‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 33 sur 105 · Conciles, t. Vil · texte numérisé non relu

Conciles, t. Vil

de la faiblesse de Louis et se dégradaient par la rébellion. I/insoIent Agobard, archevêque de Lyon, lui conteste le droit de se défendre en Taccusant hautement d'avoir pris les armes contre ses enfants et ses sujets. Ces indignes ministres de Jésus-Christ imposent k leur empereur une pénitence humiliante, lui dictent, lui font lire une confession de ses prétendus crimes, oubliant le seul dont il était coupable, c'est-à-dire une clémence stupide envers des factieux mitres qu'il aurait dû châtier en maître ; et ce n*est point cette portion criminelle du clergé français que le pape réprime, c'est le clergé fidèle qu'il traite de présomptueux, de menteur, d'insensé. Et ces bons, ces dignes évoques ont raison de lui répondre « qu'il n'a pas le droit de se mêler de leurs

> diocèses, qu'ils ont comme lui le pouvoir de lier et de

> délier, et qu'ils se moquent de ses anathèmes. » Grégoire IV meurt enfin dans les premiers jours de

844, sans avoir relevé le saint-siége de l'humiliation que vient de lui faire subir rËglise gallicane, et je ne saurais partager l'admiration de Platine qui le loue d'avoir su maintenir les grands dans leur devoir. Sa conduite en France est un éclatant démenti d'un pareil éloge. C'est pendant la durée de son pontificat que le règne des Ico<* noclastes finit à Constantinople, mais il n'y eut pas la moindre part. L'empereur Théophile étant mort en 842, le jeune Michel III avait recueilli son héritage sous la tutelle de sa mère Théodora et de trois régents. Peu de temps après. Manuel, l'un des trois, tomba malade, et comme il avait grande peur de mourir, les moines de Stude, qui étaient les plus fervents adorateurs des imites.

vinrent l'assurer qu'il guérirait, s'il voulait promettre d'en entreprendre le rétablissement. Il le promit, et dès qu'il fut guéri, ces moines ne manquèrent pas de lui rappeler sa promesse. Il proposa au conseil de régence de lever l'interdiction. Ses deux collègues s'associèrent à son zèle; l'impératrice, qui avait toujours rendu un culte secret aux images, adopta cette proposition, et moitié par ruse, moitié par violence, cette régente assura le triomphe des moines studites. C'est donc par l'impératrice Théodora que finit cette longue querelle, et le calme soudain qui s'en suivit a fait croire qu'on était las de s'égorger pour elle.

- Serge II succéda à Grégoire IV malgré l'opposition d'un diacre nommé Jean qui ameuta la populace, et qui fut livré par elle dès que la noblesse romaine accourut pour défendre le nouvel élu. On prit ce prétexte pour l'introniser avant d'attendre les ordres de Tempereur. Ce n'était plus le malheureux Louis. Ses enfants se disputaient son héritage; et le pape espérait sans doute s'affranchir de sa servitude à la faveur de cette anarchie. Mais Lothaire qui, dans le partage de l'empire, avait enfin conservé l'Italie et le titre d'empereur, ne toléra point cet oubli de ses droits. Il ordonna à son fils Louis qu'il avait fait roi d'Italie, de marcher sur Rome avec une armée et une vingtaine d'évéques chargés d'examiner l'élection du pape; et c'est en ravageant le pays que cette armée arriva sous les murs de la ville éternelle. Le bibliothécaire Anastase raconte ici une bravade de Serge II qui, arrêtant, selon lui, le roi à la porte de la basilique, lui aurait dit : c Si vous venez ici pour le

> salut de l'Église, cette porte vous sera ouverte ; si non,

> je ne le permettrai pas. > Ce serait un étrange contraste avec les honneurs que le pape lui avait rendus à son arrivée. Serge II souffrit au contraire que les vingt évéques fissent un examen sévère de son élection ; et il ne fut reconnu qu'après la décision de ce synode étranger, que le même Anastase appela plus tard une cabale contre TÉglise universelle de Rome. Le roi reçut alors le serment de fidélité à l'empereur son père et fut à son tour couronné par le pape.

L'Église était menacée d'un grand fléau. Depuis quatre ans les Sarrasins d'Afrique et d'Espagne avaient passé la mer et débarqué en Italie. Ils venaient même ravager les environs de Rome, piller les églises qui étaient hors de ses murs, malgré les troupes de France qu'ils avaient battues dans quelques rencontres, et ils ne se retiraient sur leurs vaisseaux que gorgés de butin. C'est au milieu de ces dévastations que finit le court pontificat de Serge II, et qu'il fut remplacé le 27 janvier 847 par le Romain Léon IV, qui craignit d'abord de renouveler la faute de son prédécesseur. Mais, après deux mois et demi d'attente, la crainte des Sarrasins fit passer outre; et, après avoir protesté qu'ils ne prétendaient pas déroger à leurs devoirs envers l'empereur, qu'ils appelaient leur maître après Dieu *, les Romains se décidèrent à sacrer le nouveau pape sans attendre davantage le consentement de Lothaire. La réponse de cet empereur n'est pas" connue. Il commençait k se repentir de ses attentats, il se livrait à

!.. Anast., in Léon IV.

ces exercices de pénitence et de piété qui lui firent préférer plus tard la vie monastique aux splendeurs de l'empire. Mais son fils Louis fit assez d'actes de souveraineté pour que le saint-siége ne pût rien arguer de son silence au bénéfice de Tautorité pontificale. Léon IV n'était pas disposé d'ailleui^s à lui rien contester. Les affaires religieuses se multipliaient de son temps sans qu'il s'en mêlât; et il en était cependant qui auraient soulevé des tempêtes sous un Jules ou un Damase. Un concile tenu à Mayence par l'ordre de Louis le Germanique, présidé par l'archevêque Raban, établit des règles qui touchaient à l'administration des sacrements; et ces règles ne furent soumises qu'à l'approbation de ce roi. Une hérésie qui aurait agité tout l'Orient et ranimé jadis toutes les prétentions de l'Église romaine, troubla la Gaule et la Germanie sans que Léon IV parât s'en occuper.

Le moine Gothescao prêchait cependant une doctrine qui n'était autre que la fatalité des Musulmans, c Les » hommes, disait-il, naissent prédestinés au bien comme > au mal; et c'est en vain qu'ils travaillent à changer ce » qui a été d'avance arrêté par Dieu. » Il renversait ainsi toutes les lois de la morale et de la justice humaine, et proclamait l'inutilité de la prière comme l'impuissance de la vertu. C'est encore l'archevêque Raban qui le fit condamner par un second concile de Mayence, présidé cette fois par Louis le Germanique, et qui le renvoya à Hincmar, archevêque de Reims, comme à'son chef spirituel, pour le faire punir. Gothescalc brava cette condamnation; et un synode assemblé à Quiercy le condamna à

la prison et au fouet sans le corriger. Du fond de son cachot il soutint son hérésie, et demanda à prouver la vérité par l'épreuve de l'eau bouillante. Nous arrivons ainsi à ces jugements de Dieu qui sont la plus absurde des turpitudes du moyen âge. Hincmar ne sait plus s*i! doit Texcommunier, et ce n'est pas au pape qu'il le demande. C'est de Prudence, évêque de Troyes, c'est du vieux Raban qu'il implore les lumières en lui envoyant une réfutation des écrits de l'hérétique. L'évêque Prudence se déclare au contraire pour Gothescalc, et s étaye des paroles de saint Augustin sur la grâce. Ratramne, moine de Corbie, vient aussi à son aide; Loup, abbé de Ferrières, écrit enfin en sa faveur. Hincmar s'adresse alors au docteur Jean Scot, surnommé Érigène, et Pardule, évêque de Laon, a également recours à cet Irlandais. Jean Scot rejette la prédestination des réprouvés, mais il admet celle des élus. Le diacre Florus de Lyon s'indigne de cette distinction assez singulière, il admet la double fatalité et l'impuissance du libre arbitre sur la grâce. Son archevêque Amolon condamne l'une et l'autre de ces prédestinations, et blâme surtout la brutalité de Gothescalc à l'égard de ses adversaires. Rémy, qui pendant cette dispute succède à l'archevêque de Lyon, blâme au contraire la barbarie avec laquelle on a traité ce pauvre moine. Les deux partis s'appuient sur saint Augustin, mais Hincmar de Reims ne trouve la confirmation de sa doctrine que dans le livre intitulé HypognostU con qu'il attribue à l'évêque d'Hippone, et l'Église de Lyon lui prouve à son tour, comme on l'a reconnu depuis, que ce livre n'est pas de saint Augustin. Le dix-

septième siècle verra renaître la même querelle à propos de Jansénius, et il en sera troublé comme le neuvième. Mais c'est en vain que la France et la Germanie en sont agitées, le pape Léon IV n'est ni provoqué ni tenté d'intervenir *.

Une autre dispute s*éleva sur le tombeau de Tarchevêque Ebbon, qu'un concile de Thion ville, présidé par Louis le Débonnaire, ; avait déposé en 835 de son siège de Reims. Après sept ans de prison, Lothaire, dont il avait soutenu la révolte, l'avait rétabli; et sans égard pour la décision canonique qui l'avait frappé, l'archevêque avait ordonné des prêtres et des diacres. Ces ordinations n'ayant pas été reconnues par le plus grand nombre des évêques de France, après la mort de celui qui les avait faites, ceux qui les avaient reçues portèrent l'atfaire devant un concile de Soissons, qui fut assemblé en 853. Condamnés par ce concile, ils en appelèrent, non pas au saint-siége, comme le voulait l'ancien concile de Sardique, comme dix Papes l'avaient exigé, mais au roi Charles le Chauve qui fit révoquer la sentence du synode de Soissons, et les fit admettre à la communion de l'Église. Léon IV se prononça contre cette intervention de la puissance royale dans une affaire purement canonique. Il refusa d'approuver la réintégration de ces prêtres; mais il n'osa soutenir une lutte contre le roi de France, qui, depuis Charlemagne, était plus puissant que le pape dans l'Église gallicane ; et la décision de Charles le Chauve fut exécutée malgré la défense du saint-siége.

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