‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 243 sur 268 · Abrégé ehron., t. U, p. H · texte numérisé non relu

Abrégé ehron., t. U, p. H

de Spire partit pour Rome avec l'abbé de Fulde, pour y porter des paroles d'accommodement. On fit droit aux scrupules du pape sur l'investiture par la crosse et l'anneau qui lui semblait empiéter sur la puissance spirituelle. Henri V y renonça; mais, à l'exemple du roi de France, il voulut conserver le droit de conférer les biens tempo* rels. et Callixtell lui reconnut ce droit, en lui concédant l'investiture par le sceptre. L'empereur rétablit la liberté d'élection par le clergé, et rendit à saint Pierre les droits de justice, de monnaie et tout ce qu'on appelait alors les régales. La diète de Worms confirma cet accord. Rome abandonna les exorbitantes prétentions de Grégoire VII, et Callixte eut le bon esprit de comprendre le sens de l'investiture que se réservaient les rois et les empereurs. Il mourut ainsi, le 12 décembre 1124, avec la satisfaction d'avoir rétabli la paix dans le monde chrétien, et sa mémoire doit en être récompensée par de Justes éloges. C'est sous son pontificat que commencèrent les succès, les amours, les malheurs et la ridicule condamnation d' Abélard ; mais le sujet que je traite n'ayant aucun rapport avec cet épisode de notre histoire littéraire et philosophique, je ne veux pas en embarrasser ma narration.

Lambert, évêque d'Ostie, fut, sous le nom d'Honoré II, le successeur du second Callixte. C'était un protégé des Frangipanes qui réussirent par cette élection à reprendre leur crédit. Le peuple en voulait un autre. On avait même donné le nom de Célestin au cardinal Saxon d'Anagni que désignait une acclamation populaire. Mais un nouveau schisme fut arrêté parla modestie de ce bonhomme.

c'est ainsi que Maimbourg rappelle. Il quitta la robe de pourpre dont on l'avait revêtu et rentra paisiblement dans son église de Saint-Étienne. Honoré II eut plus de peine à réduire les moines dont Taudace toujours croissante fatiguait les peuples et les évéques. Un abbé du nom de Pons, suivi d'un ramas de bandits, de moines débauchés et de femmes perdues, s'était emparé à main armée du monastère de Cluny. Il avait fondu jusqu'aux vases sacrés pour payer ses satellites; et le nouveau pape fut obligé de l'en punir par d'autres armes que ses vains anathèmes. Il fut moins juste en persécutant l'abbé Odérise de Montcassin dont il avait eu à se plaindre pendant son épiscopat d'Ostie. Sur des soupçons que lui donna un comte d'Aquina, il le somma de comparaître à Rome, punit son refus d'une excommunication, le fit attaquer par une troupe de factieux, et ne fut satisfait qu'après l'avoir vu déposer à ses pieds les insignes de sa dignité. Odérise ne tarda point à les reprendre. Les abbés de Montcassin se posaient assez souvent en rivaux del'évêque de Rome ; et les moines prirent les armes pour défendre leur abbé. Mais le peuple des environs prit parti pour le pape, et Odérise fut chassé de son abbaye. Les moines s'en vengèrent par l'élection de leur doyen Nicolas, dont le pape avait également à se plaindre. Honoré II découvrit quelque irrégularité dans cette nomination. Il déposa ce nouvel abbé, et leur en imposa un de son choix Mais celui-ci montra tout à coup l'orgueil des grands dignitaires dont il prenait la place. Il refusa le serment au pape dont il était la créature, alléguant que les abbés de Montcassin n'avaient jamais donné ce témoi-

gnage d'humilité; les moines soutinrent alors le chef qui leur avait déplu; et Honoré n'osa continuer la guerre qu'il avaitprovoquée. Il ne fut pas plus heureux, en 1128^ dans son opposition aux prétentions de Roger de Sicile qui, à la mort du duc Guillaume, s'était emparé de la Fouille et de laCalabre. Honoré II blâma l'évéque Alfane de Capoue qui Tavait reconnu et sacré comme souverain des deux duchés ; prétendit que Roger aurait dû commencer par lui demander l'investiture, sacra de sa main le prince Robert, et le fit reconnaître comme duc par la foule des seigneurs et du peuple qui l'avaient accompagné. Il les émut, les transporta par son éloquence belliqueuse ; promit le paradis à tous ceux qui mourraient dans cette espèce de croisade, une moitié d'indulgence à ceux qui ne mourraient pas et marcha à leur tête contre l'armée de Roger *. Celui-ci le fatigua par ses manœuvres^ le laissa miner par la famine qui décima et dissipa l'armée papale ; et le pape, réduit à s'enfuir dans Bénévent, s'estima très-heureux de la modération de son ennemi qui vint lui offrir la paix et son hommage. Honoré s'empressa de sacrer, d'investir par l'étendard, un prince qui, malgré sa victoire, voulaitbien le reconnaître pour seigneur suzerain des Étals deNaples et de Sicile. Honoré II vécut encore une année; et l'ombre de Grégoire VII eut encore à gémir d'un nouvel acte de tolérance. Etienne de Senlis, évêque de Paris, était en guerre avec son chapitre, dont les exactions attaquaient, disait-il, les libertés et la fortune du clergé de son dio-

J. Flcury, liv LXVIl, ch. lu.

cès6. Indigné de la protection que Louis le Gros accordait aux doyens et aux archidiacres de son Église, révéque, soutenu par son métropolitain de Sens, avait eu Tinsolence de jeter l'interdit sur les terres du roi. Les moines de Cîteaux, assemblés en chapitre général, avaient pris parti pour Tévêque; et le fameux saint Bernard avait écrit, sous le nom de Tabbé de ce monastère, une lettre assez virulente au roi de France, en le menaçant de lacolère de Dieu, qui avait dit auxdisciples : cQui vous méprise nie méprise * . > Louis le Gros était prêt à céder à cette ligue, quand une bulle d'Honoré II vint ïever l'interdit etencourager sa résistance. Mais saint Bernard s'en plaignit au pape lui-même. Il lui reprocha de donner des atomes à la tyrannie, c'est ainsi qu'il appelait la justice tardive d'un roi qui avait saisi les revenus d'un évéque, qui avait osé jeter l'interdit sur les domaines de son souverain ; et le pape Honoré, cédant à la voix du moine illustre qui dominait alors tout l'Occident, démentit son infaillibilité en abandonnant le parti du roi pour celui del'évêque. Fleury et Mézerayexpliquentassez mal le dénouement de cette querelle. Mais il est probable que le roi finit par avoir raison, car saint Bernard ne cesse de l'accuser de porter atteinte aux privilèges de rËglise. Tandis que les historiens s'accordent à louer la piété de Louis le Gros, qu'ils parlent même de sa complaisance excessive pour les évêques, le fanatique Bernard lui reproche de ne protéger que les indignes et de persécuter ceux qui honoraient leur ministère par leur

l. s. liorn.» /ijii*/. XLV; S. Luc,cli. x, v. 10.

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zèle pour la justice et pour la religion. Honoré II, ^listait d* avoir remis Tévéque de Paris sur son siège, de lui avoir fait rendre ses revenus, ne voulut pas aller plus loin, Tesprit de Grégoire VII ne l'avait point égaré; et il mourut en paix avec lui-même le 14 février iiSO. Le saint-siége était encore assez puissant et assez riche pour être un objet d'envie. Deux cardinaux se le disputèrent, et furent élus par deux factions opposées. Les amis d'Honoré se hâtèrent de nommer le cardinal Grégoire qui prit le nom d'Innocent II; mais un parti plus puissant élut le même jour le cardinal Pierre de Léon, que nous avons vu l(fgat en France et en Angleterre. C'était le petit-fils d'un juif converti qui lui avait laissé de grandes richesses. Il s'empara de l'église de Saint-Pierre et de quelques autres, se saisit de leurs trésors, fit briser et fondre par des juifs tous les vases sacrés, et accrut par ses largesses le nombre de ses partisans. Innocent II se maintint quelque temps dans les palais des Frangipanes, mais il craignit de tomber entre les mains de son rival, qu'on avait baptisé du nom d'AnacIet II, et s'enfuit de Rome pour chercher un asile sur les terres de France. Anaclet envoya des légats de tous côtés pour se faire reconnaître, s'assura du duc Roger de Sicile en lui conférant le titre de roi de Naples. Mais tous les autres souverains de l'Europe se prononcèrent pour Innocent II. Le roi de France oubliant la dignité de sa couronne se prosterna devant lui; toutes les Églises lui rendirent hommage. Le roi Henri d'Angleterre, dont saint Rernard vainquit la résistance, quitta son royaume pour imiter la soumission de Louis le Gros. Le roi Lothaire,

que les seigneurs d'Allemagne venaient de couronner au préjudice des neveux de Henri V, mena la haquenée du pape par la bride en chassant à coups de fouet le peuple qui se pressait autour de lui. Mais ce roi voulait faire payer sa soumission par le rachat du droit d'investiture par la crosse et l'anneau. Les évéques qui s'étaient rassemblés à Liège pour saluer le pape, et qu'un assez grand nombre de seigneurs soutenaient dans cette revendication de l'ancien droit de l'empire^ lui causèrent assez de surprise pour lui faire craindre quelque violence. Ce fut encore saint Bernard qui le tira d'embarras en s'opposant vivement aux prétentions des Allemands, et qui triompha de cette opposition de Lothaire en le forçant de se contenter de l'investiture par le sceptre. Le roi de Germanie promit même de rétablir Innocent sur le saintsiége, etle ramena en eit'et en Italie avec uneescorte de deux mille cavaliers. Il s'empara de la moitié de la ville de Rome, se fit sacrer empereur dans Saint-Jean de Latran * ; et le pape Innocent IT signala sa reconnaissance par le don volontaire ou forcé de l'usufruit de l'héritage de la * comtesse Mathilde *, moyennant une redevance de cent livres d'argent qui faisait de l'empereur un feudataire de Rome.

Lothaire en avait grand besoin. L'Allemagne ne lui payait aucun tribut ; les seigneurs et les évêques lui avaient imposé la triste et honteuse condition de n'avoir point de capitale, et de vagabonder avec sa cour et sa garde. Le pape lui-même lui fit subir un autre affront.

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