‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 53 sur 105 · Platine, Adrien lU · texte numérisé non relu

Platine, Adrien lU

tius; et ce patriarche se serait joué comme toujours des inutiles vengeances de Ronr^, si la mort de Basile le Macédonien n'eût changé sa fortune. Léon VI, surnommé le Philosophe^ reconnaissait en secret l'autorité du pape, et il débuta par le venger de Photius en exilant ce patriarche et eiî nommant à sa place son propre frère Etienne SyAcelle. Il s'empressa de Tannoncer à Févéque de Rome^ et comme son frère avait reçu te diaconat de Photius, il crut devoir prier le pape d'absoudre tous les prêtres que ce patriarche avait ordonnés. L'évêque Stylien, métropolitain de Néocésarée, écrivait en nrême temps au pape pour réclamer son indulgence à l'égard de ces mêmes prêtres. Il lui rappelait que Rome avait dans un temps reconnu elle-même celui qui les avait ordonnés, t Ayez pitié, ajoutait-il, ayez pitié d'un peuple » qui a été autorisé par vos propres légats à tolérer » Photius et que votre rigueur réduirait au désespoir. » Cette humilité, cette marque de respect aurait dû satisfaire Etienne VI ; mais il était écrit que la vanité des Papes nuirait toujours à l'établissement de leur suprématie sur les Orientaux. Il voulut que les évêques des deux partis envoyassent des députés à Rome, ajoutant que l'Église romaine était le modèle de toutes les autres et que ses décrets devaient être éternellement en vigueur. Et de quel prétexte appuyait-il cette exigence? c'est que l'empereur Léon avait dit que Photius avait abdiqué, tandis quel'évêque Stylien assurait qu'il avait été chassé, et pour savoir à quoi s'en tenir sur un fait aussi insignifiant, il demandait qu'on vînt le plaider devant lui, Los Orientaux en furent blessés, ils mirent trois ans

à répondre et ce n'est pas lui qui reçut leur message. La mort de Charles le Gros, qui avait un moment réuni tout Tempire de Charlemagne, jeta Etienne VI dans de nouvelles perplexités. Ârnoul, bâtard du roi de Germanie Carloman, s'était emparé de cette couronne, et d'autres ambitieux aspiraient à celle de France, au préjudice du troisième fils de Louis le Bègue qui fut plus tard Charles le Simple. Cet enfant était une faible ressource contre les Normands qui étaient venus assiéger Paris ; et le comte Eudes, qui avait défendu cette capitale, av^it été couronné par l'assemblée de la nation. Les seigneurs de la haute Bourgogne n'avaient point ratifié cette élection et s'étaient donné leur duc Raoul pour roi. Le fils de Boson était le seul qui eût joui du bénéfice de l'hérédité. Le pape Etienne ne s'était point mêlé de ces successions, il avait assez des seigneurs italiens. Le duc de Frioul Bérenger s'élant fait couronner en Lombardie,le pape lui avait opposé Gui de Spolette, frère de ce Lambert qui avait pillé deux ou trois fois la ville de Rome; et Bérenger vaincu s'était réfugié dans la Germanie auprès d'Arnoul le Bâtard. Etienne n'avait pas eu le temps de profiter de la victoire que son protégé avait remportée, la mort l'enleva peu de jours après, le 7 août 891. C'était pourtant un homme supérieur à son siècle, et l'histoire doit le louer d'avoir prêché contre les enchantements et les maléfices, et d'avoir condamné les épreuves par le fer rouge et par l'eau bouillante.

Son siège fut disputé par deux intrigants qui avaient, quinze ans auparavant, conspiré ensemble contre le pape Jean YIII; et l'on ne saurait trop s'étonner qu'une place

entourée de iaat de périls, put être itn objet d'ambkioa. On le Gooeevrait, si La piété, ledéâir de relever la papaoté y entraient pour quelque chose. Mais ces iK>bles motiCs n'animaient pas les deux concurrents. L'un était un prêtre nommé Sergius, fils du nomenclateur Grégoire, l'autre était Formose^évéque de Porto, qui, envoyé jadis en Bulgarie par Nicolas P% n'avait pensé qu'à son élévation. Déposé par Jean VIII, il avait été rétabli par Martin II i qui son savoir l'avait rendu nécessaire; et c'est lui qui l'emporta, malgré les canons qui défendaient les translations d'un siège à un autre, et dont ses implacables ennemis s'appuyèrent pour le tourmenter même au delà du tombeau. Ces canons avaient été cent fois violés, et j'oserai dire qu'ils auraient dû faire une exception en faveur du siège de Rome. Dès que le pape avait été reconnu comme chef de l'Église, tous les évêques de la chrétienté auraient dû coopérer à son élection. Ce n'était point sans danger, je le sais, les vacances en seraient devenues fort longues ; et, dans ce temps de désordres, il était urgent d'y pourvoir; mais il n'en était pas moins ridicule que le peuple et le sénat de Rome, unis à quelques évêques du voisinage et au clergé de la ville, imposassent un chef spirituel à toutes les Églises. L'élection faite par les cardinaux de tous les pays est fondée sur le principe que je pose, et il est étonnant qu'avant l'institution de ces grands dignitaires, ce principe n'ait pas été invoqué par les évêques ou tout au moins par les métropolitains.

C'est le pape Formose qui, dès les premiers jours de son avènement, reçut la réponse des Orientaux à la lettre n 10

d'Etienne YI. Elle lui fut apportée par une députation qui vint lui expliquer la contradiction que le pape avait remarquée entre les paroles de Tempereur Léon et celles de révêque Stylien. C'est que les amis de Photius considéraient sa déposition comme une abdication volontaire, tandis qu'aux yeux des orthodoxes il n'avait jamais passé pour évêque. Mais les deux partis n'en réclamaient pas moins Tindulgence du pape pour les clercs ordonnés par l'intrus. C'était encore une reconnaissance formelle de la suprématie romaine, et en même temps un démenti donné aux historiens qui datent du patriarchat de Photins le schisme définitif des deux Églises. Mais, fidèle aux traditions ou aux instincts du saint-siége, Formose ne répondit encore que par un trait de vanité. Il fit partir quatre légats pour Constantinople avec ordre de n'accorder de grâce qu'à ceux qui l'imploreraient en reconnaissant leur faute par écrit *; et cette nouvelle imprudence refroidit de plus en plus le zèle du peu d'Orientaux qui tenaient à l'unité de l'Église. La promotion de Gui de Spolette à l'empire en avait été une autre ; elle avait mécontenté Arnoul de Germanie, qui, tout en soutenant le faible Bérenger, ambitionnait le titre d'empereur pour lui-même. Formose s'était encore aliéné le roi Eudes de France qu'avaient voulu déposer quelques seigneurs dirigés par le nouvel archevêque de Reims; il avait pris parti pour le successeur d'Hincmar, et avait écrit à Eudes pour l'exhorter, à réprimer son ambition. Mais ce roi, qui venait de battre les Normands, n'était pas disposé à céder

i. ComiUs,, t. IX, p. 418.

à Topposition du pape et de TarcTievôque. Il avait défait Tarmée de Charles le Simple et forcé ce roi de quatorze ans de se réfugier dans les États du bâtard ÂrnouL L'archevêque Foulques avait eu son tour. Eudes avait pillé son diocèse, assiégé sa ville et Foulques implorait en vain les secours spirituels de Formose. Cet exemple encourageait les seigneurs de France à se ruer sur les évêques dont ils détestaient la rivalité. Ceux de Langres avaient déposé et aveuglé le leur. Baudouin de Flandres faisait fouetter les clercs par ses soldats. L'archevêque de Sens était chassé de son siège. Une foule d'autres se plaignaient de la barbarie des barons. Les domaines ecclésiastiques étaient mis au pillage; des laïques disposaient des évêchés; des prêtres, délivrés de la tyrannie des évêques, se mariaient à des courtisanes. Le comte Géraud d'Aurillac, plus pieux que les autres, avait fondé un monastère, mais il ne trouvait nulle part des moines assez réguliers pour le peupler. Le pape, assiégé par tant de doléances, ne répondait que par des consolations, par des excommunications qui n'arrêtaient rien, et il y mêlait des lamentations sur ses propres malheurs, car il n'était pas même maître de la ville de Rome.

Les marquis de Toscane y dominaient en despotes. Une faction puissante y assurait leur tyrannie. C'était elle qui avait fait élire Martin II et Adrien III, qui avait opposé à Formose l'indigne Sergius, parent des seigneurs toscans; et il n'avait pas suflS d'un empereur pour rassurer ce pape. Il avait associé Lambert de Spolette au chétif empire de Gui son frère; mais Gui, étant mort l'année suivante, ce Lambert avait trahi le pape pour s'allier à

la faction de Sergius plus puissante que tout son ^oijpîra. Formose avait imploré le secours d'Arooul de Germanie. Ce bâtard était devenu le plus important des princes carlovingiens, le seul soutien de cette race dégénérée. U venait de gagner sur la Dyle une grande bataille contre les Normands; il avait forcé Eudes à laisser la plus belle part de la France à Charles le Simple ; imposé son fils naturel Zuentibold au trône de Lorraine. L'appel du pape répondait à son ambition secrète, qui se jouait des espérances du malheureux Bérenger qu'il avait recueilli à sa cour. Il défit aisément le faible Lambert, le dépouilla de la couronne impériale, s'empara de la ville de Rome sur Angeltrude, sa mère, et sur les marquis de Toscane, ses alliés, et se fit couronner par Formose en 896. Les Romains le saluèrent empereur, lui prêtèrent serment de fidélité, et il repartit pour l'Allemagne après avoir fait couper la tête d'une cinquantaine de factieux.

Formose n'en eut pas plus de puissance, et j'en dirai autant de tous les pontifes qui vont se succéder dans la chaire de saint Pierre et qui pour la plupart seront indignes de l'occuper. Les conciles sont au-dessus d'eux, les métropolitains sont les véritables chefs des évêques de leurs provinces et défendent leurs juridictions contre les Papes eux-mêmes. Les rois carlovingiens les prennent pour conseillers dans leurs affaires temporelles et montrent uu respect servile pour leurs décisions. Les doctrines des Damase et des Gélase ne sont plus mises en pratique que par les évêques de France, et surtout par Tarcbevêque Foulques qui, suivant les traditions d'Hincmar, écrit des insolences à son roi. A l'annonce d'une alliance de

Qiaries le Simple avec les Normands, Foulques lui en tëmoîgfie son inâignatioii. t II vaudrait mieux que vous ne » fus^et pas fié, lui dit-il, que de régner par le secours du » diable; sachez que si vous le faites^ je ne vous serai » jamais fidèle, je détournerai de votre service tous ceux > que je pourrai; et, me joignant à tous les évéques m^s » confrères, je vous condamnerai à un anathème éter^ 1 nel. » Sous l'influence de cet ardievèque, les prékis avaient repris leur ascendant sur c^tte multitude de despotes dont les victoires d'Arnoul et la mort du roi Ëude» avaient rompu la coalition.

Ou'étaient tes Papes auprès de ces puissants évêques? Créatures et jouets des seigneurs d'Italie, ils n'étaient occupés qu'à mendier la protection du souverain qui s'élevait au-dessus des autres, et lui livraient en échange et leur peuple et leur ville et le prétendu patrimoine de saint Pierre et le vain titre d'empereur que personne n'était plus en état de porter. Qu'était le successeur de Formose, ce Boniface VI que Baronius lui-même traite de scélérat? Que dire de cet infâme Etienne VII qui le remplace? Comment qualifier ce misérable instrument de la faction des marquis de Toscane, qui fait déterrer le cadavre de Formose, l'interroge au milieu d'un concile, le dépouille des ornements pontificaux, lui fait trancher la tête et fait jeter ses restes dans le Tibre? Un autre nommé Romain fait repêcher son cadavre et lui rend un tombeau. Son successeur Théodore II rétablit les clercs ordonnés par Formose. Jean IX achève de réhabiliter sa mémoire et fait bannir cet inftme Sergîus qui a tourmenté sa vie. Maïs quelle occupation pour un chef de rÉglise? Ce

Jean IX mérite cependant quelques éloges pour avoir montré son respect pour Tautorité séculière. Le concile qu'il tient en 900, condamne les Papes qui se feront couronner à Tavenir sans attendre les ordres de l'empereur et la présence de ses commissaires. Il fallait qu'il fût bien convaincu de sa faiblesse, pour faire cette concession à ce pauvre Lambert qui, après la mort d'ArnouI, avait battu son compétiteur Bérenger et repris le titre d'empereur. C'est cependant lui qui avait autorisé ce concile de Rome, que Jean IX n'aurait pas convoqué sans cela, tandis que les métropolitains de la Gaule ne cessaient d'en tenir à volonté. C'est encore ce fantôme de César qui préside le concile de Ravenne dont les canons constatent la pitoyable situation de l'Église et de l'empire. On n'y parle que de pillages, d'incendies, d'usurpations que cet empereur n'a pas la force de punir. On y dit nettement que le pape n'a pas le moyen d'allumerdes cierges et de payer ses serviteurs.

A la mort de Lambert, Tinvasion des Hongrois vient ajouter encore aux malheurs de l'Italie. Les seigneurs, battus, poursuivis par ces barbares, sont réduits à appeler Louis, fils de Boson roitelet de Provence, et le font couronner empereur par Benoit IV, successeur de Jean IX. Ce Louis est battu par Bérenger qui lui fait crever les yeux et se rétablit pour la troisième fois. Léon V, qui succède à Benoît, est renversé quarante jours après par son chapelain Christophe, qui est détrôné à son tour par l'éternel Sergius, le protégé et le parent des marquis de Toscane. Il prend le nom de Serge III ; fait condamner encore une fois la mémoire de Formose et

persécute ceux qui Tont soutenu. Un caprice de l'empereur d'Orient renoue les relations de Constantinople avec le saint-sîége. Léon le Philosophe, ayant pris une quatrième femme malgré son patriarche Nicolas le Mystique, demanda l'approbation du saint-siége et celle des trois autres patriarches de l'Orient. Serge III lui envoya des légats, mais soupçonnant ce qu'ils venaient faire à Constantinople, le patriarche Nicolas refusa de les voir. Il se jeta aux pieds de l'empereur pour le supplier de ne pas souiller la dignité impériale, de songer qu'il y avait dans le ciel un souverain plus puissant que lui qui punissait les crimes de la terre. Léon, fatigué de ses remontrances, le fit exiler avec les évéques qui le soutenaient dans son opposition ; et les légats de Sergius, moins difficiles que ce digne patriarche, célébrèrent les quatrièmes noces de l'empereur Léon.

Nicolas fut rétabli par Alexandre, frère et successeur du prétendu philosophe, devint le tuteur de Constantin Porphyrogénète, et se plaignit au pape Sergius de la conduite de ses légats, avec lesquels il confondait à tort tous les évêques d'Occident. Sergius ou Serge III ne reçut point cette lettre. Ce misérable, que Baronius a déclaré le plus méchant des hommes*, mourut en 910 après avoir déshonoré le saint-siége par son commerce impudique avec la courtisane Marozie, fille d'un marquis de Toscane et d'une autre courtisaYie nommée Théodora. Serge III en avait eu un fils qui sera bientôt le pape Jean XI *. Ce fut Anastase III qui reçut la lettre du patriarche Nicolas et

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