‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 6 sur 105 · Tom. II, p · texte numérisé non relu

Tom. II, p

^» à qui sera assez hardi pour vendre tes dons du Saint- 1 Esprit. » Cet anathème retomba sur la tête de bien des Papes ; et Ton ne peut oublier que c'est à la vente de ces mêmes dons que fut due dans cette même Allemagne la révolte de Luther, sept siècles après.

Etienne II, nouvel élu du clergé romain, ne vécut que trois jours, et un diacre du même nom monta sur le suint-siége à sa place. Le sceptre des Lombards avait également changé de maître; le pieux Ratchis avait quitté le palais de Pavie pour le monastère de Hontcassin; et le terrible Astolphe, son frère, était monté sur le trône. C'était un vrai Lombard, farouche, intraitable, impatient et résolu d'achever la conquête de l'Italie, pieux cependant et bâtissant des églises, mais respectant fort peu les é vêques et les prêtres . Les présents d'Etienne III en avaient d'abord obtenu une promesse de paix pour quarante années. Mais ayant appris que l'empereur d'Orient avait sur les bras les Musulmans et les Bulgares, il rompit cette paix, marcha sur Ravenne, envahit ce débris de l'empire qu'on appelait l'exarchat, chassa Eutychius, le dernier des seize patrices qui l'avaient gouverné pendant cent quatre-vingt-trois ans, mit fin à cette puissance et lança son armée sur les chemins de Rome: Etienne III lui députa vainement les abbés de Saint-Vincent et de Montcassin. • Allez prier, » répondit Astolphe; et il continua sa marche. Un de ses hérauts se présenta dans Rome même pour sommer le peuple de reconnaître sa souveraineté, pour dire au pape que si le peuple ne consentait pas à lui payer la capitation, il passerait tout au fil de l'épée, et livrerait la ville au pillage. Une.nou-

velle ambassade d'Etienne III fut renvoyée avec mépris ;% une lettre menaçante de l'empereur d'Orient fut à peine écoutée. Le pape tourna encore ses regards et ses prières vers la France, où Pépin le Bref venait d'être couronné; et c'est delà que lui vinrent le salut, l'indépendance, la puissance temporelle et la souveraineté.

Pépin était déjà l'obligé du saint-siége. Fatigué de maintenir un fantôme de roi, impatient de la royauté, mais retenu par un dernier scrupule de conscience, il avait consulté le pape Zacharie sur ce qu'il devait faire. Zacharie avait mis une année entière à consulter lui-même le Saint-Esprit, mais il avait fini par répondre • que celui- » là devait être roi qui en exerçait l'autorité, au lieu de » celui qui l'était seulement de nom *. » On s'est étonné de cette réponse du pape. Elle était alors toute naturelle. Depuis des siècles, l'hérédité n'assurait la possession d'aucun des trônes de la terre. Les fils de Clovis s'étaient détrônés les uns les autres à l'imitation de ce fondateur de leur dynastie, qui n'avait laissé vivre et régner aucuns de ses parents; les maires du palais étaient survenus, et ils avaient disposé des rois et des couronnes. L'histoire des empereurs avait accoutumé les esprits à ces perpétuelles variations de dynastie ; à l'exception de celle d'Héraclius, aucune n'était allée en Orient jusqu'à la troisième génération. Les envahisseurs de l'empire n'avaient pas montré moins d'inconstance dan.6 le maintien des familles royales. Les Lombards donnaient au pape de fréquents exemples de l'instabilité

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