‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 21 sur 268 · Thëodoret, p · texte numérisé non relu

Thëodoret, p

Arius sortît de la foule des auditeurs et soutint à la face de son chef que le Fils n'était pas Dieu, qu'il avait éU' tiré du néant comme le commun des hommes et susceptible de pécher comme eux. Cette opinion était à peu près renouvelée de Paul de Samosate. C'était encore une exagération de celle de Denys d'Alexandrie, qui, en admettant la divinité de Jésus-Christ, en repoussait l'identité de substance .avec Dieu le Père, et qui s'en était assez mal expliqué avec le Denys de Rome. On pourrait même, en remontant jusqu'aux Marcionites, ajouter que cette croyance était secrètement partagée par une foule de prélats; et qu' Arius ne fit que provoquer l'explosion d'une hérésie qui fermentait dans un grand nombre de têtes. En se faisant jour par la bouche de cet audacieux sectaire, cette opinion acquit tout u coup une si grande autorité que le monde catholique en fut bouleversé. Les adhésions éclatent de toutes parts. L'évêque Secundus de Ptolémaïde, Théonas de Marmarique, Mélèce de Lycopolis, Eusèbe de Nicomédie se déclarent pour Arius malgré les anathèmes de l'évêque d'Alexandrie. L'hérésiarque en cite beaucoup d'autres que ne défendent sur ce point ni Théodoret ni Athanasc. Euscbe devient l'homme le plus considérable du parti. On lit même dans quelques auteurs qu'il avait professé l'opinion d' Arius avant de la connaître. Cet Eusèbe était accoutumé à ces variations de conscience. Pendant la persécution de Maximien-Hercule, il avait, jeune encore, renié le christianisme pour échapper au supplice, et n'était revenu à Jésus-Christ qu'après le triomphe de Constantin. Ci^ retour ù la foi lui avait valu

révêché de Béryle: et, passé peu de temps après au siège de Niconiédie, il recueille dans son palais l'hérésiarque banni d'Alexandrie ^ assemble même un concile en Bithynie où la doctrine d'Arius est solennellement approuvée. Un autre se tient en Palestine qui lui ouvre toutes les chaires de la province. Encouragé par ces deux conciles, Arius est encore protégé par lempereur liicinius, beau-frère et collègue de Constantin, et surtout parTimpératrice Constantia qui avait attiré Eusèbe dans sa capitale de Nicomédie. Cet évéque arien change la liturgie, modifie le gloria palri et fait chanter gloire au Père par le Fils. C'était saper les fondements de la religion chrétienne. En dépouillant le Christ de sa divinité on le mettait sur la même ligne que les Minos, les Hercule et autres héros engendrés par Jupiter: on l'assimilait aux Confucius, aux Zoroastre. Ce n'était plus qu'un philosophe , un prophète , que Dieu aurait chargé de transmettre sa parole, son verbe aux apôtres. Le christianisme n'était plus qu'un pur déisme, tel que Moïse l'avait prêché, tel que devait le prêcher plus tard le prophète des Musulmans; et comme la mansuétude de Jésus-Christ avait condamné la violence et l'emploi du glaive, il est probable que la religion, dépouillre des terribles accessoires de Mahomet et de Moïse, n'aurait pas eu cette force qui l'a fait triompher des persécutions, des hérésies et des siècles.

La quatrième défaite et la mort de Licinius auraient dû arrêter les progrès de l'arianisme. Mais Eusèbe de Ni-

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