‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 263 sur 268 · Gestainnoc., n<* 9 ctsuiv · texte numérisé non relu

Gestainnoc., n<* 9 ctsuiv

S. Lé P. Barte, tUtl. de VEmpire, t. II» p. âltt.

de Sâ*ë n'avait contre lui que la faiblesse de sOtt parti. Ses pères et lili-ririêtiie s'ëtâîeht montrés cohstatTilllëttt les amis du saint-siëge; et Gui Paré, ëvèque de Palestrine, partit immédiatehient pont le faire recotinaître comme roi et futur empereur. Ce légat était porteur de lettres adres^ sées à tous les princes d'Allemagne et à Othon lui-môme. € Nous vous recevons pour roi, lui ëcrivait-il, par Tau- * torité qui nous a été donnée ëU là personne de saint » Pierrfe, et nous vous donnerons solenhellement la cou- » ronne impériale. »

Une vigoureuse opposition sfe manifesta en Allemagrtél à la réception de ces lettres. Le duc de Bohême Prémislas^ les évêqUes, les abbés et les seigneurs du parti de Philippe, répondirent au pape c qu'ils ne comprenaient pdâ » de quel droit il se mêlait de l'élection du roi des Ro- 9 mains. Ses pi^décessedrs n'avaient jamais eu une pâ- » reille audace; il he leur appartenait même pas déjuger 9 de ia validité de cette élection, eux qu'on ne pouvait 1 même pas ëlirë sans l'autorisation impériale. Si l'em- • pereur Henri ît iavait été assez simple pour céder son » droit, comment les Papes otit-ilâ osé s'attribuer celui » qu'ils n'avaient pas : Jésus-Chriàt leur a interdit les » affaires témporèlles. Le coufohrièment dé celui qu'ils » ont élu lui est im|)osé comme Uh devoir. > Les amis dé Philippe de Souabe auraient pU se dispenser de parler de ce coUrbnnemetlt, qui n'était au fond qu'Une fantaisie du rbt Pépîh. lis fournirent àli pajje Un argument qui avait tihë Certaine pUissatlbe. « Celui qUi couronne, di- » sait-il, a le droit d'examiner si le ëujet eh fest digne. » Seriotis-nbtis Obligés de ëbUt^onnerun fou, uii sacrilège,

> un excommunié, s*il vous plaisait de l'élire? Vous êtes » partagés, d'ailleurs, et dans ce cas le saint-siége a le

> droit de choisir, comme il Ta déjà fait dans la double » élection de Conrad et de Lothaire. » Philippe-Auguste protesta aussi contre le choix du pape. Quoique l'Angleterre eût changé de maitre^ et qu'au lieu du redoutable Richard, il n'eût plus en face que le lâche Jean-Sans- Terre, le roi de France resta fidèle à Philippe de Souabe. Mais au lieu de répondre à sa protestation. Innocent III l'attaqua lui-même sur son divorce et sur son mariage avec Agnès de Méranie. Il lui ordonna de renvoyer cette princesse, de reprendre Isemberge; et, sur son refus, il lança l'interdit sur le royaume de France. C'était une calamité publique ; plus de baptêmes, plus de sépultures, plus d'offices, plus d'églises ouvertes. Des évéques osé* rent protester contre cette rigueur du pape; il les excommunia et ils se soumirent. Le roi voulut les punir de leur complicité avec le saint-siége, exciter le peuple à la rébellion contre l'Église. Le peuple se retira de lui comme les prêtres; et ilïut contraint de renvoyer sa maîtresse pour se remettre en paix avec le pape Innocent m.

Les regards de cet altier pontife étaient ouverts sur la chrétienté tout entière. Un prêtre apostat nommé Suer, s'étant emparé du royaume de Norwége, le pape écrivit à l'archevêque de Dromtheim de l'excommunier ainsi que tous ses adhérents, et de mettre l'interdit sur toutes leurs terres. Les rois de Danemark et de Suède recevaient en même temps l'ordre de marcher contre l'usurpateur. Le prince André de Hongrie s'était croisé pendant la vie de Bêla son père; mais, à la mort du roi, il avait pris les

annes contre son frère aîné Emeric. Le pape lui ordonna de partir, sous peine de perdre tous ses droits à la couronne. Il ordonnait en même temps au roi Emeric de chasser de ses États le Ban de Bosnie qui protégeait des hérétiques. Il donna à un prince dalmate nommé Voulc ou Vulcan, le titre de roi de Servie, à condition que ce royaume serait feudataire du saint-siége. L'empereur de Constantinopîe, Alexis l'Ange, s'étant avisé de le complimenter sur son avènement, Innocent III Ten remercia par de violents reproches, Taccusa de ne pas seconder les libérateurs du Saint Sépulcre, de souffrir que les Grecs restassent séparés de TËglise romaine. Il le menace même de ses rigueurs s'il ne se croise pas contre les infidèles. Alexis l'Ange lui répond que' les chrétiens d'Europe ont commis tant de péchés en Orient, que Dieu ne lui permet pas d'aller à leur secours; il se plaint de Barberousse qui a porté en passant le fer et la flamme dans son empire. Le pape avait écrit en même temps au patriarche Camatère pour l'inviter à reconnaître la. primauté de la chaire de Saint-Pierre, et le patriarche lui ayant répondu que Rome ne pouvait pas se dire la mère de toutes les Églises, puisqu'elles sortaient toutes de celle de Jérusalem, Innocent III répliqua par un long plaidoyer en faveur de son siège. Cette réplique du pape est un tissu de subtilités dont la plupart condamnent même son ambition. Jérusalem est la mère à raison du temps; Rome à raison de la dignité. Jérusalem est la mère de la foi, Rome est celle des fidèles. Cette longue lettre du 12 novembre H99 se termine par une injonction d'assister à un concile général sous peine d'encourir

la colère 4n pape. L'empereur et le pfi^isiirpl)^ 9Ç Ç^Rf^ tirent de s*étre pxposés à 4e pareilles menaces p^r une civilité m^l entendue. I^^ premier, blessé de ce^ç injppction, ayant observé qi|e Tempir^ é^ii au-çlessus 4li sacerdoce, s'attira yiw réplique plus vigoufeuse encore. Innocent ïll ei^pliqu^^ son avantage les paroles de ^ésus- Cbrist et de saint Pierre; il en coi)clut que le poptj^ étar^^ souverain pour le spirituel, doit dominer le fempof^l comme l'âme domine )e corps. Les deui^ grands (liminaires que Dieu a m^ dai^s Ip ciel sigpjfiept selop |u| qjnç l'Église a reçu la dignité pontiQcale et la royale, Tiine pour présider aux choses spirituelles, l'aif^re aux corporelles, et qu'il y a entre elles ^uM^jPjt de ^iSérei^c^ q^'en^r^ le soleil et la lune. L'abbé F]eury se mpquç \i^ peif 4^ cette comparaison ^ ; et l'empereur Alexis ne jpge^ p^ ^ propos de continuer ce dialogue épistolaire. Mais la vef^ geance d'Innocent ne se fit pas attendre. Les Bulga;;^ s'étaient révoltés contre Byzance, la pape encoifrag^^ cette rébellion; et, trois ans après, leur gé][ipra) Joapnipe ayant ramené son peuple à l'IËglise romaine, reçut ^^ échange la couronne de Bulgarie. A ces deux rois par la grâce du saint-siége, InnoceY)^ III en ajouta un troisième. Le duc Premislasde Bohême ay^nt répudié sa femme ppur vivre avec ^ne concubine, son empereujr ftiillppe d^ Souabe avait provoqué sa déposition, ^t Prenii^as avait quitté son parti pour prendra celui d'Othon de Saxe. Innocent III oublia qu'il avait excommunia le roi de France pour une faute pareille, et récompensa cette dé-

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