I. Ottêli 4tSaiat-ttit, ch. u-ui ; Spentr
Mais la guerre ne tarda point à éclater entre les deux puissances. Les empereurs ne tenaient jamais )e serment de rendre les domaines de l'Église ^ Les usurpateurs de ces domaines étaient fort nombreux; ils entourèrent le nouveau César, et il fut parjure comme les autres. Il s'eippara même de plusieurs places, que Rome prétendait lui appartenir, et marcha sur le royaume de Sicile pour l'enlever tout à la fois au pape et au jeune Frédéric de Souabe. La minorité de ce prince avait causé bien des désordres dans ce royaume. L'Allemand Marcuald, marquis d'Ancône, Gautier de Brienne et autres y étaient entrés en armes pour l'enlever à son jeune maître, et Innocent III ne le lui avait conservé qu'à grand'peine jusqu'à sa majorité. L'entreprise d'Othoa l'enflamma de colère. Après l'avoir fait sommer de garder sa parole, il commença par l'excommunier; et comme l'empereur n'en tenait compte, il dégagea ses sujets de leurs serments de fidélité. Le roi de Bohême, le duc d'Autriche, le landgrave de Thuringe, les prélats d'Allemagne abandonnèrent sur-le-champ le parti d'Othon, mais son courage n'en fut point abattu. Il s'empara de la Pouille et de la Galabre, fit ravager même les terres de l'Église. Le fier Innocent III fléchit un moment et demanda la paix qui lui fut brutalement refusée par son ennemi. Il n'avait plus que la déposition pour ressource ; et l'archevêque Sigefroy de Mayence la prononça comme légat dans une diète de Bamberg. Mais elle n'eut point d'abord tout le succès que Rome en alten-
i. Le P. Barre, HUL de l'Emp., t. II, p. ^i .
dait. Le frère d'Othon, comte palatin, le duc de Braban se jetèrent sur les terres de Mayence avec toute la noblesse de Lorraine, le duc pilla la ville de Liège, le trésor de la cathédrale; mais l'évéque l'attaqua à la tête d'une armée, le défit en bataille rangée, et le fier Brabançon se jeta à ses pieds pour demander pardon de sa désobéissance aux volontés du saint-siége.
Les souverains de Bohême, d'Autriche, de la Bavière, de la Thuringe, les archevêques de Trêves, de Mayence et de Cologne, excités en même temps par le roi de France, élurent à Bamberg, sur la fin de 1211, le jeune Frédéric roi des Romains. Ce prince, quittant immédiatement la Sicile, fut reçu comme futur empereur par Innocent III qui avait mené toute cette intrigue, et gagna FAllemagne par Gènes et la Haute Italie. Othon IV prit la même route, mais toutes les villes de Lombardie et d'Allemagne le repoussaient comme un pestiféré. Les princes, les prélats, les seigneurs abandonnaient sa cause, tant était grande la peur des foudres de TËglise; ils couraient en foule à la diète de Mayence pour faire hommage à Frédéric II. Deux ou trois seigneurs à peine restèrent sous la bannière d*Othon IV, et ce malheureux empereur n'eut plus d'autre ressource que Talliance de Jean-Sans-Terre.
Mais ce roi luttait comme lui contre les anathèmes d'Innocent m. L'élection d'un archevêque de Cantorbery avait causé cette querelle. Les jeunes moines avaient nommé leur sous-prieur Reginald. Le roi Jean avait fait élire John de Gray, évêque de Norwick, et les évêques sufifragants, indignés d'avoir été exclus de cette double
élection, en avaient appelé à Rome. Innocent III cassa tout, et, à l'aide de douze moines de Cantorbery qui étaient venus plaider la cause de John de Gray, il leur imposa à tous le cardinal Langton. Le roi Jean s'indigna de cette violation de ses privilèges par une poignée de moines qui s'étaient passés de son autorisation. Il repoussa le favori du saint-siége que tout le monastère s'était hâté de reconnaître, ne comprit rien à une bague mystique qu'Innocent lui avait envoyée pour l'adoucir, fit envahir le cloître de Cantorbery par des chevaliers qui en chassèrent tous les religieux et en pillèrent toutes les richesses. Innocent III menaça de jeter l'interdit sur l'Angleterre, qui était fort innocente de la juste opiniâtreté de son maître; et celui-ci jura qu'il renverrait à Rome tous ses évêques et tous ses moines, qu'il ferait même arracher les yeux et le nez à tous les Romains qui mettraient le pied dans ses États. Si Jean-Sans-Terre n'avait pas en même temps révolté la noblesse par les excès de sa tyrannie, il eût triomphé peut-être de cette colère de Rome; mais nul n'était tenté de soutenir un maître dont le honteux despotisme égalait l'ignoble lâcheté. Le pape le savait, et l'interdit fut lancé sur son royaume *. C'était le premier des châtiments qui constituaient les foudres de l'Église, mais il n'arrêta point un roi qui en souffrait moins que son peuple. Il se souciait fort peu de la messe et des autres offices. Il confisqua les biens de tous ceux qui obéirent à l'interdit, exila les éyêques, emprisonna les moines dans leurs couvents, et fit jeter leurs