‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 38 sur 268 · Maiiiib., Ut. IY, p · texte numérisé non relu

Maiiiib., Ut. IY, p

Pour que rien ne manque à ce miracle, c'est la veille même de la fête de saint Félix qu*il fait retrouver son corps et la preuve de son martyre devant Baronius luimême qui s*avoue coupable de Tavoir nié. Il est donc difficile de dire ce que devint réellement cet antipape, et pourquoi il fut plus tard réhabilité, compté au nombre des Papes conjointement avec Libère, canonisé même après sa mort. Nous ne pouvons douter qu'il ne fût soutenu par une faction puissante, puisqu'on le retrouve sous le pontificat du pape Damase, et que la faction est même assez forte pour lui donner un rival. Mais nul ne dit ce qu'elle était, si elle était née de Tarianisme pendant leul de Libère, ou d'une orthodoxie trop rigoureuse, ou seulement du besoin qu'avait le peuple romain de la présence d'un pontife. Ou ne sait pas davantage comment et pourquoi Libère se releva de sa chute, s'il faut attribuer aux reproches d'Hilaire de Poitiers, au mépris de son clergé, à la conversion de son compétiteur, ou enfin à ses propres remords une évolution de conscience que l'Église a récompensée plus tard par une auréole de sainteté. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun légat n'assista de sa part à l'assemblée de Rimini, et que toutes les prétentions de Jules étaient déjà abandonnées par Libère. C'est la première fois que l'évêque de Rome n'est pas représenté dans une réunion d'évêques aussi considérable et surtout dans un synode d'Italie. On ne le retrouve que lorque les apostats Ursace et Yalens arrivent à Rome pour lui faire signer le formulaire de Séleucie. C'est alors seulement que se manifeste son retour à la foi d'Athanase. Il déclare qu'il est

désormais prêt à tout souffrir plutôt que de retomber dans sa faute, et se réfugie dans les catacombes pour échapper à la persécution dont te menacent les envoyés de César.

Constance n'aura pas le temps de le punir. Le 3 novembre 361, ce brouillon couronné alla demander à Dieu ce qu'il fallait croire de Ykomoousios ou de TAomoioustosy après avoir débattu pendant vingt ans avec cinq ou six cents évoques la signification véritable de ces mots grecs. Julien monta sur le trône du monde, et les chrétiens de toutes les sectes en frémirent. Ils savaient que le nouvel empereur ne leur appartenait pas, que les philosophes païens avaient étouffé dans son àme les vérités qu'Eusèbe de Nicomédie son premier maître avait montrées à son enfance. Échappé par miracle aux massacres de sa famille, réduit par les sanguinaires caprices d*un desposte ombrageux à trembler sans cesse pour sa vie, Julien avait conçu un profond mépris pour le caractère et la politique de Constance ; et ce mépris, accru tous les jours par la dissimulation que lui imposaient ses périls, s'était élevé jusqu'à la religion du royal assassin. Il rougissait de voir que cet empereur, si terrible dans ses vengeances, poussât la piété jusqu'à rhumilité la plus dégradante en prosternant sa couronne devant la mitre d'un évoque; et quoiqu'il portât souvent lui-même la simplicité des mœurs jusqu'à l'oubli de sa dignité personnelle, il ne s'accoutumait pas à voir dégrader ainsi la majesté de l'Empire. Les étonnants progrès qu'avait faits pendant quarante ans à peine la religion de Constantin, Tascendant qu'avaient pris les

évéqucs sur les souverains, sur les cours et sur les peuples, leur multiplication merveilleuse qui en avait élevé le nombre au delà de mille l'avaient justement alarmé pour les destinées d un Empire qu'il était appelé à gouverner. Leurs divisions perpétuelles avaient d'ailleurs rebuté sa précoce intelligence. Initié d'abord à Tarianisme par son premier maître, il avait vu cette secte turbulente se diviser, se subdiviser en plusieurs sectes rivales et modifier à chaque instant le formulaire de ses croyances. L'instabilité des doctrines chrétiennes que n'avaient pu fixer tant de tumultueux conciles, les haines réciproques des deux Églises lui avaient inspiré de bonne heure le dégoût le plus profond ; et les philosophes de Pergame, d'Ëphèse et d'Athènes, qu'avait fréquentés sa jeunesse, l'avaient aisément disposé à relever des dieux qui avaient contribué pendant dix siècles à la grandeur de la vieille Rome. Sa gloire militaire l'avait rendu, depuis, l'idole des légions de la Gaule; et les peuples, qu'il protégeait contre Tinvasion des barbares, que séduisait Taifabilité de ses manières, parlaient avec admiration de son activité, de sa justice, du soin qu'il mettait à s'instruire de leurs besoins et de leurs intérêts. Les peuples ne sont pas toujours ingrats, et les soldats le sont plus rarement encore. Julien l'avait éprouvé, quand la jalousie de Constance, ou la haine de l'eunuque Eusèbe avait voulu le séparer de ses principales légions. Les soldats, révoltés de cette injustice, lui avaient décerné le titre d'Auguste, et, placé dès lors entre TEmpire et le supplice, il s'était décidé, quoique à regret, à guider vers rOricnt les étendards d'une révolte qu'il n'avait point

provoquée. On ne s'arrête point dans cette voie, et dès le début la déclaration de son apostasie avait attiré dans ses rangs les partisans des anciens dieux, sans altérer le respect des chrétiens qui avaient concouru à son élévation. Sa marche sur Constaniinople n'avait été qu'un triomphe, et la mort imprévue de l'empereur qu'il allait détrôner, l'empressement des légions d'Orient à le reconnaître avaient redoublé dans son esprit superstitieux son adoration pour les dieux dont il avait relevé les autels.

Son règne fut d'abord celui d'un philosophe réformateur et tolérant. Prudence, poète chrétien, vantait son amour pour les lois; et Bossuet lui-même a loué l'équité de son gouvernement. 11 purgea son palais de cinq ou six mille eunuques ou saltimbanques parasites qui dévoraient la substance des peuples. Les ministres, les conseillers de Constance furent livrés à un tribunal qui fit quelquefois calomnier sa justice. Mais sa tolérance naturelle éclate dans 1 edit qui rendît une entière liberté à tous les cultes. Les temples du paganisme furent rouverts, et l'Église conserva les siens. Les évoques n'y dirent que leur participation au gouvernement de l'Empire et la faculté d'opprimer leurs ennemis. Les prélats ariens furent renvoyés dans leurs diocèses, les orthodoxes rappelés de l'exil. Libère rentra dans Rome, Hilaire dans Poitiers, Athanase dans Alexandrie; maïs Libère ne s'occupa comme autrefois que de sa lutte personnelle contre la faction de l'antipape Félix, tandis que les deux autres ne songeaient qu'au triomphe de la foi de Nicée. Athanase reprit à l'instant même sa haute mission.

 sa voix éloquente se relevèrent la plupart des évéques qui avaient souscrit à Rimini le formulaire de Séleucie : et tous Tauraient renié d'eux-mêmes sans la crainte d'une pénitence publique. Athanase devina leur pensée et ne se piqua point d*un dangereux rigorisme. Animé d'une sainte tolérance, il ne leur demanda que la rétractation de leur signature; et un sjnode assemblé par ses ordres, inconsulto romano^ ratifia la salutaire résolution de sa charité, malgré les efforts du vieux Lucifer de Cagliari, le seul évêque qui osât condamner cette indulgence.

Mais une voix plus haute s'éleva tout à coup contre le prélat qui reprenait avec tant d'autorité l'exercice de sa puissance métropolitaine. Cette voix n'était pas celle du pape Libère. Il restait étranger aux débats de la chrétienté. Il n'agissait plus en chef de l'Église, mais en simple évéque de Rome. Celte voix est celle de Julien que fatiguait le bruit de ces discussions, qu'alarmaient peut-être ces actes d'autorité, que blessait surtout l'arrogance de quelques prélats. Un jour qu'il sacrifiait à ses dieux dans le temple de la Fortune, un vieil aveugle y était entré et lui avait hautement reproché son apostasie. Julien reconnut Févéque Maris de Chalcédoine et lui répondit : c Ton Galiléen ne te rendra pas la vue. — » Eh bien, reprit l'évèque, je le remercie de m'épargner » la douleur de voir un prince apostat. » Une autre fois, saint Basile l'avait accusé de condamner ce qu'il ne comprenait pas; et c'est pour comprendre sans doute, pour en finir avec eux qu'il ordonna aux chefs de toutes leurs sectes de se rendre à Constantinople. Ils y vinrent,

il assista à toutes leurs conférences, mais Taigreur de leurs débats, les haines qui éclatèrent sous ses yeux ne firent qu'augmenter son aversion pour une croyance si violemment controversée. Ammien Marcellin attribue cette fantaisie de concile au désir de fomenter les divisions de l'Église ^ Cette accusation d'un auteur païen a quelque importance, mais Julien n'avait pas besoin de provoquer ces dissidences^ et il pouvait écrire, dans sa cinquante-deuxième épitre, que les prêtres galiléens semblaient se plaindre sous son règne de n'avoir plus la liberté de se dévorer. Il les renvoya tous avec colère. Il transporta aux païens les privilèges dont ses prédécesseurs avaient doté les évéques. Il rendit aux temples des anciens dieux les revenus qu'ils avaient attribués aux églises du Christ. Il ordonna même aux chrétiens de rebâtir les temples qu'ils avaient abattus. Il leur interdit l'enseignement de la grammaire et de la rhétorique, les réduisit à la seule propagation de l'Évangile. Il les chassa de tous les gouvernements, de toutes les places et ne les confia plus qu'aux philosophes et à leurs adeptes. Maxime de Pergame devint le confident de ses pensées, le distributeur de ses grâces. C'était le plus ancien, le plus illustre de ses précepteurs païens. Le rhéteur Libanius et plusieurs autres s'emparèrent de la cour impériale, et Julien qui en avait chassé les bateleurs et les eunuques, ne fit que changer de charlatans et de parasites.

Les nouveaux délégués de sa puissance avaient trop de vengeances à exercer pour ne point aller au delà de

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