrieursqui avaient voulu s'opposer à son avènement. Il avait fallu que l'impératrice Richilde lui apportât le testament de

i. Ann* Bêrtini,

son père et l'épée que Charles le Chauve avait reçue du saint-siége, pour les forcer à le reconnaître pour roi. Quoique déjà sacré par le vieil Hincmar, il voulut Tétre encore par le pape. Il le fut le 7 septembre 878. Mais Jean VIII refusa de couronner la reine Adélaïde paroe qu*une première femme du roi vivait encore. C'est le seul acte de rigueur dont on puisse le louer. Il en vint enfm au but de son voyage, mais les secours matériels qu'il sollicitait étaient moins faciles à obtenir. Il eut beau commander aux évéques de le suivre en Italie avec leurs vassaux, et dire à Louis le Bègue qu'il était le ministre de Dieu contre les méchants, qu'il portait le glaive pour frapper les ennemis de Dieu; le roi et ses évêques répondirent qu'ils avaient besoin de leurs soldats pour combattre les Normands, pour arrêter leurs incursions. Ils ne lui accordèrent que des larmes et des prières contre les Sarrasins dont ils n'avaient rien à craindre. Louis le Bègue, qui lui en voulait sans doute du refus qu'il avait fait de couronner la reine, ne lui tém.)igaa d'intérêt qu'en ordonnant aux évêques d'aller défendre leur père. Mais ils suivirent son exemple plutôt que ses ordres. Agilmar, évêque de Clermont, fut le seul qui obéit à ce double commandement *'. Le pape se plaignit même de la tiédeur du métropolitain de Milan qui avait à peine plaidé sa cause dans le concile. Il n'eut à se louer que du comte Boson d'Arles, qui assura son retour en Italie et qu'il récompensa par le titre de son fils adoptif. Les évêques de Provence y ajoutèrent celui de roi Tannée

Page 1