Ann. Eerlèt., liv. II, p. Ui
S. Ibid., an. 963; Fieury et autres.
qui rendent fort incertaine la souveraineté temporelle du pape sur ces provinces. On y remarque d'abord cette protection de ses lieutenants et gouverneurs qu'Othon lui promet, et ces gouverneurs sont établis dans les pays qu il cède au saint>siége. On stipule que le pape élu ne sera sacré qu'après avoir juré entre les mains des commissaires impériaux de respecter les droits de tous; qœ d'autres commissaires rendront compte de la manière dont les ducs et les magistrats exerceront la justice; quesi le pape ne peut remédier aux abus, il souffrira que l'empereur y remédie; et Tacte finit par ces mots : • Sauf en > tout notre puissance et celle de notre fils et de nos des- » cendants.» Fleury a raison de dire que par cette clause l'empereur se réservait la souveraineté et la juridiction en dernier ressort sur tous les pays contenus dans cette donation; et il ajoute que Thistoire le fera voir*.
Quelle qu'elle soit cependant, cette munificence aurait dû arrêter l'ingratitude de Jean XII, mais il tenait à ne manquer d'aucun vice. Il viola son serment peu de jours après l'avoir prononcé, releva le courage de Bérenger, appela soji fils Adalbert à Rome et signa aVec lui un traité d'alliance contre l'empereur qu'il venait de couronner. Othon l'apprit des nobles romains qu'indignait cette infamie, et revint à Rome pour la punir. Mais Adalbert et le pape s'en échappèrent, et il fut réduit à faire déposer Jean XII par un concile. Quarante évoques y assistèrent. Othon s'informa des crimes de Jean XII et on eu cita d'horribles : le palais de Latran rempli de courti-
i. Fleury, Uv.LYIi ch. i.
sanes; son commerce avec une concubine d'Albéric^ son père; l'ordination dérisoire d'un diacre dans une écurie; l'évéché de Todi donné à un enfant de douze ans; la mutilation d'un prêtre, le meurtre d'un autre; la célébration de la messe sans communion ; une santé portée publiquement au diable; l'invocation de Vénus et de Jupiter en jouant aux dés ^. Othon ne pouvait y croire... il fait demander par l'historien Luitprand, évéque de Crémone, si les évéques présents confirment ces accusations. Tous se lèvent pour les attester. Il pousse l'indulgence jusqu'à écrire à l'accusé pour savoir s'il les avoue; et Jean XII ne lui répondant que par des anathèmes, il fait prononcer sa déposition par le concile. Quel est le supérieur des deux? Baronius le sait bien ; mais il ne veut pas que cela soit. Il se révolte contre un concile qui a osé déposer un pape et en nommer un autre dans la personne de Léon VIII. Les plus grands crimes à l'entendre ne peuvent justifier une pareille audace. Le pape, dit-il, ne peut être jugé que par Dieu, toute justice est foulée aux pieds par cette action téméraire ^. Laissons déclamer ce fanatique ultramontain et poursuivons. Othon l*^ n'en a point fini avec Jean XII. A peine a-t-il renvoyé les trois quarts de son armée dans TOmbrie, qu'il est forcé de repousser avec le reste les attaques dAdalbert et d'un pape plus soldat que prêtre. La sanglante leçon qu'il leur donne est encore perdue. Othon croit en vain qu'il a assuré le repos de Rome. Des qu'il en est sorti, Jean XII
i. Luitprand, lir. Vl, ch. vu.
1 Bar., an. 063.
y rentre, à la faveur d'une noblesse inconstante que ses présents ont gagnée. Il met Tantipape Léon en fuite, et poussant la dérision jusqu'à se conformer aux règles dont il se joue, il assemble un concile composé des mêmes prélats qui l'ont condamné dans Tautre. Ils se dégradent presque tous en prononçant son absolution et lexcommunication de celui qu'ils avaient mis à sa place ^ Le barbare fait couper la main droite à un diacre, le nez et la langue à un officier de son rival, et n'arrête le cours de ses vengeances que lorsque Dieu le châtie par la main d'un mari qui le surprend dans les bras de sa femme.
Othon revient après sa mort, pour punir la trahison des Romains, qui ont abandonné son antipape. Ils ont même consacré un diacre, qui, suivant l'exemple de Jean XII, a changé son nom en celui de Benoit Y; et tentent de résister à l'armée impériale. Mais la famine les force à capituler, à implorer la clémence du vainqueur, qui se montre digne du titre de Grand que l'Allemagne lui à déjà décerné. Léon VIII est rétabli sur son siège par ceux-là même qui venaient de le déposer. C'est pour la seconde fois qu'ils se démentent, quils imitent les palinodies des Orientaux. Un archidiacre du nom de Benoit a même l'impudence de demander à Benoît Y comment il avait eu l'audace d'accepter le pontificat; et il était de ceux qui l'avaient nommé. Benoît V est forcé de se soumettre; il se jette aux pieds de Léon qui le dégrade et l'exile à Hambourg. Devenu pape légitime, Léon YIII ne