‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 206 sur 268 · Hincmar, Epitt. XII · texte numérisé non relu

Hincmar, Epitt. XII

• verrons s'il est entré dans la bergerie par la porte. Mais » qu'il apprenne, s'il ne vient pas, que nous irons le

• chercher quelque part qu'il soit, et nous le déposerons » comme usurpateur d'une Église, et nous excommunie-

• rons avec lui tous ceux qui voudront le soutenir. • Ainsi ce n'est pas en vertu de leur naissance que les fils de Louis le Bègue sont montés sur le trône. C'est par le choix des évéques; et l'excommunication d'Odacre suit de près cette insolente réplique; et le roi de France ne peut le soutenir sur son siège. Hincmar triomphe de la royauté. Il met en action la maxime du pape Gélase, il donne aux successeurs de Jean VIII des exemples dont ils n'abuse* ront que trop ; et les rois, dépouillés de leur autorité, abandonnés par les peuples à la domination sacerdotale, seront .pendant des siècles à la merci du premier téméraire qui occupera le saint-siége.

Ce ne sera point Martin II qui reprendra le gouvernement de l'Église de France. C'est encore le vieil Hincmar qui trace des règles de conduite pour les évéques à l'égard des rois. Mais cet archevêque mourut le 21 décembre 88:2 en fuyant devant les Normands, et reconnut sans doute la vérité de ce qu'il avait écrit au pape Adrien II sur le besoin qu'avaient les évéques d'une puissance séculière qui pût les défendre. Martin II ne signala son pontificat de quatorze mois que par le renouvellement de l'excommunication de Photius, dont il avait reconnu la mauvaise foi, pendant que, sous le nom de Marin, il avait exercé la légation de Constantinople. Cette condamnation fut encore renouvelée par Adriçn III qui prit la place de Martin le 1" mars 884; et

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Bruys * suppose que, pour mieux témoigner la (haine qu'il portait à ce patriarche, ce pape autorisa enfin l'addition du fUioque au Symboïe de Nicée. C'était plutôt pour ménager et ramener les évêques de la Gaule, mais il ayait moins de ménagements pour les rois. Il ordonna qu'à TaTenir les Papes seraient intronisés sans attendre l'approbation d'un empereur qu'ils regardaient comme leur créature '. Il décréta en même temps qu'à la mort de Charles le Gros l'empereur ne serait plus choisi que parmi les seigneurs italiens. Ce décret fut fertile en dissensions et en désordres; ces seigneurs étaient nombreux et tous aspiraient à cette domination suprême qui n'était au fond qu'un titre sans valeur. Les plus mutins et les plus puissants étaient les petits duc» de Toscane dont la faction dominait déjà dans Rome au point d'avoir fait élire les deux derniers Papes. Charles le Gros protesta contre ce décret, et ne pouvant se rendre lui-même en Italie pour le faire révoquer, il y envoya une bande de Bavarois qui fit plus de mal au pape et aux Romains que les Sarrasins et les seigneurs. Adrien III mourut au milieu de ces désordres le 20 juillet 88S; et il fallut employer la violence pour contraindre Etienne VI à prendre le fardeau de la papauté. La famine désolait la ville et les greniers étaient vides comme le trésor de Saint-Pierre. Etienne VI pourvut à la nourriture du peuple aux dépens de son patrimoine qu'il sacrifia tout entier à ce noble usage. 11 crut devoir encore une fois excommunier Pho-

i. HUL des Papet, l. II, p. 177, S. PlatinOi Adrien III.

tius; et ce patriarche se serait joué comme toujoitrs des inutiles vengeances de Ronne, si la mort de Basile le Macédonien n'eût changé sa fortune. Léon VI, sumominë le Philosophe, reconnaissait en secret Tautorité du pape, et il débuta par le venger de Photius en exilant ce patriarche et en nommant à Sa place son propre frèffe Etienne Syncelle. U s'empressa de l'annoncer à l'évéque de Rome, et comme son frère avait reçu le diaconat de Photius, il crut devoir prier le pape d'absoudre lous les prêtres que ce patriarche avait ordonnés. L'évêque Stylien, métropolitain de Néocésarée, écrivait en même temps au pape pour réclamer son indulgence à l'égard de ces mêmes prêtres. U lui rappelait que Rome avait dans un temps reconnu elle-même celui qui les avait ordonnés. • Ayez pitié, ajoutai^il, ayez pitié d'un peuple » qui a été autorisé par vos propres légats à tolérer » Photius et que votre rigueur réduirait au désespoir. • Cette humilité, cette marque de respect aurait dâ satisfaire Etienne VI ; mais il était écrit que la vanité des Papes nuirait toujours à l'établissement de leur suprématie sur les Orientaux. Il voulut que les évêques des deux partis envoyassent des députés à Rome, ajoutant que l'Église romaine était le modèle de toutes les autres et que ses décrets devaient être éternellement en vigueur. Et de quel prétexte appuyait-il cette exigence? c'est que l'empereur Léon avait dit que Photius avait abdiqué, tandis que l'évêque Stylien assurait qu'il avait été chassé, et pour savoir à quoi s'en tenir sur un fait aussi insignifiant, il demandait qu'on vint le plaider devant lui. Los Orientaux en furent blessés, ils mirent trois ans

à répondre et ce n*est pas lui qui reçut leur message.

La mort de Charles le Gros, qui avait un moment réuni tout l'empire de Charlemagne, jeta Etienne VI dans de nouvelles perplexités. Ârnoul, bâtard du roi de Germanie Carloman, s'était emparé de cette couronne, et d'autres ambitieux aspiraient à celle de France, au préjudice du troisième fils de Louis le Bègue qui fut plus tard Charles le Simple. Cet enfant était une faible ressource contre les Normands qui étaient venus assiéger Paris; et le comte Eudes, qui avait défendu cette capitale, avait été couronné par l'assemblée de la nation. Les seigneurs de la haute Bourgogne n'avaient point ratifié cette élection et s'étaient donné leur duc Raoul pour roi. Le fils de Boson était le seul qui eût joui du bénéfice de l'hérédité. Le pape Etienne ne s'était point mêlé de ces successions, il avait assez des seigneurs italiens. Le duc de Frioul Bérenger s'étant fait couronner en Lombardie,le pape lui avait opposé Gui de Spolette, frère de ce Lambert qui avait pillé deux ou trois fois la ville de Rome; et Bérenger vaincu s'était réfugié dans la Germanie auprès d^ÂrnouI le Bâtard. Etienne n'avait pas eu le temps de profiter de la victoire que son protégé avait remportée, la mort l'enleva peu de jours après, le 7 août 891. C'était pourtant un homme supérieur à son siècle, et l'histoire doit U louer d'avoir prêché contre les enchantements et les ma léfices, et d'avoir condamné les épreuves par le fer roug< et par l'eau bouillante.

Son siège fut disputé par deux intrigants qui avaient quinze ans auparavant, conspiré ensemble contre le pap<

Jean VIII; et l'on ne saurait trop s'étonner qu'une plaa

entourée de laut de périls, put être un objet d'ambition. On le concevrait, si la piété, le dé:$ir de relever la papauté y entraient pour quelque chose. Mais ces nobles inoûfe n'animaient pas les deux concurrents. L'un était un prêtre nommé Sergius, fils du nomenclateur Grégoire, l'autre était Formose, évoque de Porto, qui, envoyé jadis en Bulgarie par Nicolas P% n'avait pensé qu'à son élévation. Déposé par Jean VIII, il avait été rétabli par Martin II à qui son savoir l'avait rendu nécessaire; et c'est lui qui l'emporta, malgré les canons qui défendaient les translations d'un siège à un autre, et dont ses implacables ennemis s'appuyèrent pour le tounnenter même au delà du tombeau. Ces canons avaient été cent fois violés, et j'oserai dire qu'ils auraient dû faire une exception en faveur du siège de Rome. Dès que le pape avait été reconnu comme chef de l'Église, tous les évêques de la chrétienté auraient dû coopérera son élection. Ce n'était point sans danger, je le sais, les vacances en seraient devenues fort longues; et, dans ce temps de désordres, il était urgent d'y pourvoir; mais il n'en était pas moins ridicule que le peuple et le sénat de Rome, unis à quelques évêques du voisinage et au clergé de la ville, imposassent un chef spirituel à toutes les Églises. L'élection faite par les cardinaux de tous les pays est fondée sur le principe que je pose, et il est étonnant qu'avant l'institution de ces grands dignitaires, ce principe n'ait pas été invoqué par les évêques ou tout au moins par les métropolitains.

C'est le pape Formose qui, dès les premiers jours de son avènement, reçut la réponse des Orientaux à la lettre Il 10

d'Etienne VI. Elle lui fut apportée par une députatîon qui vint lui expliquer la contradiction que le pape avail remarquée entre les paroles de Tempereur Léon et celles de révéque Stylien. C'est que les amis de Photius considéraient sa déposition comme une abdication volontaire, tandis qu'aux yeux des orthodoxes il n'avait jamais passé pourévéque. Mais les deux partis n'en réclamaient pas moins l'indulgence du pape pour les clercs ordonnés par l'intrus. C'était encore une reconnaissance formelle de la suprématie romaine, et en même temps un démenti donné aux historiens qui datent du patriarchat de Pbotius le schisme définitif des deux Églises. Mais, fidèle au3i traditions ou aux instincts du saint-siége, Formose m répondit encore que par un trait de vanité. Il fit parUi quatre légats pour Constantinople avec ordre de n'accorder de grâce qu'à ceux qui l'imploreraient en reconnaissant leur faute par écrit*; et cette nouvelle impru dence refroidit de plus en plus le zèle du peu d'Orientau: qui tenaient à l'unité de TËglise. La promotion de Gu de Spolette à Tempire en avait été une autre; elle avai mécontenté Arnoul de Germanie, qui, tout en soutenan le faible Bérenger, ambitionnait le titre d'empereur pou lui-même. Formose s'était encore aliéné le roi Eudes d France qu'avaient voulu déposer quelques seigneurs di rigés par le nouvel archevêque de Reims; il avait pri parti pour le successeur d'Hincmar, et avait écrit à Eude pour Texhorter à réprimer son ambition. Mais ce roi, qu venait de battre les Normands, n'était pas disposé à cède

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