Epiii. CCLVI
contre Photius llnterdiction des laïques, donna un nouveau démenti à rinfaillibiiité en autorisant le sacre de Landenulfe. Plusieurs évêques, appuyés par le puissant abbé de Montcassin, s'étant révoltés contre cette décision, le pape partagea en deuxTévéché de Capoue pour satisfaire les deux partis <. Charles le Gros, le nouvel empereur, ayant nommé TévêqueOptandus au siège de Genève, Jean YIII s'était empressé de le consacrer. Mais l'archevêque de Vienne Otram avait bravé à la fois Vempereur et le pape en repoussant cet étranger d une église dont il était le métropolitain, et en ajoutant que le roi d'Arles Boson avait seul le droit de confirmer l'élection d'un évéque de Genève. Cité par le pape devant un concile de Rome, excommunié comme les autres, il se joua de la citation et de l'anathème, et Jean VIII aurait cédé sans doute si la mort ne l'eût délivré de ce nouvel embarras. Qui dirait que la papauté ne comptait que quinze années depuis la mort de Nicolas? Mais si elle avait dégénéré à ce point, la puissance épiscopale s'était considérablement agrandie. Toute l'ambition, toute l'opiniâtreté des anciens évéques de Rome avaient passé dans l'esprit de tous les dignitaires de l'Église. Les anciens Papes avaient tenté de dominer les rois et ils en avaient été souvent punis. Les évéques du neuvième siècle étaient les maîtres des rois comme des peuples.
Le vieil Hincmar abusait de la faiblesse des fils de Louis le Bègue. Ces rois de France ayant fait élire'' un évéque du nom d'Odacre pour le siège de Beauvais, un
i. Epùt, CCXLVjn.
concile assemblé à Fismes par Hîncmar avait prononcé l'indignité de cet évêque. Ces rois, justement offensés de cet outrage, avaient soutenu que les élections leur appartenaient comme tous les bénéfices et qu'ils en disposaient à leur volonté. Hincmar se révolta contre cette prétention si souvent justifiée, il dit qu'elle avait été dictée par l'enfer et par le serpent. Il leur rappela la distinction que le pape Gélase avait faite des deux puissances, le serment qu'ils avaient prêté au jour de leur sacre, il soutint l'irrégularité de l'élection d'Odacre, le déclara simoniaque et leur signifia au nom de Jésus- Christ et des apôtres de ne point s'opposer à une élection nouvelle ^. Louis III se souvint un moment qu'il était roi. II répondit au vieil archevêque t qu'il se jouait un » peu trop de la volonté royale, que s'il avait affaire à » son égal il userait de tout son pouvoir pour maintenir » sa dignité, mais qu'il méprisait un sujet qui prétendait » l'amoindrir. » Le sujet n'en devint que plus hardi, et sa réplique ne fut qu'une longue impertinence. «( Ce n'est » pas le roi, dit-il, qui l'a choisi pour gouverner l'Église. » C'est au contraire lui et ses confrères qui l'ont élu pour » gouverner le royaume. Vous n'avez de puissance , » ajoutait-il, que celle qui vous vient d'en haut, et vous » croyez à tort m'intimider. Si j'ai péché en consentant » à votre élection, punissez-moi dans cette vie afin que » Dieu ne m'en punisse point dans l'autre. Si vous per- » sistez à nous imposer Odacre, faites-le venir devant les » évêques de la province avec ceux qui l'ont élu, et nous
i, Hincmar, Epitt. XII.
» verrons s'il est entré dans la bergerie par la porte. Mais » qu'il apprenne, s'il ne vient pas, que nous irons le » chercher quelque part qu'il soit, et nous le déposerons » comme usurpateur d'une Église, et nous excommunie- » rons avec lui tous <ieux qui voudront le soutenir. » Ainsi ce n'est pas en vertu de leur naissance que les fils de Louis le Bègue sont montés sur le trône. C'est par le choix des évêques; et l'excommunication d'Odacre suit de près cette insolente réplique; et le roi de France ne peut le soutenir sur son siège. Hincmar triomphe de la royauté. Il met en action la maxime du pape Gélase, il donne aux successeurs de Jean YIII des exemples dont ils n'abuseront que trop ; et les rois, dépouillés de leur autorité, abandonnés par les peuples à la domination sacerdotale, seront pendant des siècles à la merci du premier téméraire qui occupera le saint-siége.
Ce ne sera point Martin II qui reprendra le gouvernement de l'Église de France. C'est encore le vieil Hincmar qui trace des règles de conduite pour les évêques à l'égard des rois. Mais cet archevêque mourut le 21 décembre 882 en fuyant devant les Normands, et reconnut sans doute la vérité de ce qu'il avait écrit au pape Adrien II sur le besoin qu'avaient les évêques d'une puissance séculière qui pût les défendre. Martin II ne signala son pontificat de quatorze mois que par le renouvellement de l'excommunication de Photius, dont il avait reconnu la mauvaise foi, pendant que, sous le nom de Marin, il avait exercé la légation de Constantinople. Cette condamnation fut encore renouvelée par Adrien III qui prit la place de Martin le 1" mars 884; et
Bruys * suppose que, pour mieux témoigner la [haine qu'il portait à ce patriarche, ce pape autorisa enfin Taddition du fUioquè au Symbole de Nicée. C'était plutôt pour ménager et ramener les évêques de la Gaule, mais il avait moins de ménagements pour les rois. II ordonna qu'à l'avenir les Papes seraient intronisés sans attendre l'approbation d*un empereur qu'ils regardaient comme leur créature ^. II décréta en même temps qu'à la mort de Charles le Gros l'empereur ne serait plus choisi que parmi les seigneurs italiens. Ce décret fut fertile en dissensions et en désordres; ces seigneurs étaient nombreux et tous aspiraient à cette domination suprême qui n'était au fond qu'un titre sans valeur. Les plus mutins et les plus puissants étaient les petits ducs de Toscane dont la faction dominait déjà dans Rome au point d'avoir fait élire les deux derniers Papes. Charles le Gros protesta contre ce décret, et ne pouvant se rendre lui-même en Italie pour le faire révoquer, il y envoya une bande de Bavarois qui fit plus de mal au pape et aux Romains que les Sarrasins et les seigneurs. Adrien lïl mourut au milieu de ces désordres le 20 juillet 888; et il fallut employer la violence pour contraindre Etienne VI à prendre le fardeau de la papauté. La femine désolait la ville et les greniers étaient vides comme le trésor de Saint-Pierre. Etienne VI pourvut à la nourriture du peuple aux dépens de son patrimoine qu'il sacrifia tout entier à ce noble usage. 11 crut devoir encore une fois excommunier Pho-