‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 64 sur 268 · I. PilUd0i p. 9 et · texte numérisé non relu

I. PilUd0i p. 9 et

Il reproche aux Orientaux l'intrusion d*Arsace sur le siège d'un évêque vivant, mais il ne prononce point la déposition de Tintrus. c II faut, dit-il, qu'un concile œcuménique en décide ; » mais il ne le convoque point parce qu'il sait, en dépit de Baronius, qu'il n en a ni le droit ni le pouvoir. C'est aux deux empereurs de s'entendre, de se concerter pour cette convocation. C'est à eux qu'il le demande. Son respect pour les droits de l'Empire égale celui qu'il a manifesté pour l'autorité des conciles. Il écrit en attendant aux deux partis pour recommander aux uns la patience, aux autres la modération. Il prie pour tous, pour les oppresseurs et pour les opprimés, il demande à Dieu la paix de l'Église. II n'en retranche pas un seul de sa communion. Il console enfin Chrysostôme par des lettres où il rend hommage à ses vertus et l'exhorte à se reposer sur le témoignage de sa conscience ^ t Ce n'est pas à. vous, lui dit-il, à vous, le maître, le pasteur de tant de peuples, qu'il est besoin d'apprendre que les plus vertueux sont toujours éprouvés pour connaître leur faiblesse ou leur persévérance, et que la conscience est toute-puissante contre des malheurs injustes. Que votre sainteté, très-honoré frère, se console par ce témoignage intime de l'âme qui soutient la vertu dans ses épreuves. »

Rien n'avançait pourtant. Ce concile si nécessaire n'était pas convoqué. Une année s'était écoulée depuis que l'affaire avait été déférée aux Occidentaux. Arcadius n'avait pas l'air de savoir ce qui se passait à Rome. 11

i. Sozomène, liv. VIII, ch. xxvi.

poursuivait le cours de ses violences ou plutôt des vengeances d'Eudoxie. Les moines, les vierges, les prêtres dévoués à saint Ghrysostôme étaient livrés aux tortures, aux caprices sanguinaires d'une soldatesque effrénée. Honorîus, pressé par Innocent, avait écrit deux fois à son frère de Constantinople, pour le prier de mettre un terme à ces actes de tyrannie et d'approuver la convocation d'un concile général. Arcadius n'avait daigné ni répondre ni suspendre ses cruautés. Les Églises de Carie, de Syrie, de Mésopotamie, les prêtres même de Constantinople envoyèrent à Rome de nouveaux émissaires et renouvelèrent leurs plaintes et leurs instances. Innocent ne pouvait rien contre cette opiniâtreté de l'esclave d'Eudoxie. Il implora encore une fois l'intervention de son propre empereur. Les évéques de la Gaule et de l'Italie appuyèrent les démarches de leur métropolitain, ils réclamèrent tous la convocation d'un nouveau concile, et pour prévenir des difficultés nouvelles, ils désignèrent la ville de Thessalonique comme plus rapprochée des Églises d'Orient ^

Honorius, cédant à leurs prières, écrivit une troisième fois à son frère, et se plaignit de son étrange silence : il lui transmit les lettres des évéques d'Italie, et quatre prélats choisis par Innocent, accompagnés de deux prêtres et d'un diacre, furent chargés de ce message impérial et des doléances de l'Église occidentale. Honorius les recommande à son frère, il le supplie de les recevoir avec honneur et demande surtout que Théophile

i. Pallade, p. 27 et suiv.

d'Alexandrie, principal auteur de ces désordres, soit forcé d'assister au concile de Thessalonique. C'était rCkx^ident tout entier qui protestait non par la voix du pape, mais par celle de son empereur, contre l'exil de Ghrysostôme et la persécution de ses adhérents. Quatre des évêques orientaux arrivés à Rome se joignirent à cette solennelle ambassade qui prit le chemin de Gonstantinople vers la fin de 40S. Mais l'Orient tout entier était sur ses gardes. Arsace, l'intrus de Constantinople, n'avait siégé que seize jours dans la chaire de Ghrysostôme; mais la faction impériale lui avait subtitué, le 8 mars précédent, le prêtre Atticus de Sébaste, l'un des plus ardents complices d'Eudoxie et de Théophile. L'empereur Arcadius, informé de ce qui se passait à la cour de son frère, avait fait surveiller tous les chemins que pouvait prendre l'ambassade pour se rendre à Thessalonique, où elle devait se concerter avec l'évêque Anj^ius avant d'arriver jusqu'à l'empereur d'Orient. Un tribun militaire, aposté sur les cotes du Péloponese, arrêta les envoyés d'Honorius, et les fit conduire en captifs jusqu'au Bosphore. Un nouvel ordre les y attendait. Ramenés dans la Thrace, enfermés dans la forteresse d'Athyra, séparés des quatre prélats orientaux qui les avaient suivis, ils furent en butte aux plus mauvais traitements des officiers de l'empereur. Sommés vainement de rendre leurs lettres, ils se les virent arracher par le tribun Valérien venu tout exprès de Gonstantinople. Les émissaires d'AtUcus feignirent de les plaindre et les tentèrent vainement par de riches présents, pour les engager à communiquer avec cet usurpateur de la chaire de Sainte-

Sophie, et leur noble refus redoubla la fureur de leurs gardiens. On dit même, sur la foi de Pallade ^, qu'on les embarqua sur un vieux navire dans le dessein de les faire périr. Hais ce vaisseau aborda la terre de Lampsaque et un autre bâtiment les porta dans la Calabre, sans que personne les eût instruits de la retraite et du sort de saint Jean Chrysostôme. Les quatre ëvéques orientaux furent dispersés dans les prisons d'Arcadius, dépouillés, insultés par les prétoriens qui étaient chargés de les y conduire. Leurs collègues de Tarse, d'Antioche, d'Ancyre et de Péluse, dignes partisans d'Atticus et de Théophile, excitaient la brutalité de leurs gardes et payaient à prix d'or les tortures de ces captifs. Ceux qui osaient les plaindre étaient jetés à leur tour dans les prisons de l'empire; de saints vieillards étaient traînés, poussés par le fouet des bourreaux sur les grandes routes, à pied ou montés sur des ânes. Les moins malheureux étaient ceux qui gagnaient les déserts et se réfugiaient dans les cavernes.

Ghrysostôme leur donnait l'exemple de la patience et du courage. Du fond de TArménie, pendant un hiver rigoureux qui devait être pour lui le dernier, il écrivait à ceux qui souffraient pour lui, comme à ceux qui essayaient encore de le défendre. Le prêtre Jean, le diacre Paul allèrent de sa part en Italie porter des témoignages de reconnaissance à Vénérius de Milan, à Chromatius d'Aquilée, à Gaudence de Bresse, à Tévêque de Rome qu'il ne distingue point de ses collègues, aux dames romaines

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