‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 264 sur 268 · I. Ut. LXXV, ch. xiy · texte numérisé non relu

I. Ut. LXXV, ch. xiy

fection par la titre de roi de Bobôqiie, p^rce qu'il pi^j^férait à rhoppeur de venger )^ rnor^JQ pub)i(}UQ }'^van(4gc^ de procurer un allié puissant à la causa 4e son favofi. Pierre II d'Aragon vipt, ^ peu près 4ans te mépie temps, sa faire couronner à Rome par le p^p§ et ^ rPP4P6 Y^^l et tributaire du saint-siégp. Mai$ fious le r^^rpuvaron^ plus tard parmi ses ennemis les plus acharnés, quand || sera témoin des horreurs dont les Alt)jg^ois seront les victimes.

Avant cette croisade qui révolte rhufpftnité, P^r^PifS de celle qui ne fait que l'attrister. Innpçent III n'était point corrigé de cette pieuse folie par le ma|heu|r dea trois preipières, et par le sacpfice d'un n^illion d'hommes. Ses légats parcoururent la France et l'Allemagne pour lever de nouvelles armées. Une foule de moines se mit k leur suite, et le fameux Foulques deNeuilIy reippli^ c^iU> fois le rôle de Pierre l'Hermite. InpQcent III écrivait ep même temps à l'empereur de Constaptinople, à tous l§s princes qu| se trouvaient sur la rpute des npuve^u:! croisés pour assurer leur passagp. M^s aucun roi nç parut à la tête de ce nouvel i^rpieipent. I^^ pomtes d§ Cb^pipagpe et 4e Blois, le n^arquis de >{ontferr^t, Ig cpfpte da F)andre en furent )as principaux c^alp) ^^ ^In: quinte n^iUa hommes à pe^e suivirent leurs bappièr^. Les Yépitieps se chargèrant de les tii^anspor^r? ni^js | condition que les croisés leur spumettraiaut ep p^.s$^ la ville de Zara, malgré la défense que le pape |iaur ayai| faite d'attaquer des chrétiens. Ces pouyeaux croisés p§ firent que cela. Ils détruisirent l'empire gjretp deCppst^f Unople et s'y ^4a)))irept eo maîtres. Jérusalem n'ep vit

aucun. Innocent III fut indigné de leur conduite, mais il sentit le danger d'excommunier des croisés dont Jésus- Christ n'aurait plus voulu pour délivrer son tombeau, et il se borna à ordonner la restitution du butin qu'ils avaient fait sur de malheureux chrétiens. Il était impossible d'exécuter un pareil ordre, et le pape finit par approuver des conquêtes qu'il avait d'abord blâmées.

Il s'occupa bientôt de rétablir la paix entre les rois de France et d'Angleterre: et c'était, il faut le dire, le légitime exercice d'une autorité que les Papes prétendaient tenir de Dieu même. Hais il n'entrait dans la pensée d'Innocent III qu'une politique toute mondaine. Son unique but était d'imposer sa volonté à des puissances terrestres. C'était un commandement qu'apportait aux deux rois l'abbé de Casemaire, et tous les moines des deux royaumes étaient sommés de seconder sa mission. Philippe-Auguste répondit que le pape ne devait point se mêler des querelles des rois avec leurs vassaux. C'était en effet comme suzerain de Jean-Sans-Tèrre qu'il avait pris le parti des seigneurs opprimés par cet exécrable tyran. Le lâche venait même d'ajouter à ses crimes le meurtre de son neveu Arthur de Bretagne. La Cour des Pairs, assemblée pour la première fois, avait condamné Jean-Sans-Terre; et Philippe-Auguste, en vertu de cet arrêt, confisquait toutes les provinces de ce royal assassin. Innocent III aurait dû s'associer à cette vengeance, c'eût été un assez juste emploi de l'excommunication dont il faisait abus. Il blâma au contraire le roi de France, par cela seul que Jean-Sans-Terre l'avait déféré à l'Église de Rome et que Philippe avait, dans ce cas, décliné sa juri-

diction. « N'est-ce pas une œuvre daranable, lui écrivait » le pape, que de fomenter la discorde, d'attaquer des » chrétiens, de piller les pauvres, de répandre le sang 9 des hommes ? > Oui, sans doute, mais c'était aussi une œuvre damnable que d'opprimer ses sujets et d'assassiner des princes; et le fier Innocent ne condamnait que le légitime venjçeur de ces attentats. Il menaçait même de le traiter comme un païen et un publicain s'il ne se soumettait pas au jugement de l'Église. Les évêques de France prirent le parti du roi, cinq d'entre eux se rendirent à Rome pour plaider sa cause; et le pape parut céder à leurs raisons; mais il trouva bientôt après l'occasion de frapper les deux rois et de leur faire sentir son omnipotence.

Il avait besoin pour cette fois des armes de Philippe- Auguste pour réduire les Albigeois que protégeait le comte de Toulouse, et son apparente modération n'était qu'un calcul de sa politique. L'abbé de Citeaux, le moine Pierre de Castelnau parcouraient le Languedoc et la Provence, pour convertir ces hérétiques, et se conduisaient plus en persécuteurs qu'en apôtres. Ils cassaient les évêques qui voulaient défendre leurs ouailles, les seigneurs qui soutenaient leurs vassaux. Les Albigeois se révoltaient, il est vrai, contre l'Église romaine, ils rejetaient le sacrifice de la sainte messe, le baptême des enfants; mais enfin, suivant les idées modernes, la plus grande de leurs erreurs n'était justiciable que du tribunal de Dieu. Innocent III les déclarait dignes de mort et soulevait les rois et les seigneurs contre leur malheureuse secte. Un crime, commis dans la chaleur de la guerre II 22

civile, vint redoubler sa fureur. Pierre de Castelnau fut assassiné par les hérétiques; et le comte Raymond IV de Toulouse fut accusé d'avoir ordonné ce meurtre. Innocent Itl fit entendre des paroles horribles du haut de la chaire apostolique, t Glaive, s'é<;riait-il, glaive, sors du f fourreau, venge le martyr de la foi, frappe ses enne- » mis. > Il prêche une croisade contre les Albigeois et jure leur extermination. Des légions de moines sortent de leurs cloîtres. Ce n*était plus assez des enfants de saint Benoît, quoiqu'ils se fussent multipliés sous les noms de Cîteaux, de Clairvaux, de Grandmont, de Prémontré. J'ai cité un concile où avaient assisté quatre cents abbés. Il créa des milices nouvelles. Les religieux du Mont-Carmel furent adoptés par lui sous le nom de Carmes. Les frères de Jean de Matha, nommés Mathurins et Trinitaires étaient respectables par leur institution, ils se vouaient au rachat des captifs, tandis que les autres ne s'occupaientque d'en faire.C'étaîent les ordres mendiants, les Augustins, fondés par le Père Lanfranc, les Cordeliers ou Franciscains de François d'Assise, les Jacobins de l'illustre Guzman-Dominique. Innocent III venait à peine d'autoriser ces inventions du fanatisme, et les deux derniers ordres formaient déjà une espèce d'armée. C'est à saint Dominique et au légat Arnaud de Cîteaux que le pape remit la vengeance de Castelnau. Les seigneurs de France accouraient en foule sous leurs bannières sacrées. Raymond combattît, supplia, lutta contre l'anathème qui le poursuivait partout ; et, croyant sauver son peuple, se résigna à une des pénitences les plus honteuses que le fanatisme pût inventer. Il ne fit que enhardir par sa faiblesse

la tyrannie des légats. Ils le dépouillèrent de tous ses domaines et les donnèrent à Simon de Montfort, au plus hypocrite des croisés. Roger de Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne, fut excommunié comme lui. Les croisés prirent la première de ces villes et y commirent des horreurs. On porte le massacre à soixante mille victimes; hérétiques et orthodoxes y périrent pêlemêle. € Dieu connaîtra les siens, » disait le féroce abbé de Cîteaux. Trencavel fut pris à son tour, et son jugement fut la première sentence prononcée par le tribunal de rinquisition, que présida saint Dominique, assisté de deux misérables troubadours. Le fer et le feu dévastaient le malheureux Languedoc. Cent hérétiques, pris dans un combat, furent aveuglés; un seul n'eut qu'un œil d'arraché et il fut chargé de conduire les autres dans leurs villages. Disons que les croisés n'avaient pas inventé ce genre de crime. Les Arnaudistes leur avaient donné cet exemple pendant leur domination dans Rome. Un vieil évêque en eut horreur, c'était celui d'Osma en Espagne, qui s'était d'abord associé à saint Dominique. Il se sépara de lui en traitant de bourreaux sacrilèges les auteurs de ces meurtres et de ces ravages. Son éloquence ébranla une grande partie des seigneurs croisés, qui rentrèrent dans leurs terres. Il devança le langage de l'histoire qui a flétri ces épouvantables représailles du saint-siége. Mais il ne resta que trop de fanatiques pour achever cette œuvre d'extermination qui doit peser à jamais sur la mémoire d'Innocent III.

Ses archevêques n'étaient pas plus humains. A peine investi du siège de Reims, Gui Paré fit brûler des habi-

ianis de Braine comme hérétiques ; et le pape loua ta ferveur de son zèle. Ses légats parcouraient en même temps les contrées de TOrient. Pierre de Capoûe, celui qui avait mis la France en interdit, poursuivait à Constantinople la destruction de l'Église grecque et recevait en Arménie l'hommage du roi et du peuple de cette contrée. D'autres exploraient l'Allemagne, veillant au triomphe d'Othon de Saxe et déposant les évêques qui soutenaient le parti de^Philippe de Souabe. Une croisade nouvelleétait préchée contre les peuples deLivonie, qui hésitaient pour la plupart à se convertir à la foi chrétienne, et rien n'est plus étrange que le début du manifeste du pape, c La discipline de l'Église, dit-il, ne souffre » pas que Ton contraigne personne à croire par force, et » le saint-siége protège ceux qui croient volontairement^.» Il est vrai qu'il partait de là pour engager les Saxons et les Westphales à combattre ceux des Livoniens qui empêchaient les autres d'abjurer l'idolâtrie. Mais comment concilier sa maxime avec sa barbarie à l'égard des Albigeois? L'intérêt lui dictera d'autres palinodies.

Philippe de Souabe ayant battu son rival Othon sous les murs de Cologne, la ville s'était rendue et l'empereur vaincu s'était embarqué pour aller réclamer les secours de son oncle Jean-Sans-Terre *. Le pape, alarmé de ces nouvelles, se remit en communication avec le vainqueur à propos d'un archevêque Sigefroy que ses légats avaient mis sur le siège de Mayence. Le patriarche d' Aquilée étant allé prier de sa part l'empereur Philippe d'abandonner

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