‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 227 sur 268 · Othon de Freisiogen. liv. VI; Sigebert el antros · texte numérisé non relu

Othon de Freisiogen. liv. VI; Sigebert el antros

une lettre du cardinal Damien, qui fit . reconnaître Alexandre II comme pape légitime en affirmant qu'on n'avait en rien choqué les droits de la puissance séculière. On a élevé des doutes sur cette reconnaissance affirmée plus tard par Baronius ^ Les auteurs de l'/fts^jtre universelle disent au contraire que le roi Henri IV per» sista à reconnaître Cadaloûs ; mais il n'est pas probablf qu'un enfant de treize ans, privé des conseils de sa mère, ait montré cette opiniâtreté contre l'opinion de son nout veau tuteur. Ânnon, gardien des droits de la royauté comme ministre, et de ceux du sacerdoce comme arche^ vêque, essaya de les concilier dans l'intérêt de la paix. Tout en déposant Cadaloûs, il conservait des scrupules sur rélection d'Alexandre; et pendant un voyage qu'il fit à Rome Tannée suivante, il demanda respectueusement à ce pape pourquoi il avait accepté le pontificat sans attendre le consentement de son maître, attendu, disait-il, que les rois étaient depuis longtemps en possession de ce droit. Mais il trouva en face de lui et à côté d'Alexandre II le chef de la faction pontificale, ce terrible Hiidebrand qui lui répondit effrontément que les rois n'avaient aucun droit à l'élection des Papes. Ils mentaient tous deux, car Henri IV comme roi de Germanie n'avait aucune autorité sur Rome et ses pontifes, et l'archevêque Annon devait savoir que le titre d'empereur pouvait seul lui donner cette autorité. Hiidebrand, de son côté, savait trop bien quel était le droit de la puissance temporelle; et cette croyance était si bien enracinée dans l'esprit du

1 Geita PonL, an. 1004.

peuple et du clergé que malgré Tabandon qu'Henri II avait fait de tous ses privilèges en faveur de la papauté, on avait repris à sa mort cette tradition de TÉglise. Mip Hildebrand voulait Taffranchir de cette dépendance, et la minorité du roi de Germanie, la victoire de Godefroy ayant encouragé son audace, il laissa échapper cette maxime qui révélait ses intentions secrètes, à la première occasion qui lui en était offerte. Son altière réponse eût tout brouillé si la modération du pape Alexandre n*eût arrêté la réplique de Tarchevêque de Cologne. Il fut touché du zèle que montrait ce ministre de Henri IV pour le rétablissement de la paix, et au grand regret d'Hildebrand, il consentit à convoquer un concile pour y démontrer la régularité de son élection. Ce concile fut ouvert à Mantoue, et les évéques lombards s'y rendirent Alexandre II se purgea par serment du crime de simonie dont ces évéques Taccusaient et se fit enfin reconnaître de tous *.

Mais il estdifiicile de concilier cette adhésion des évéques de Lombardie avec ce qui se passait à Milan, où la faction du pape et celle dû roi se combattaient sans cesse. La première avait pour chef le diacre Arialde et le gonfalonier Herlambaud, ouvertement protégés par Hildebrand. La seconde était dirigée par Gui de Velate, nouvel archevêque, et par ses sutfragants. Cet archevêque, soutenu par Henri IV, avait chassé Arialde de la ville de Milan, et sa nièce avait fait tuer ce diacre par des sicaires. Ces événements s étaient passes à la

t. Baronias, Cetta Pont,, an. 1064.

vérité avant le concile de Mantoue. Mais ce concile n'avait point terminé ce schisme, puisque le fanatique Herlambaud avait été forcé de revenir à Rome en 1064, pour solliciter les secours spirituels du saint-siége contre un archevêque que ses armes n'avaient pu dompter. Ce gonfalonier remporta un décret dicté par Hildebrand et portant : t que les évêques, de quelque Église que ce fût, ne » Tétaient légitimement qu'autant qu'ils étaient établis » par le pape, et que ceux qui ne Tétaient que par Télec- » tion du clergé et du peuple, par ordre même du roi, > n'étaient pas évêques légitimes, i C'était une nouveauté des plus hardies qui détruisait à la fois les privilèges de la royauté, ceux des métropolitains et des synodes provinciaux, et qui conférait aux Papes, avec la confirmation des évêques, tous les droits que renfermait à leurs yeux le Utre éminent d evêque universel dont ils étaient si jaloux. A la seule vue de ce décret. Gui de Yelate, effrayé ou lassé, se démit de ses fonctions épiscopales. Mais par un reste d'opposition, ce n'est point au pape, c'est au roi Henri IV qu'il renvoya sa crosse et son anneau pastoral ; et le-roi, en les remettant au nouvel archevêque Godefroy, ouvrit cette interminable guerre des investitures qui lui causa tant d'affronts et de misères.

Excommunié sur-le-champ par le pape, Godefroy fut assiégé dans son château de Castiglione par les troupes d'Herlambaud, qui, rassemblant à la hâte des évêques et des clercs, fit élire le chanoine Otton à l'archevêché de Milan. Ce choix fut confirmé par le pape; mais la faction royale ayant repris le dessus, cet Otton fut chassé du palais épiscopal, et contraint de signer son abdication dans H 14

la cathédrale même où il avait cherché un refuge. Henri IV fut indigné de cette faiblesse; il lui enjoignit de reprendre ses fonctions et ordonna aux évéques lombards de le sacrer. Après cet acte d'autorité dont HildelNrand et le pape n'avaient pu empêcher l'exécution, ee roi pouvait-il espérer qu'Alexandre II eût consenti k la répudiation de Berthe de Suze sa femme? On ne conçoit même pas que l'archevêque Annon, le censeur perpétuel du libertinage effréné de ce jeune roi, se soit chargé d'écrire à Rome pour faire approuver ce divorce ^. Le pape en« voya sur-le-champ Pierre Damien à Mayence pour a'y opposer. Ce cardinal effraya les seigneurs et les évèqoet qui l'avaient approuvé, et Henri IVfut contraint de garder sa femme. Il se vengea de la défection de ces évéques par des violences qui soulevèrent des rébellions; il vendit les évêchés, les bénéfices ecclésiastiques. On vit même dans un seul diocèse deux évéques qui avaient payé au roi le droit de s'y établir. Le pape s'indigna de ces scandales et poussa à son tour la violence jusqu'à citer le roi à son tribunal. C'était le premier exemple de cette énormîté, qu'Henri lY aurait punie peut-être si les révoltes des seigneurs ne l'avaient retenu en Allemagne. Mais la mort d'Alexandre II, survenue le 20 avril 1 073, arrêta les eflets de cette étrange citation.

J'ai négligé bien des actes de ce pontificat, parce qu'il n'en résultait aucun autre empiétement sur les droits des souverains et des Églises. Il en est un cependant qui avait ce caractère, et qui fut suscité par l'ambition de Guil-

Page 1