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effectivement partout, jusqu'au moment où il s'en sépara pour aller prêcher dans la Pentapole et dans Vtrgypte, où il mourut après avoir fondé le siège d'Alexandrie. Mais n'est-il pas plus simple de faire passer saint Marc de l'Asie proprement dite dans la Pentapole cyrénaïque et dans l'Egypte, que de le faire venir à Rome pour le ramener en Afrique; à Rome, où saint Paul lui-* même ne serait peut-être jamais venu, s'il n'y eût été conduit en prisonnier pour y être jugé comme citoyen romain? Les pérégrinations des apôtres furent en général circonscrites dans les contrées de l'Orient. Aucun autre que saint Paul, historiquement parlant, n'a traversé la Méditerranée pour venir en Italie, et le Marc dont il parle dans sa seconde épitre à Timothée est un autre que l'évangéliste. C'est en définitive un étrange témoignage que le commentaire d'une date, attribué par une vague tradition à un évêque dont les ouvrages sont perdus.
II existe un autre document où les voyages de saint Pierre à Rome devraient trouver un témoignage irrécusable. C'est répître de saint Clément, adressée au nom de l'Église de Rome à celle de Corinthe. Eh bient cette épître, la seule œuvre de ce Pape dont l'authenticité soit généralement admise, ruinait d'avance toutes ces traditions. Clément occupa la chaire de Rome depuis l'an 91 jusqu'à 101. Il écrit son épitre trente ans après la mort (le saint Pierre, il i)arle du martyre de cet apôtre el n'en fait point honneur à l'Église qu il gouverne, tan* dis que, passant de suite au martyre de saint Paul, il a soin de dire que c'est dans l'Occideii et pendant la per-
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sècutioD de NêroD que saint Paul a été délivré du monde. Certes, si les paroles de saint Gément avaient attesté le séjour de saint Pierre k Rome, on n*aurait pas eu besoin de prêter à ce même évêque un prétendu itinéraire de cet apôtre, composé plus tard par je ne sais quel lé^ndaire . sous le titre de Rtcognitixms de saint ClémrnL et que les conciles ont justement flétri comme apo<*r\phe*. Personne enfin n eût songé à s'appuyer sur les rêveries d'Abdias ou sur les commentaires de révoque d'HiVrapolis.
Le premier des témoi^jnages sérieux qui apparaissent dans ce chaos est celui de saint Irénée qui récrivait vers la tin du deuxième si<VIe, si toutefois on peut admettre coumie fidcle la version latine de son troisième Ii\Te des J/é/TsiVs. On sait que le premier est le seul qui nous soit arrive sans altération ; et quoiqu on ait prétendu que la traduction en avait été faite sous les yeux de Tauteur original , on ne saurait considérer comme rigoureusement exacte une version qu'il est impossible de confronter avec le texte primitif. Convenons, toutefois, qu'on ne peut supposer aucune altération dans le passage qui affirme le séjour de saint Pierre à Rome. On ne peut qu'infirmer Fauthenticité des traditions et des documents historiques sur lesquels il se fonde. Mais ce qu'il atteste, c'est la reconnaissance générale du séjour et du martyre. On peut aussi invoquer le témoignage de Tertullien, qui écrivait vingt ans après la mort d'Irénée. Le prêtre de Carthage, rapportant la réprimande adressée
i. iiU(. de* Concilet, t. i.
par saint Paul à saint Pierre, ajoute que dans tous les cas on ne pouvait leur contester d'avoir été réunis dans le martyre *, et comme personne ne saurait nier celui de saint Paul à Rome, celui de saint Pierre résultait nécessairement des paroles de Tertullien. Presque en même temps, sous le règne de Caracalla et pendant le pontificat de Zéphirin, un auteur du nom de Caïus dit que les tombeaux des deux apôtres étaient élevés sur la route d'Ostie. Ce prêtre est un disciple de saint Irénée; il est loué par saint Jérôme, par Théodoret, par beaucoup d'autres, mais il serait peut-être permis de demander à quelle époque les chrétiens de Rome auraient osé élever ces deux tombeaux, puisqu'ils étaient réduits à se cacher et à se faire enterrer dans les catacombes. De Néron à Caracalla la persécution ne cessa point. Tous les prédécesseurs du pape Zéphirin subirent le martyre. Les empereurs, au nom desquels on les mettait à mort, auraient-ils souffert l'érection des deux tombeaux? Où est le livre dans lequel Caïus aflîrme qu'il les a vus? Quoi qu'il en soit, les paroles de saint Irénée et de Tertullien suffisent déjà pour prouver que les voyages de saint Pierre à Rome étaient une tradition reçue de leur temps, soit qu'elle vînt du livre de Papias ou de tout autre document qui nous est inconnu. J'ai voulu, j'ai dû montrer comment cette croyance s'était établie. J'ai acquis ainsi le droit de reconnaître la vertu, le savoir, la sainteté des Papes dont je vais exposer la politique et la vie. Ainsi, cent ans après Caïus, Lactance ne craint
t. Traitt det ProteriptionSj ch. xiii.
plus éCHre contredit, lorsque dès Je dt'but de son livre sur la Mort fies jyernécufeurs . et dans le quatrième de ses ImiiiuUom divines^ il parle des prédications et du martyre des deux apôtres dans la ville impériale. Eusèbe adopte enfin la tradition, et c'est désormais un article de foi sur lequel va s'appuyer l'autorité des évéques de Rome.
Mais il reste un dernier point à débattre. Si le séjour de l'apôtre est admis, l'épiscopat ne Test point encore. Qu'on ne s'étaye point du titre d'Apostolique donné au siège de Rome pour admettre cet épiscopat. Tertullien donne d'abord ce titre à toutes les Églises fondées par les apôtres, à celles de Jérusalem, de Smyrne, d'Éphèse, de Thessalonique, de Corinthe, et va même jusqu'à le conférer à toutes celles qui en sont dérivées. Il nomme la capitale de l'empire sans la distinguer des autres, et nous remarquerons qu'à lexcoplion de saint Jacques, évoque de Jérusalem, aucun apôtre n'est positivement cité pour avoir siégé dans la chaire qu'il a fondée *. Saint Jean l'Ëvangéliste passe pour en avoir fondé six en Asie, et il se fixe dans celle d'Kphèse, dont saint Paul est le fondateur. Il n'était pas même bien établi, avant saint Jérôme, que saint Pierre eût siégé dans Antio- (îhe. On a disputé longtemps sur le nombre d'années qu'il y a passées. On ne sait au juste à quelle époque il laisse ce siège à son disciple Ëvodius. Ce serait d'ailleurs le premier exemple d'un évêque qui de son vivant aurait cédé son siège à un autre; et un auteur mo-