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que le Pont et TAsie Mineure seraient soumis comme là' Thrace à la juridiction de l'évêque de Constantinople, et de plus que l'ordination des métropolitains eux-mêmes lui serait attribuée.
Ce surcroît d'autorité mettait Constantinople au niveau de Rome, et les légats en jetèrent les hauts cris. Ce mépris de leur opposition était une insulte qui rejaillissait sur le saînt-siége. Ils se plaignirent de ce qu'on avait délibéré sans eux, et l'archidiacre Aétius leur répondit avec autant de justesse que d'insolence, que c'était leur faute puisqu'ils s'étaient retirés de l'assemblée. On leur accorda cependant une douzième séance, et Lucence d'Ascoli s'en prit au patriarche Anatole, en l'accusant d'avoir surpris la religion des évêques, d'avoir même extorqué leurs signatures. Ils se levèrent en masse pour repousser cette injurieuse accusation, et les légats crurent en vain leur imposer silence en déclarant que le pape leur avait expressément ordonné de s'opposer à cette nouveauté. On leur ferma la^ bouche en leur lisant les canons des conciles de Nicée et de Constantinople. Les officiers de l'empereur prirent l'avis des évêques qui n'avaient point assisté à la dernière séance; et malgré l'opposition des légats, peut-être même à cause de cette opposition, le concile entier ratifia le décret de la veille. Pascasin et Lucence s'indignèrent de ce qu'on n'avait pas même daigné le remettre en délibération. Ils demandèrent acte de leur résistance, afin que le Pape vît ce qu'il aurait à décider sur le mépris qu'on faisait de son siège; mais les officiers se hâtèrent de fermer le Concile sans avoir égard à leurs menaces.
Que devenaient après cela les respects que Marcien et l^ulchërie avaieal lémoignés à Tévêque de Rome? Que signifiaient les humbles lettres du patriarche Anatole à saint Léon? C'est qu'Anatole ayant été élu par Dioscore, craignait de ne pas être admis à la communion des évéques d'Occident et de leur puissant métropolitain. Il avait eu recours à toutes les flatteries imaginables pour obtenir cette reconnaissance; et une fois reconnu, il avait repris toute l'ambition d'un évêque de Constantinople. Le pape Léon ne s'y trompa point. Le peu qu'il avait obtenu du concile de Chalcédoine ne compensait point les atteintes qu'avait reçues son autorité. Le concile eut beau lui écrire < qu'on lui avait montré assez de déférence en matière de foi, pour espérer qu'il acquiescerait à l'avis d'un si grand nombre d'évéques, que la tête autoriserait ce qu'avaient fait les membres, comme les membres avaient suivi leur chef dans tant de décisions importantes. » Cette figure, qui consacrait toutefois sa suprématie spirituelle, n'adoucit point l'amertume des échecs qu'avait subis sa puissance. On ne lui accordait cette suprématie, qu'à la condition de n'en point user. Il accusa le patriarche Anatole d'une noire ingratitude, et fut au moment de rompre avec lui comme avec un hérétique. L'empereur et l'impératrice le supplièrent en vain de lever l'opposition de ses légats, d'approuver le vingt-huitième canon qui ajoutait à l'autorité de leur patriarche. Il refusa constamment d'y souscrire, et ne fit grâce à Anatole qu'après une lettre, où celui-ci allirmait, contre la vérité, qu'il n'avait eu aucune part à la proposition de son archidiacre. Mais, I. 19
quoique Baronius ait écrit que ce fameux canon fut aboli en 454 par Marcien lui-même, ses prescriptions n*en furent pas moins exécutées, et le siège de Constantinople maintenu dans ses nouvelles prérogatives. Cette assertion de Baronius mérite cependant d'être remarquée, en ce qu'il y reconnaît implicitement qu'un empereur avait le droit d'annuler les décisions d'un concile; et en général, dans toutes ces controverses, on ne fait pas assez attention aux arguments dont on se sert pour détruire une opinion ou un principe. Il arrive d'autres circonstances où ces mêmes arguments peuvent être rétorqués contre ceux qui les ont employés.
Saint Léon fut plus heureux contre Attila, qui, maître d'Aquilée, de Milan et de Pavie, menaçait d'étendre ses ravages jusqu'à la ville de Rome ; et ce fut un beau jour pour la Papauté que celui où le sénat et le peuple, conduits par Valentinien lui-même, se jetèrent aux pieds du pontife pour le supplier d'aller implorer la clémence du roi des Huns. Saint Léon affronta la colère du Barbare. Il alla le trouver dans les environs de Mantoue ; et le féroce Attila, vainqueur de tous les généraux du lâche Valentinien, recula devant un vieillard qui lui parlait au nom du Dieu dont il se disait le Fléau, et qui n'avait d'autre bouclier que la réputation de ses vertus. Le Vandale Genséric fut plus impitoyable. Il descendit en Italie deux ans après Attila, pilla Rome malgré les prières du même pontife, et remporta sur ses vaisseaux les fruits de cet immense pillage. Mais le bruit de la victoire de saint Léon retentissait en Orient et rehaussait son autorité. La mort de Marcien n'altéra point son cré-
(lit sur celte cour. L'empereur Léon lui montra une déférence plus soutenue. Il en donna même un fâcheux témoignage en poursuivant les hérétiques qui bravaient encore les sentences du concile de Chalcédoine et dont le pape avait la cruauté de solliciter le châtiment.. Il est vrai que les, violences des Nestoriens et des Eutychéens portaient le trouble dans toutes les provinces. Les deux partis faisaient assaut de cruauté, mais saint Léon avait mieux à faire qu'à encourager les vengeances des catholiques.Il en retirait ilest vrai de nombreux avantages pour son siège. Les communications des Orientaux avec Rome en devinrent plus fréquentes; et en terminant en 461 son honorable carrière, il put espérer que ses héritiers atteindraient enfin le but qu'il n'avait cessé de poursuivre.
Les six années du pontificat de son successeur Hilaire s'écoulèrent sans que cette paix fût altérée. Cependant les hérésies qui troublaient l'empire d'Orient furent au moment de pénétrer dans Rome. Un fantôme d'empereur du nom d'Anthémius avait été octroyé à l'Occident par l'empereur Léon ; et à la suite de ce nouveau César était arrivé un certain Philothée, disciple du Macédonius,qui, cent ans auparavant, avait nié la divinité du Saint-Esprit. Aucune doctrine ne périssait dans l'Orient. Elles résistaient toutes aux décrets des conciles; et se révélaient de temps à autre par la voix de quelque sectaire qui attirait sur lui la colère des orthodoxes. Ce Philothée n'essuya pourtant ni châtiment ni persécution. Il n'y eut qu'un léger attentat contre le libre arbitre, dont le principe n'était pas même invoqué par ceux qui en faisaient
usage. Hilaire se plaignit à Tempereur des prédications de son favori. Anthémius imposa silence à Thérétique, et Philothée ne troubla pas davantage la tranquillité de Rome et de son évéque.