‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 39 sur 105 · Conciles, t. Yllï, p. SOI · texte numérisé non relu

Conciles, t. Yllï, p. SOI

1 taeT voire âme par le menBonge. » 11 la renvoie à son mari et commande à Lothaire de la traiter en tout ■comme sa femme.

Ce roi était coupable sans doute^ mais le pontife allait trop loin dans sa colère. On se prend à souhaiter quelque chose ^e plus qu'un Charlemagne, Tindigriation invoquerait même un Julien. Mais les rois se soumettront longtemps à cette tyrannie. Deux siècles plus tard, Robert de France la subira par piété, et Philippe-Auguste y sera forcé par l'intérêt même de sa couronne et de ses peuples.

Xhi autre adultère est venu se mêler à ce procès interminable. Ingeltrude, fille du comte Matfrid, avait quitté le comte Bozon son époux pour vivre avec un amant. Nicolas la somme de comparaître devant xm concile de Milan; et sur son refus, il Texcommunie. Il menace encofe ce même Lothaire qui Ta reçue dans ses États, il dhâtie les évêques qui hésitent à la persécuter. Ses principes de morale n'étaient pas cependant invariables. Il ne craignait pas même de se contredire, pourvu que la contradiction profitât à son autorité. Judith, fille de Charles le Chauve» avait quitté son père pour suivre son amant Baudoin, comte de Flandres. Le roi l'avait maudite, les évêques de France l'avaient excommuniée. Nicolas prit sa défense et contraignit Charles le Chauve d'unir les deux amants qui avaient méconnu son autorité paternelle. C'est que dans l'un comme dans l'autre cas, il y avait un roi à humilier et des évêques à soumettre. Tout pliait donc en Occident sous sa volonté suprême : la résistance de Lothaire n'était plus que la mutinerie d'un enfant gâté qu'on veut priver de sa

poupée. Sa désobéissance ne pouvait aller jusqu'à la rébellion; ses oncles l'auraient contenu et détrôné peutêtre. Un seul homme pouvait lutter contre Nicolas : c'était le vieil Hincmar. Cet archevêque de Reims était devenu par son savoir et par son austérité l'oracle de la Gaule, on le consultait de toutes parts, ses opinions dominaient les conciles et devenaient presque toujours des décisions canoniques. Mais son respect pour le saint-siége comprimait toutes les velléités d'indépendance qu'auraient pu lui inspirer son crédit et sa renommée. Tant que Rome n'avait pas prononcé, il Féclairait par les conseils de son expérience; son langage était même sévère, il y mettait parfois une roideur que Nicolas n'avait pas toujours tolérée. Mais dès que le pape avait décidé, Hincmar se soumettait sans murmure, à moins que Rome ne vint attenter aux privilèges de son Église. Il n'était pas sujet de Lothaire; il n'avait à le blâmer ni à le défendre, quand surtout l'archevêque Gonthier se soumettait lui-même et sollititait la grâce du pape dont il avait bravé les anathèmes jusque dans l'église de Saint-Pierre.

L'Orient était plus difficile à' dompter, il n'y avait point là une multitude de rois qu'on pût opposer l'un à l'autre, et Rome avait plus d'une fois éprouvé que sa puissance y dépendait de la volonté de l'empereur. Elle n'y avait été reconnue que par alternatives ; et depuis cinquante ans l'attention des Papes avait été détournée de ces contrées par l'ambition d'acquérir en Occident une^puissance temporelle. Léon l'Arménien avait détruit le culte des images sans que Rome y eût pris garde> et

l'impératrice Théodora Tavait rétabli sans que le saintsiége eût pris seulement la peine de Ten remercier. Ses relations avec Constant inople furent renouées à l'occasion de deux patriarches qui se disputaient le siège de la capitale; et cette lutte, tournant au profit d'un ambitieux opiniâtre, amena le schisme des deux Églises, sans que les quatre ou cinq Papes que cet esprit rebelle rencontra sur son chemin, eussent d'autre tort que d'avoir soutenu contre lui le droit et la justice. Un saint homme du nom d'Ignace occupait le siège patriarchal de Byzance depuis Tan 847. C'était le dernier des fils de Michel Curopalate qu'avait détrôné Léon d'Arménie, et ses malheurs comme ses vertus lui avaient attiré la vénération de tout l'Orient. La cour seule le détestait, parce qu'il n'avait pu tolérer les orgies sacrilèges de Michel le Bègue et les débauches du patrice Bardas, oncle de ce nouveau Caligula. Ce misérable adultère, il y en avait alors sur presque tous les trônes du monde, ne put supporter la rigidité apostolique du saint patriarche. Il le fit chasser de son siège et lui substitua de lui-même un officier du palais qui avait pris part sans doute aux saturnales impériales. C'était le fameux Photius, illustre par son savoir, plus illustre encore par son ambition et par sa fourberie. Il triompjia d'abord de l'opposition de quelques évêques, qui le traitaient de schismatique,' par une déclaration d'orthodoxie, et fut sacré le jour de Noël 858,après avoir passé en moins d'une semaine par tous les grades de la hiérarchie sacerdotale. Ces évoques ne tardèrent point à se repentir de leur servile complaisance. Dès qu'il fut en possession de son siège, Photius se mit à persécuter les partisans du ver- IK 7

taeux Ignace, à le tourmenter lui-mùme pour lui arracher son abdication. Ce furent cinq années de tortures inouïes. Le malheureux patriarche fut traîné de prison en prison, d'exil ert exil, rappelé souvent par un rival impitoyable suivant les besoins de son ambition et renvoyé dans les déserts à la merci des sicaires qui se faisaient un jeu de son supplice. Les partisans de cet infortuné pontife osèrent en vain manifester leur ressentiment par l'excommunication de son persécuteur. Soutenu par Bardas et par Michel IIÏ, Photius prononça la même sentence contre Ignace et ses adhérents, et les fit bannir de Constantinople. Les murmures éclatèrent de toute part. La plupart des évoques orientaux montrèrent quelque ténacité dans leur résistance aux volontés impériales; et c'est alors que dans l'espoir de fortifier son usurpation, Photius se souvint qu'il y avait à Rome une autorité dont l'Orient avait quelquefois reconnu la puissance. Il se doutait cependant que le pape ne lui passerait pas toutes ses violences, et se crut assez adroit pour les dissimuler. Il envoya une profession de foi que Nicolas trouva parfaitement orthodoxe; il affecta une humilité profonde, se présenta comme une malheureuse victime de la vénération publique, et paria surtout de la déposition d'Ignace comme d'une abdication volontaire. L'empereur Michel s'associa facilement 'à cette fourberie. Il confirma toutes les assertions mensongères de son favori; et une ambassade solennelle de quatre évéques, présidée par le protospataire Arsaper, oncle de Photius, vint à Rome chargée de présents magnifiques pour le tombeau de saint Pierre.

Jamais l'Orient n'avait rendu un plus grand homnaage au chef de l'Église ronfîaine. Mais, il faut le dire à la louange de Nicolas, ce pape n'en fut point ébloui au point de lui sacrifier la justice. Étonné de ne voir aucun envoyé d'Ignace, il en conçut des soupçons qui comprinnèrent sa joie; et il est probable que l'indiscrétion de quelque membre ou valet de cette ambassade lui révéla ce qui s'était passé à Constantinople. Il ajourna sa décision sous prétexte d'informations plus précises. Il chargea Rodoalde, évêque de Porto, qui étai rentré en grâce, et Zacharie, évêque d'Anagnie, d'accompagner les envoyés de Michel à Byzance et leur ordonna de lui faire savoir tout ce qu'ils pourraient apprendre. Il écrivit par eux à l'empereur et à Photius; il leur fit sentir qu'il en savait plus qu'on n'avait voulu lui en dire, en se plaignant qu'on eût déposé Ignace sans consulter le saint-siége et surtout qu'on lui eût donné un laïque pour successeur. Cette réminiscence de toutes les prétentions des Papes fit prévoir à Photius que son usurpation ne serait pas confirmée par celui qu'il avait eu l'imprudence de prendre pour arbitre, et il essaya de tromper, d'intimider ou de séduire ses légats. C'était un aveu secret de son impuissance à triompher des oppositions qui éclataient autour de lui. Il fit d'abord cerner les deux évêques italiens par des espions pour empêcher la vérité de pénétrer jusqu'à eux, leur défendit de communiquer avec la cour, les menaça de la prison, et, reconnaissant l'inutilité de la violence, il les corrompit enfin par ses libéralités. Il assembla alors, après huit mois de délais, un concile de trois cent dix-huit évêques, auquel les lé-

gats assistèrent et que voulut présider l'empereur luimême pour imposer aux récalcitrants. Le malheureux Ignace fut amené sous l'habit d'un simple moine, mais il y montra toute la dignité d'un patriarche. Il déclara aux envoyés de Rome qu'il ne les reconnaîtrait pas pour juges s'ils ne chassaient à l'instant du concile l'usurpateur de son siège. Il élevait ainsi Févêque romain au-dessus de tout ce qui était présent. Mais sa voix et celles de ses amis furent étouffées par les clameurs des serviteurs de la cour. Photius eut même l'effronterie d'attaquer l'élection d'Ignace qu'il avait respectée pendant dix ans, et il fit paraître de faux témoins, au nombre de soixante-douze exigé pour la condamnation d'un évêque*. La déposition d'Ignace fut alors régulièrement prononcée par la majorité de ce concile; et les deux légats souscrivirent cette indigne sentence, qui fut suivie d'un^redoublement de barbarie à l'égard du malheureux qu'elle frappait.

Ces légats crurent pouvoir tromper le pape à leur retour à Rome. Ils lui rapportèrent de nouvelles lettres dans lesquelles Photius renouvelait ses faux semblants d'humilité et d'obéissance. Mais Ignace avait enfin trouvé le moyen de tromper ses surveillants; et un message, remis de sa part à Nicolas par un moine, lui fit connaître toute la vérité. L'indignation l'emporta cette fois sur la prudence; et la tolérance devenait impossible. Elle aurait peut-être évité le schisme des deux Églises, mais dans l'ignorance de l'avenir, sous l'influence des iniquités du

i. Nicolas, p. i20a«

moment, celui qu'on prenait pour juge aurait manqué à toutes les lois de la justice s'il n'eût condamné l'auteur de tant d'infamies. Le pape Nicolas désavoua ses légats *; il écrivit à Photius qu'il ne pouvait le reconnaître pour patriarche, qu'Ignace ne pouvait pas être déposé, qu'un laïque ne pouvait pas être évéque. Il oubliait l'épiscopat de saint Ambroise, mais il n'oubliait pas les prétentions, les conquêtes de son siège, les prérogatives d'un patriarche universel. Il reprochait en même temps à l'empereur d'avoir prêté la main à cette intrusion d'un laïque, d'avoir autorisé des calomnies, attesté des accusations iniques. Instruit plus tard que Photius falsifiait ses lettres, qu'il inventait et faisait lire de fausses réponses, le pape convoqua un concile à Rome, le fit excommunier* et déposer, et frappa du même anathème tous ceux qui seraient tentés de le soutenir. La sentepce fut envoyée à tous les évêques d'Orient avec Tordre de la lire dans toutes leurs églises. Mais ces évêques ne savaient peutêtre plus ce que c'était qu'un pape de Rome. Le titre de patriarche universel que persistait à prendre le possesseur du siège de Byzance avait dû les maintenir dans cette ignorance, et après quarante ou cinquante ans d'abstention, il n'y avait plus sans doute un seul èvêque ^|ui se fût mis en rapport avec l'Occident.

Ce qui se passait dans le même temps en Bulgarie les détournait même de la pensée de Rome. Le roi Bogoris, catéchisé par sa sœur, avait embrassé la religion chrétienne, et un évoque était venu de Gonstantinople pour

i. Nicolas, Epist. XL

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