‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 257 sur 268 · Roger de Hoved · texte numérisé non relu

Roger de Hoved

qui mettraient la main sur les terres de Cantorbery. Henri II eut peur pour lui-même, il assembla lesévéques à Londres; ils écrivirent par son ordre au pape pour justifier sa conduite, pour se plaindre des violences du primat, pour le supplier d*en révoquer les sentences. Ils s'adressèrent en même temps à Thomas Becket pour le ramener à Thumilité et à la prudence, t Le royaume est » perdu s'il persiste dans sa colère; il en gémira un jour » lui-même; le roi est prêt à se soumettre au jugement de i rËglise, ajoutent ces évêques, il est prêt à satisfaire à > Dieu qui, l'ayant établi pour maintenir la paix entre ses » sujets, veut aussi qu'on l'honore et respecte comme on » a respecté ses prédécesseurs. »

Le fier Thomas n'y fut pas trompé. Il reconnut la main du roi dans ces doléances, et devint plus intraitable que jamais. Il reproche à ses suffragants d'abandonner leur chef, celui qui combattait pour les immunités de l'Église entière. Il leur enjoint de dire au roi qu'il n'est pas juge des évêques, et leur déclare qu'il ne les admet pas pour juges entre le roi et lui. Ce roi, de son côté, démentait les promesses de ses évêques, en signifiant à l'abbé deCîteauxque, s'il ne faisait chasser le primat du monastère de Pontigny qui était dans sa juridiction, il saisirait toutes les terres que l'ordre possédait dans ses États; et Becket avait été forcé de demander un asile au roi de France. Henri II achetait en même temps bon nombre de cardinaux par l'entremise de Jean d'Oxford l'un de ses envoyés à la diète de Wurtzbourg. Il séduisit même le pape en lui faisant espérer une paix possible; et Alexandre, qui ne voulait point pousser les choses à l'ex-

treme, chargea les cardinaux Othon et Guillaume de Pavie de réconcilier le primai et le roi d'Angleterre. Les armements de Frédéric Barbcrousse Tinquiétaient trop pour qu'il fût tenté de se brouiller avec un monarque aussi puissant qu'Henri II.

Les Romains l'avaient, il est vrai, accueilli pardes transports de joie. Mais les secours qu'il en attendait, les sommes que lui avait léguées le roi de Sicile Guillaume le Mauvais, les troupes que lui promettait son fils suffisaient à peine pour balancer les forces de l'empereur, qui pour la quatrième fois était rentré en vainqueur dans la Lombardie. Manuel Comnène lui offrait bien encore une armée, mais il lui redemandait la couronne d'Occident, et les cardinaux qui influaient déjà sur la politique du saint-siége, avaient repoussé cette ouverture. Ils avaient assez d'un César sur les bras. Frédéric était déjà à Roncaille, recevant les hommages de toutes les villes lombardes. Ses avant-gardes, commandées par les archevêques de Cologne et de Mayence, marchaient sur laRomagne. Mais l'empereur s'étant détourné pour châtier la ville d'Ancônc qui s'était donnée à Manuel Comnène, les Lombards avaient encore repris leurs serments de fidélité et s étaient révoltés contre les gouverneurs que Frédéric leur avait imposés. Maître d'Ancône après une année de siège, il alla droit à celui qu'il accusait de cette révolte nouvelle. Les Romains voulurent le prévenir, ils sortirent au nombre de quarante mille; mais les deux archevêques les battirent le 29 mai 1167 et les refoulèrent dans leurs murailles. Frédéric s'empara du château Saint-Ange, mais la partie de la ville que tenait encore le pape

Alexandre se défendit avec tant de vigueur, que l'empereur offrit aux deux papes de se démettre pour en laisser nommer un autre. Le peuple accepta cette transaction; mais les cardinaux répondirent qu'il ne leur appartenait pas déjuger le pape, et préférèrent la fuite à l'abdication *. L'antipape Pascal rentra dans Saint- Pierre et mit la couronne impériale sur la tête de Frédéric et de sa femme Béatrix. Les Romains prêtèrent serment de fidélité à l'empereur, et se jetèrent aux pieds de l'antipape. Mais une peste terrible vint au secours des vaincus. L'armée allemande en fut décimée. L'empereur reprit le chemin de ses États à travers la Lombardie révoltée. Il fut même obligé de se déguiser en valet pour gagner presque seul la comté de Bourgogne. L'antipape Pascal mourait pendant ce temps à Rome, le 20 septembre 1168, et les Romains souffraient que la faction impériale lui en substituât un troisième dans la personne de l'abbé de Strum qui prit le nom de Callixte IIL

Alexandre m n'en fut point abattu. Retiré à Bénévent, il renvoya une nouvelle ambassade et les riches présents de Manuel Comnène qui le croyait en état de lui rendre l'empire d'Occident. Ses négociations avec Thomas Becket et le roi d'Angleterre continuaient encore, mais les conférences de Gisors et d'Argentan n'avaient produit qu'une recrudescence de colère de la jiart du primat, qui avait renouvelé ses anathèmes contre les conseillers de son maître. Il consentait bien à traiter, mais avec la formule : c sauf l'honneur de Dieu et de son Église; » et

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