‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 38 sur 105 · Annales Ber^i, an · texte numérisé non relu

Annales Ber^i, an

légalement déposé et ne parut point dans son église. Gontbier brava le pape jusqu'au bout, il officia dans sa cathédrale de Cologne; mais les défections se révélèrent de toutes parts; l'évêque Adventius de Metz se repentit du Mémoire dans lequel il avait soutenu le premier mariage de Waldrade, et obtint son absolution. D'autres se soumirent après lui. Lothaire lui-même manifesta ses remords par des lâchetés. Il chassa de son église l'archevêque qui avait défendu sa cause et lui donna un successeur de sa pleine autorité, violant ainsi les lois ecclésiastiques tout en obéissant au pape qui le condamnait. Il chargea Ratolde, évêque de Strasbourg, d'aller porter à Rome de fausses excuses et de vaines promes- . ses. Mais il ne se sépara point de Waldrade. Les réponses de l'heureux Nicolas furent empreintes de tout l'orgueil que ces bassesses devaient lui inspirer. Celle qu'il fit à l'évêque Adventius révèle surtout sa secrète pensée sur les rois du monde*. « Vous dites que vous êtes soumis » au prince, parce que l'apôtre a dit que le roi était » au-dessus de tous. Vous avez raison. Mais prenez » garde que ces rois le soient véritablement, voyez s'ils » se conduisent bien eux-mêmes, s'ils gouvernent bien » leurs sujets. Voyez s'ils sont princes justement, autre- » ment il faut plutôt les tenir pour tyrans et leur résis- 9 ter au lieu de se soumettre et de s'engager dans la » nécessité de favoriser leurs vices. Obéissez-leur à cause » de Dieu, comme le commande l'apôtre, et non pas » contre Dieu-même. » Il rie dit pas positivement qu'il

i. Conciles, t. VIII, p. 487.

peut déposer les rois, mais il est impossible de ne pas l'inférer de ses paroles; il se fait l'arbitre de leur légitimité, de la manière dont ils gouvernent et prêche ouvertement la révolte contre ceux qu'il lui plaît d'appeler tyrans ou rebelles à Dieu. Certes il serait à souhaiter qu'il y eût une puissance au-dessus des rois pour les maintenir dans les voies de la justice, mais cette puissance ne peut se trouver sur la terre. Celle qui s'en est mêlée a fait voir tout ce qu'il y avait de dangereux et d'arbitraire dans l'interprétafion et dans l'application de ces maximes. Elle a moins agi dans l'intérêt des peuples que dans l'intérêt de son ambition, et sa justice a été souvent faussée par des considérations qui n'ont d'importance qu'aux yeux du prêtre.

Mais les rois de ce temps, les indignes héritiers de Charlemagne étaient prêts à tout souffrir du sacerdoce : ils craignaient de s'exposer aux humiliations que les • évêques et les moines avaient fait subir à Louis le Débonnaire, et n'étaient plus que les esclaves de la puissance ecclésiastique sous l'impérieux despotisme d'un pape qui avait éprouvé leur faiblesse. Ils avaient beau s'humilier devant lui, ils n'étaient jamais assez bas. Si Charles le Chauve et Louis le Germanique s'excusent de n'avoir pu envoyer des évêques à un concile de Rome, sous prétexte qu'ils étaient obligés de surveiller les pirates normands qui infestaient alors nos rivages et nos fleuves, le fier Nicolas leur répond que c'est aux guerriers de veiller et aux évêques de vaquer à la prière. Si l'empereur Louis le presse de rétablir Gonthier et TJieutgaud dans leurs sièges, il le refuse en lui reprochant

de n'avoir jamais pris intérêt aux Ynaux de TËglise; il écrit aux évêques de rappeler aux rois leurs serments et leurs devoirs^ de ne pas oublier que ces rois ont été confirmés par l'autorité du saint-*iége, que c'est le pape qui leur a ceint Tépée, qui a posé la couronne sur leur front, ir justifie ainsi les pressentiments de Charlemagne* Il ordonne à ces rois de forcer Lothaire à lui obéir. Son légat Arsène, aussi altier que lui, va de l'un à l'autre pour leur transmettre ses paroles hautaines. Il va trouver Lothaire à Francfort, et lui dit de choisir entre Thietberge et l'anatbème : il lui ramène cette reine et le force à lui rendre Waldrade pour qu'il la conduise à Rome. Elle s'échappe des mains de ce légat avant de passer les Alpes, et Nicolas l'excommunie ; il l'annonce aux rois, aux évêques et leur enjoint de ne pas soufirir qu'elle retourne vers Lothaire. Elle le rejoint cependant, et son royal amant ne peut résister à ses larmes. H invente de nouveaux moyens pour arriver à son divorce avec Thietberge; il la tourmente, il la force par de mauvais traitements de solliciter elle-même sa retraite de la cour. Mais quand elle dit au pape qu'elle désire finir ses jours dans un cloître, « vous mentez, répond-il » avec insolence, ce n'est pas vous qui parlez, c'est votre » indigne époux. » Et il excommunie Lothaire*, il lui défend de venir à Rome à moins qu'il ne se fasse absoudre. Si Thietberge persiste dans sa résolution en lui manifestant des craintes pour sa vie, « il vaut » mieux, répond-il, que vous receviez la mort que de

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