‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 44 sur 105 · ABAISSEMENT DU SAINT-SIÈGE PUISSANCE DES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

ABAISSEMENT DU SAINT-SIÈGE PUISSANCE DES ÉVÊQUES

Adrien II fut encore moins heureux dans ses luttes contre les rois de France et de Germanie, car il n'y eut pas même ici une apparence de soumission. Ces rois témoignaient un profond respect pour le successeur de saint Pierre, mais dès que leur ambition était contrariée parlé saint-siége, ils reprenaient toute leur indépendance et se jouaient des anathèmes et des menaces. Lothaire seul sacrifiait constamment sa dignité à sa passion pour Waldrade. Il sollicitait sans cesse la permission de se rendre à Rome, espérant vaincre par ses prières l'obstination du pape. Il suppliait son frère Louis dltalie d'intervenir en sa faveur; mais il n'obtint enfin cette permission que pour subir des humiliations nouvelles, des pénitences honteuses ; et il est probable qu'au mépris de ses serments il aurait essayé de reprendre sa maîtresse, si la mort n'était venue le délivrer de ses tourments et de ses lâches palinodies. Il était criminel sans doute ; mais son crime, assez commun à cette époque et même dans tou

les temps, devait tout au plus lui attirer les reproches du sacerdoce. Ce qui allait plus loin que les admonitions, les menaces de vengeance divine, était un abus. Du temps de François Ie',de Henri IV et de Louis XIV,les successeurs d'Adrien et des évêques auraient été fort mal venus s'ils avaient osé parler de déposition et d'anathème, et traiter ces rois comme on traitait le pusillanime Lothaire.

Ses oncles se montrèrent enfin moins indignes du diadème. L'ambition et l'intérêt leur rendirent le courage de résister aux empiétements du saint-siége; et c'est à propos de la succession du roi de Lorraine, leur neveu, que se manifesta leur résistance. Adrien II se posa d'abord en arbitre des couronnes. Il écrivit à Charles le Chauve et à Louis le Germanique pour leur enjoindre de respecter les droits du frère de Lothaire, de l'empereur Louis qui combattait en ce moment pour la défense de ritalie contre les Sarrasins. Ses lettres furent impérieuses, insolentes même. Il en adressa en même temps aux seigneurs de France et de Germanie pour leur ordonner de soutenir les droits de l'héritier légitime, aux évêques pour les engager à s'opposer à l'usurpation des deux rois. Il nommait Hincmar de Reims son délégué spécial pour empêcher cette usurpation; et toutes ses lettres finissaient par des menaces d'excommunication. On abusait alors de ces armes spirituelles que les anciens chefs de rÉglise n'employaient qu'avec une sage réserve. Mais ni Charles le Chauve, ni les évêques de Lorraine, ni le vieil Hincmar lui-même n'eurent égard à ces menaces. Charles, appelé à Metz par ces évêques, y fut couronné par leurs mains, sans attendre Louis le Germanique qui avait élevé

- M8 — les mêmes prétentions que son frère *. Il les fit valoir plus tard, et comme il avait des armes plus réelles que les foudres de rËglise, Charles le Chauve fut contraint de lui faire une large part de Fhéritage, et lui céda toutes les provinces qui bordaient la rive gauche du Rhin. Le protégé d'Adrien II fut complètement oublié dans ce partage, et ce pape eut beau s'en plaindre à tous par des légats et par des messages empreints de la plus violente colère. La réponse d'Hincmar à celui qui le concernait est d'une fermeté remarquable. Le despotisme de Nicolas et d'Adrien avait fatigué sa vieillesse, lui avait fait sentir le danger d'une soumission absolue aux ordres de la papauté, qu'il avait loyalement soutenue tant qu'elle avait respecté les droits de l'épiscopat. Il y distingue parfaitement les privilèges du sacerdoce et ceux de la couronne. » Vous me rendez à tort, dit-il, responsable de ce qu'ont » fait lesévêques lorrains. Je ne suis pas leur niétropoli- » tain et je n'ai pas le droit de régler leur conduite. Vous » voulez que je refuse la communion au roi que mes » conseils n'ont point arrêté... Je ne vois pas comment je » pourrais, sans péril de mon âme et de lyion Église, » éviter la compagnie et la présence d'un roi dans les » États duquel sont situés Aion diocèse et ma province. » Jamais les Papes ni les saints évêques n'ont évité de » paraître devant les tyrans et les princes hérétiques, et » de leur parler quand ils en avaient besoin. Qui défendra » les éyéques contre les Normands et leurs autres enne- » mis? Leurs prières ne peuvent y suffire et les secours

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