‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 59 sur 105 · Ann, Ecelés., liy. II, p. 44i · texte numérisé non relu

Ann, Ecelés., liy. II, p. 44i

S. Ibid., an. 962; Fleury et autres.

qnn nndoit fort incertaine U souveraineté tempoTBlke du pape sur oea provinces. On y remarque d'abord eette protection de ses tieiittenanls et gouverneurs qu*Otbon lui proaaet, et ces gouverneurs sont établis dans tes pays qu'il eède au saint-siége. On stipule que le pape élu ne sera sacré qu'après avoir juré entre les mains des eommissaires impériaux de respecter les droits de tous; que d'autres commissaires rendront compte de la manière dont les ducs et les magistrats exerceront la justice; que si le pape ne peut remédier nmx abus, il souffirira que l'empereur y remédie; et l'acte finit par ces mots : c Sauf en » tout notre puissance et celle de notre fils et de nos des- » cendants.» Fleury a raison de dire que par cette clause l'empereur se réservait la souveraineté et la juridiction en dernier resswt sur tous les pays contenus dans cette donation; et il ajoute que Phistoire le fera voir^.

Quelle qu'elle soit cependant, cette munificence ai»rait du arrêter l'ingratitude de Jean XII, mais il tenait à ne manquer d'aucun vice. Il viola son serment peu de jours après l'avoir prononcé, releva le courage de Bérenger, aj^la son fils Adalbert à Rome et signa avec lui un traité d'alliance contre l'empereur qu'il venait de couronner. Othon l'apprit des nobles romains qu'indignait cette infamie, et revint à Rome pour la punir. Mats Adalbert et le pape s'en échappèrent, et il fut réduit à faire déposer Jean XII par un concile. Quarante évoques y assistèrent. Othon s'informa des crimes de Jean XII et on en cita d'horribles : le palais de Latran rempli de courti-

i. Fleury, liv.LVI, ch. i.

sanes; son commerce avec une concubine d'Albéric^ son père; l'ordination dérisoire d'un diacre dans une écurie; l'évéché de Todi donné à un enfant de douze ans; la mutilation d'un prêtre, le meurtre d'un autre; la célébration de la messe sans communion; une santé portée publiquement au diable; l'invocation de Vénus et de Jupiter en jouant aux dés ^. Othon ne pouvait y croire... Il fait demander par l'historien Luitprand, évéque de Crémone, si les évêques présehts confirment ces accusations. Tous se lèvent pour les attester. Il pousse l'indulgence jusqu'à écrire à l'accusé pour savoir s'il les avoue; et Jean XII ne lui répondant que par des anathèmes, il fait prononcer sa déposition par le concile. Quel est le supérieur des deux? Baronius le sait bien; mais il ne veut pas que cela soit. Il se révolte contre un concile qui a osé déposer un pape et en nommer un autre dans la personne de Léon Vill. Les plus grands crimes à l'entendre ne peuvent justifier une pareille audace. Le pape, dit-il, ne peut être jugé que par Dieu, toute justice est foulée aux pieds par cette action téméraire ^. Laissons déclamer ce fanatique ultramontain et poursuivons. Othon l**" n'en a point fini avec Jean XII. A peine a-t-il renvoyé les trois quarts de son armée dans l'Ombrie, qu'il est forcé de répousser avec le reste les attaques d'Adalbert et d'un pape plus soldat jque prêtre. La sanglante leçon qu'il leur donne est encore perdue. Othon croit en vain qu'il a assuré le repos de Rome. Des qu'il en est sorti, Jean XII

i. Luitprand, lir. YI, ch. vu.

1 Bar., an. 963.

y rentre, à la faveur (Tune noblesse inconstante que ses présents ont gagnée. II met Tantipape Léon en fuite, et poussant la dérision jusqu'à se conformer aux règles dont il se joue, il assemble un concile cpmposé des mêmes prélats qui Font condamné dans l'autre. Ils se dégradent presque tous en prononçant son absolution et l'excommunication de celui qu'ils, avaient mis à sa place *. Le barbare fait couper la main droite à un diacre, le nez et la langue à un officier de son rival, et n'arrête le cours de ses vengeances que lorsque Dieu le châtie par la main d'un mari qui le surprend dans les bras de sa femme.

Othon revient après sa mort, pour punir la trahison des Romains, qui ont abandonné son antipape. Ils ont même consacré un diacre, qui, suivant l'exemple de Jean XII, a changé son nom en celui de Benoît V; et tentent de résister à l'armée impériale. Mais la famine les force à capituler, à implorer la clémence du vainqueur, qui se montre digne du titre de Grand que TAllemagne lui a déjà décerné. Léon VIII est rétabli sur son siège par ceux-là même qui venaient de le déposer. C'est pour la seconde fois qu'ils se démentent, qu'ils imitent les palinodies des Orientaux. Un archidiacre du nom de Benoît a même l'impudence de demander à Benoît V comment il avait eu l'audace d'accepter le pontificat; et il était de ceux qui l'avaient nommé. Benoît V est forcé de se soumettre; il se jette aux pieds de Léon qui le dégrade et Texile à Hambourg. Devenu pape légitime, Léon VIII ne

i. Sigebert, ChronU,; Baronias.

sait coittnaat tàmoigner sa reconntîssance à reispcreur. Il lui confère ainsi qu'à ses béritiera le droit de nomraer les Papes» les archevêques et les évéques. Les auteurs de X Histoire upiverseUe se servent seuls du vertm non»mer. h'M>é Fleury et Bruys disent : établir. L'un et l'autre révoltent Baronius, le Père Pagi, Muratorî et tous les ultramoutains. Ils niait la concession. Mais il y a des témoignages plus rapprochés que les Fleury» les Sigonius et les Saint-Mare. Le savant Gratien écrivait deux siècles après. Yves de Gtmrtres était plus près encore; il parle de la coneession» et comme il se prononce fortement contre elle, il faut croire qu'elle a existé. On peut ajouter le témoignage du moine SigebertdeGemMours. Baronius le récuse. G'est ce moine, dit-il, qui l'a inventée poar soutenir les droits de 1 empereur Henri IV contre Grégoire VU. Mais Luitprand * enfin était contemporain d'Othon. Il est l'historien du temps et c'est un évéque. Le pape Léon VIII rappelait d'ailleurs qu'Adrien avait concédé le même droit à Pépin et à Charlemagne. D'autres souverains en ont usé. On ne pent nier que les trois Othon l'aient exercé pendant trente-six ans de règne. Ce précédent est gênant pour les partisans de Tomnipotencedes évêques de Rome. Voilà un pape qui l'abdique en faveur de Tempire, qui anéantit la conséquence qu'on a voulu tirer du couronnement des souverains. Mais ce couronnement n'a pas une aussi grande portée; car il faudrait attribuer à rarchevé4}ue de Reims le droit d'élire et de déposer les rois de France, Que se passe-t-il

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