‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 37 sur 268 · Ann. 347, ch. xli · texte numérisé non relu

Ann. 347, ch. xli

cateur de la foi. Il écrivit aux évêques de la Gaule pour les prémunir contre cet exemple funeste et les fortifier dans leur résistance à Tarianisme. Athanase manifestait en même temps son opposition par les écrits dont il remplissait le monde, sans que ses persécuteurs pussent jamais découvrir la retraite d*où partaient ces éclairs d'un indomptable génie, ces insultes à la puissance même de l'empereur.

Étonné cependant que ses rigueurs n'eussent point rendu la paix à l'Église, Constance s'avisa d'un expédient nouveau qui le posait en évêque des évêques. Cette pensée lui vint sans doute de Valens de Mursa qu'il avait pris pour son conseiller intime, le jour où cet évêque, secrètement informé de la défaite de Magnence, lui avait fait croire qu'il la tenait d'une révélation divine. L'empereur assembla les prélats de sa cour à Sirmium, le 22 mai 358, et fit rédiger en sa présence une nouvelle profession de foi. C'était la quinzième, que depuis trente-quatre ans les Ariens avaient dressée; et celle-ci contenait des concessions qui devaient, croyait-il, satisfaire les deux partis. On en rejetait comme toujours le mot consubstantiel, et l'on se bornait à dire que Dieu le Fils était semblable au Père en toutes choses. Ces derniers mots étaient de l'invention de l'empereur lui-même ; et comme il avait reconnu que la discussion ne faisait qu'entretenir la dissidence, il prétendit les imposer sans permettre de les débattre, en séparant les deux partis à une assez grande distance pour qu'il leur fût impossible de disputer. Les Orientaux furent donc convoqués à Séleucie et les Occidentaux

à Rimini. Basile d'Ancyre apporta le formulaire impérial aux premiers, Yalens de Mursa aux seconds; et c'était le déitrier d'avance que de le transmettre aux évoques de la Gaule et de Tltalie par un collègue qu'ils avaient vu deux fois renier leur croyance. Il devait échouer dans sa mission : mais son collègue Basile ne fut pas plus heureux que lui. Les deux conciles rejetèrent une rédaction que l'empereur avait regardée comme une œuvre de conciliation et de paix. Les Ariens de Séleucie ne voulurent point des mots en toutes choies qui équivalaient au mot consuhsiantiel. Les catholiques de Rimini ne virent que l'absence de ce mot, n'en admirent point l'équivalent et ne répondirent que par une proclamation nouvelle du Symbole de Nicée.

La surprise et la colère de Constance ne peuvent se décrire. II insulte, il repousse les dix députés qui lui apportent la décision du concile de Rimini. Il finit par les effrayer, par leur faire signer de force le formulaire nouveau que lui ont renvoyé ceux de Séleucie et où ne se trouvent même plus les mots en toutes choses^ et après un an de débats, de menaces et de séductions, il les renvoie à Rimini, où leurs malheureux collègues atten-* daient leur retour, comme des captifs impatients de recouvrer leur liberté. Le préfet Taurus les avait retenus pendant tout ce temps dans cette petite ville, et un nouvel ordre de Constance lui défendit de les laisser partir avant qu'ils eussent souscrit le seizième formulaire. Le consulat devait être la récompense de cet étrange service; et les Scipions ne se doutaient guères que cette dignité pût être jamais mise à ce prix. Mais rien ne !• 9

surprend dans ce ^enrc de la part d'un empereur qui avait déclaré dans un de ses édits que le ministère des autels était plus utile ù FËtat que les travaux des champs et que les services civils et militaires. £n élevant ainsi le sacerdoce, il aurait dû toutefois lui conserver sa dignité. Mais c'était trop exiger d'un pareil despote. Taurus fut consul, et il gagna cette charge éminente par un zèle sauvage, en prolongeant à dessein les ennuis de cette captivité d un aussi grand nombre d*évéques, en y ajoutant même les angoisses du froid et de la faim. L'artificieux Valens le seconda par son impudente hypocrisie; pour calmer les scrupules des malheureux captifs, il condamna hautement le nom d'Arius et réussit à leur en faire approuver la doctrine, en leur persuadant que les mots de substance et de consubstantialité devenaient inutiles, dès l'instant que les Ariens reconnaissaient que Dieu le Fils n'était pas une créature comme les autres et qu'il était semblable au Père. Il appuya ce mensonge de quelques avantages temporels qu'il était autorisé à leur promettre; et ces pauvres évéques, las de souffrir et d'attendre, s'écrièrent qu'il avait raison. Ils se hâtèrent de recouvrer leur liberté en signant la profession de foi de Séleucie ; et l'empereur, acquittant les promesses de Valens, les récompensa de leur lâcheté par son éditdu 30 juin 360 qui affranchissait les biens ecclésiastiques du fardeau des charges publiques. Avons-nous bien le droit de blâmer ces capitulations de conscience devant un avantage matériel, et surtout cette inintelligence aveugle de certains mots qui remuent le monde? Ne voyonsnous pas, dans notre temps, comme dans tous, le trou-

peau des hommes religieux ou politiques adopter avec une sorte de fanatisme les doctrines ou les commentaires d*un petit nombre d'hommes supérieurs qui dominent les opinions de leur siècle? nous ne sommes pas plus éclairés, plus surs de nos croyances qu'on ne Tétait alors, et parmi tant de docteurs nous aurions peine à trouver l'équivalent de saint Athanase.

Que faisait cependant le pape Libère, le chef prétendu de rÉglise, tandis que, à vingt lieues de sa résidence, la Trinité, le fondement de la religion catholique, était mise en question et en péril? Il était rentré à Rome, le i août 358, à la bruyante satisfaction des dames romaines; et Tantipape Félix s'était réfugié dans la campagne pour échapper à la colère du peuple. Mais il y a dans tes historiens de cette époque tant de confusion, de contradictions et de lacunes que Baronius lui-même renonce à y porter la lumière. Les écrivains protestants ont prétendu qu'il avait intérêt à ne pas y voir plus clair, mais ces ténèbres n'en ont pas été mieux éclairées. Le Père Maimbourg fait tout ce qu'il peut pour sauver l'infaillibilité pontificale de cette lutte des deux papes, de leurs tergiversations, de leurs palinodies et ne fait qu'ajouter des obscurités nouvelles à celles que rhistoire lui a transmises. Il accepte le martyre de l'antipape Félix en punition de son opiniâtreté à condamner les Ariens, et n'osant pas nier que, douze siècles plus tard, Grégoire XIII a voulu l'exclure du martyrologe romain, il le fait apparaître lui-même pour plaider sa cause *.

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