Matth. Filris, p. 157; Nie
concubines dans ses prisons d*État. Au lieu de ramener les nobles par une conduite moins tyranuique, il acheva de les aliéner par des vexations inouïes, leur enleva leurs fils et leurs neveux comme otages de leur patience, et chargea son peuple d'impôts. L'historien Hume a raison de remarquer que le caractère de ce despote était un mélange de folie, de lâcheté, de libertinage et de bar- . barie.
Innocent III en vint à l'excommunication de ce monstre, et les évêques s'enfuirent sur le continent, suivis d'un assez grand nombre de barons. Les prenjiers couraient àPontigny, où Langton s'était réfugié, et le reconnaissaient comme primat d'Angleterre. Jean fut forcé de lui demander lui-même une entrevue; mais le fier Langton, reprenant le rôle de Thomas Becket, exigea la restitution de tous les revenus de l'Église dont le roi s'était saisi. C'était demander l'impossible; mais le primat le savait bien, et le pape, qui dirigeait cette négociation, lança la dernière de ses foudres en dégageant tous les sujets de Jean-Sans-Terre de leurs serments, et en prononça la déposition. Philippe-Auguste, à qui l'Angleterre fut offerte, accepta l'exécution de cette sentence, rassembla une flotte de dix-sept cents vaisseaux dans ses ports de la Picardie. Le roi Jean, devenu l'horreur de son peuple et de ses barons, ne pouvait se défendre contre un armement aussi formidable, et vit arriver avec joie un légat de Rome avec des paroles d'accommodement, t Sou- » mettez-vous au jugement de l'Église, lui dit le diacre > Pandolphe, reconnaissez le primat Langton, indem- » nisez vos églises de toutes leurs pertes, remettez-enfin
» votre royaume au pape, et j'arrêterai en son nom » toutes les entreprises du roi de France. » Le lâche Jean- Sans-Terre accepta toutes ces conditions : il dépouilla les insignes de la royauté, se jeta aux pieds de cet insolent légat, et fit hommage de son royaume à l'évéque de Rome. Pandolphe repassa la mer; il courut signifier à Philippe- Auguste que l'Angleterre étant devenue un fief de l'Église, il n'était plus permis à un prince chrétien de l'attaquer, et il enjoignit au roi de France de désarmer sa flotte. Le roi répondit à cette impertinence par un accès de fureur. Il se plaignit de la capricieuse intolérance du pape, il fit part à ses barons de cet indigne changement, et leur fit jurer de le suivre dans une expédition qu'il ne pouvait abandonner sans honte. Mais pendant qu'il les rassemblait dans les campagnes de Picardie, une ilotte anglaise, commandée par le comte de Salysbury, frère bâtard de Jean-Sans-Terre, secondée par la trahison du comte de Flandre, surprenait le port de Dam, et brûlait la lïotte française. Philippe-Auguste en écuma de vengeance; il ravagea les provinces ilamandes, rencontra une armée allemande qu'Othon avait rassemblée et que les troupes de Salysbury venaient de rejoindre ainsi que les débris de celle de Flandre, défit et dispersa cette coalition sur le pont et dans les champs de Bouvines, et renvoya Othon sans soldats et sans gloire dans ses terres de Germanie. C'était une grande victoire, et d'autant plus grande que cent cinquante mille confédérés avaient été battus par cinquante mille Français. Mais il fallut renoncer à la conquête de l'Angleterre; ou du moins la différer, car les folies de Jean-Sans-Terre allaient fournir
au roi de France l'occasion et le prétexte de reprendre cette expédition.
Une grande pensée fermentait dans Tesprit du cardinal Langton. li voulait profiter de la lâcheté du roi Jean et de l'irritation de ses barons pour rétablir les vieilles libertés de l'Angleterre; et l'on est tout surpris devoir surgir quelque chose de grand et de noble de ce chaos d'intérêts contraires, d'ambitions rivales, d'égoïsmes sacrés et profanes. Le fier primat était rentré en vainqueur dans son Église; et, chargé d'absoudre le roi au nom du saint-siége, il lui avait dicté le serment de remettre en vigueur les lois de saint Edouard, que le règne des Normands et des Plantagenets avait fait oublier et dont le roi Jean ne connaissait pas sans doute l'existence. Langton rassembla les barons à Saint- Edmonsbury sous prétexte d'un pèlerinage, et leur montra le code de lois qu'avait fort inutilement renouvelé le roi normand Henri I". Les barons jurèrent entre ses mains de réclamer ces lois et se rendirent à Londres le 6 janvier 1215 pour les demander à Sans-Terre. Le roi prit un délai pour répondre et n'en profita que pour informer le pape de cette exigence de sa noblesse. Il essaya de ruiner celte ligue en offrant au clergé le rétablissement de quelques privilèges; mais ce clergé commençait à s'apercevoir qu'il n'était plus que l'esclave de Rome, que les légats disposaient de tout en Angleterre, même de la nomination des évéques. Les promesses du roi Jean lui parurent illusoires, et la complicité du pape et du roi lui fit craindre la perte de toutes ses Immunités. Les évcqucs et les barons n'eurent plus que
la même pensée. Une grande assemblée eut Heu entre Staines et Windsor, et le roi, effrayé de leur nombre et de leur contenance, signa, le 19 juin 1215, la grande charte qui renfermait des libertés et des privilèges pour la noblesse, le clergé et le peuple du royaume*.
Le roi Jean fit bientôt voir qu'il n'avait cédé qu'à la violence. Honteusement retiré dans l'île de With, il fit recruter de toute part des satellites et des bourreaux; il écrivit au pape, et le fier Innocent accueillit par des transports de rage la nouvelle de cette révolution politique. Il fulmina une bulle dans laquelle, en vertu du droit qu'il s'attribuait de créer et de détruire les royaumes, il annulait cette charte comme dérogatoire ù la dignité du suzerain sacré du roi d'Angleterre. Il releva ce roi du serment qu'il avait prêté à cette œuvre du démon. Les barons, les prélats et Langton lui-même résistèrent aux armes du saint-siége. Mais les bandits rassemblés par le roi triomphèrent de leur ligue ; Jean- Sans-Terre ravagea les domaines du clergé et de la noblesse; et les conjurés ne virent plus de salut que dans les armes du roi de France. Ils offrirent la couronne au prince Louis ou plutôt à son épouse Blanche de Gaslille, qui descendait de Henri H par sa mère.
Philippe-Auguste eut tort d'accepter cette couronne pour son fils, et de ne pas se méfier du patriotisme des Anglais. Au mépris des nouveaux anathèmes de Rome, Louis débarqua en Angleterre, fut rejoint et reconnu par la presque totalité des barons, dispersa les opposants et prit possession de la capitale et du trône. Mais une