‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 2)Chapitre 70 sur 268 · I. iBiioc., EpitU XXIV oi XXY. Ann · texte numérisé non relu

I. iBiioc., EpitU XXIV oi XXY. Ann

défenseurs de ses prérogatives. Les lettres d'Innocent ne changèrent rien à leurs habitudes. Ils continuèrent leurs assemblées sans prendre l'avis de Tévêque de Rome, comme nous le verrons bientôt dans l'affaire, des Pélagiens et surtout dant celle d'Apiarius. On ne trouve pas encore une seule province d'Orient qui se soit soumise à ces commandements du siège romain. L'immense concours des Orientaux dans la ville éternelle à propos de saint Chrysostôme ne produisit point ce résultat. Le métropolitain de l'Occident n'obtint des Orientaux aucun acte d'obéissance. Les deux Églises marchèrent comme auparavant, tantôt d'accord, tantôt en hostilité, mais toujours séparées; et l'hérésie pélagienne va nous en fournir de nombreux témoignages.

La source de cette hérésie est cachée dans les écrits d'Origène et même dans le plus orthodoxe de ses ouvrages. En défendant la religion chrétienne contre un philosophe du nom de Cclse, il avait dit que parmi les questions difficiles à résoudre par l'esprit de l'homme, on devait compter surtout l'origine du mal. Cent cinquante ans après, le maître d'éloquence de saint Chrysostôme, Théodore, devenu évoque de Mopsueste, s'empare du doute d'Origène et résout la question, contrairement aux opinions reçues, en niant le péché originel et l'immortalité primitive du premier homme que ce péché aurait détruite. C'était heurter de front cette par^Je de saint Paul : que le péché était entré dans le monde par un seul homme en qui tous avaient péché. La doctrine de Théodore est apportée à Rome par Rufin le Syrien, son disciple^ qu'il ne faut pas confondre avec le traducteur

d'Origène. Mais ce disciple n'ose pas la prêcher ouvertement. Elle est recueillie par un jeune Anglais nommé Morgan qui venait de latiniser son nom en adoptant celui de Pelage, et qui, tout en conservant l'habit des laïques, avait embrassé la' vie austère des moines. Ce Pelage, qui donna son nom adoptif à cette hérésie, n*en fut pas encore le plus ardent prédicateur. Un moine de noble origine, nommé Célestius, qu'on fait naître tantôt en Ecosse ou en Irlande, tantôt dans la Campanie, puisa cette doctrine dans les entreliens de Rufm et de Pelage, et mit à la propager plus d'audace et de talent que son maître ou son ami. Ils comptaient déjà de nombreux prosélytes dans Rome, quand le terrible Alaric fondit sur r Italie. Pelage et Célestius s'enfuirent à l'approche des Goths, passèrent en 409 dans la Sicile, et gagnèrent en 410 les plages d'Hippone et de Carthage. Il n'est plus (luestion du Syrien Rufm. Ses deux disciples restent seuls en scène. Ils professent que le péché d'Adam n'a nui qu'à lui-même, et que sa race n'en porte point la peine, qu'il était en naissant sujet à la mort, que nous venions au monde sans péché originel, que par conséquent nous n'avions besoin ni du baptême pour nous régénérer, ni de la résurrection du Christ pour ressusciter nousmêmes, que la loi de Moïse menait au salut comme la loi nouvelle, que les enfants non-baptisés n'étaient pas moins sauvés que les autres, qu'enfin le secours de Dieu ou la grâce était inutile aux hommes pour bien faire.

On ne sait comment s'était formé ce corps de doctrine et ce qu'y avait apporté chacun des docteurs dont nous avons établi la succession. Mais ce qu'il faut remarquer,

c'est que, sur tous les autres points de la doctrine ecclésiastique, ils s'étaient montrés partout les plus éloqueuts défenseurs de l'orthodoxie. Pelage surtout s était acquis par ses écrits Tamitié de saint Paulin, évéque de Noie, et celle de saint Augustin, qui devait être plus tard son plus .vigoureux adversaire. Ses propositions étaient en effet contraires à l'opinion des premiers docteurs de l'Église, qui enseignaient qu'avec toutes les forces de son cœur et de son esprit, l'homme était incapable de corriger la [perversité de son origine, si la grâce divine ne venait à sou secours. Le clergé de Carthage s'émut des prédications de Célestius, dont Pelage s'était séparé en 411 pour aller prêcher en Palestine. Le diacre Paulin, l'ancien secrétaire, le biographe de saint Ambroise, se fit Torgane des prêtres africains, et dénonça ces hérésies à leur évéque Aurélius. Un nouveau concile fut assemblé sur-le-champ; et Célestius, interrogé, combattu par Paulin, fut con-' damné d'une voix unanime. Le cardinal Noris a affirmé, treize siècles après, dans son Histoire du PélagianisiHe^ que Célestius appela de cette sentence à l'évéque de Rome, tandis que le calviniste Bruys révoque cet appel en doute dans son Histoire des Papes ^. Dans tous les cas cet appel n'eut aucune suite. Innocent avait Alaric et Astolphe sur les bras, et c'était assez pour lui. Célestius s'enfuit à Éphèse, et avant que la sentence de Carthage y fût connue, il séduisit l'évéque Héraciide en déguisant adroitement son hérésie, et se Ht ordonner prêtre.

i. Tomol, p. 109.

Pelage professait en même temps sa doctrîne à Jérusalem, mais avec la circonspection qu'il avait montrée à Rome et en Sicile. La jeune Démétriade, fille du consul Olybrius qui s'était réfugié en Palestine pendant l'invasion des Goths, prit un moment Pelage pour son directeur. L'évêque de Jérusalem lui-même crut ft son orthodoxie. Mais le traité du Libre arbitre^ que l'hérésiarque avait composé pour répondre aux questions de Démétriade, ayant inspiré quelques doutes à cette jeune vierge, elle l'envoya à saint Augustin, dont les lettres soutenaient sa ferveur et sa piété. Presque en même temps Hilaire de Syracuse écrivait à son frère d'Hippone pour lui demander ce qu'il fallait croire des doctrines que Pelage et Gélestius avaient semées en Sicile pendantleur passage. Deux jeunes gens, Jacques et Timase^ lui apportaient une copie de ce traité du Libre arbitre qui les avait séduits eux-mêmes. Ainsi ce n'était pointa Rome que ces fidèles apportaient leurs scrupules, quoiqu'ils appartinssent pour la plupart à l'Église d'Occident. C'était au saint docteur qui dominait alors l'Église tout entière, au même titre que les Cj'prien, les Athanaseet les Basile. Bossuet lui-même a remarqué i'^ concours, t Dès que Pelage parut, dît-il dans sa Défense des saints Pères \ les particuliers, les conciles, les Papes^ tout le monde en un mot, tant en Orient qu'en Occident, tournèrent les yeux vers ce Père, qu'on chargeait par un suffrage commun de la cause de l'Église. » L'évêque d'Hippone accepta là mission que lui conférait le monde chrétien. Ses ser-

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