QUERELLE DES IMAGES
Ce n'était pas une chose nouvelle que la présence des images dans les églises. Elles y étaient placées comme des portraits de Jésus-Christ, de la Vierge et des premiers saints de la cln;étienté, ou comme une commémoration de faits historiques dont l'Église aimait à garder le souvenir. G*est ainsi que, dans la basilique de Sainte-Sophie, les orthodoxes avaient figuré le sixième concile œcuménique qui avait condamné les Monothélites; et Philippique Bardanes, appartenant à cette secte, avait détruit ce monument de leur défaite. Le pape Constantin n'avait point oublié ce grief dans les motifs de l'cxcommu- 11 1
nication de cet empereur, et pour garantir ces images d'une profanation nouvelle, il les avait en quelque sorte divinisées, en ordonnant qu'elles fussent non-seulement vénérées, mais adorées comme les personnages dont elles reproduisaient les traits. Grégoire II accepta cette décision de son prédécesseur, et y fut encouragé, dit-on, parle moine Winfrid, Anglais de naissance, qui lui affirma sous serment que Dieu lui était apparu en songe et lui avait ordonné de faire adorer l'image de la sainte Vierge. Ce miracle est un de ceux qu'on peut croire. Il n'est rien que les songes ne puissent reproduire; et les imaginations de ce temps, surexcitées par l'esprit religieux, devaient voir fréquemment dans leurs rêves les objets dont elles étaient sans cesse occupées. Mais Grégoire II n'avait point besoin d'un pareil conseil. Il suffisait qu'une contradiction quelconque lui arrivât de cet Orient qui échappait à chaque instant à la juridiction du saint-siége; et cette contradiction ne se fit pas attendre.
Léon lïl, le fondateur de la dynastie isaurienne, venait d'enlever a Théodose III le trône de Constantinople. Les écrivains ecclésiastiques ont essayé de le flétrir en rappelant la bassesse de son origine. Mais la plupart des empereurs qu'ils ont loués n'avaient pas une naissance plus relevé^ que ce fils de cordonnier. Ils s'étaient montrés seulement plus dociles pour le saint-siége; et cette docilité tenait lieu de toutes les vertus. Le courage et les talents de Léon III l'avaient élevé aux premiers rangs de l'armée, quand les soldatsle revêtirent de la pourpre. L'histoiredes Césars est pleine de ces crimes heureux; et le peuple, qui subissait depuis vingt ans le joug de tant d'usurpateurs là-
ches et féroces, accueillitavec des transporlsdejoieravénement d'un soldat qui lui promettait un despotisme moins barbare. Ces pressentiments ne furent pas bien justifiés. Léon risaurien fut cruel envers les Juifs et les hérétique», ce que Rome lui eût sans doute pardonné. Mais il tourna bientôt sa colère contre le pape et l'Italie. Les causes de cette querelle sont assez mal expliquées par les historiens modernes. Les uns prétendent que l'empereur, pressé d'argent, voulut spolier les églises italiennes, et que la résistance du pape l'irrita au point d'attenter à sa vie. Les autres attribuent sa haine et ses attentats à la question des images, et cela me parait d'autant plus vraisemblable que l'histoire lui a infligé le surnom dUconomaque. Ce soldat couronné n'avait pas assez d'instruction pour savoir si le culte des images était une hérésie ou une conséquence naturelle de la foi catholique. Mais il avait autour de lui des hommes qui l'animaient de leurs passions. Théophane * cite un Syrien nommé Béser qui , après avoir étéçris par les Musulmans, était revenu à Constantinople, et qui avait rapporté de son contact avec les infidèles une sainte horreur pour les images. II y voyait une idolâtrie^ et l'évêque Constantin de Nacolie soutenait cette opinion, en rappelant que l'Écriture défendait de faire, dans un but d'adoration, aucune représentation de ce qui était au ciel ou sur la terre. L'empereur avait dit comme eux que c'était un acte d'idolâtrie. Il avait rassemblé un synode d'évêques et de sénateurs; et, sur leur avis, il avait fait enlever les statues et les peintures du