CHAPITRE XVII
URBAIN n. — CROISADES 1085 à 1137
Grégoire VII n'était pas sûr en mourant du succès de ses entreprises. Moins occupé de son salut que du soin de chercher à qui léguer son dangereux héritage, il avait désigné trois de ses plus zélés partisans aux cardinaux et au clergé de Rome. C'étaient Didier abbé de Montcassin, Othon évêque d'Oslie, et Hugues archevêque de Lyon. Didier était le plus opiniâtre des trois. Indigné que les rois d'Allemagne eussent donné des Papes à l'Église, il avait dit qu'il ne consentirait jamais à ce scandale, et avait secondé sur ce point la politique d'Hildebrand. Né des princes de Bénévent, il avait quitté les palais pour le cloître, et il était depuis vingt-neuf ans abbé de Montcassin, quand les Romains le traînèrent de force dans réglise de Sainte-Luce pour lui imposer la robe de pourpre et le nom de Victor III, qu'il n'accepta point encore. Il était retourné quatre jours après dans son abbaye, à la faveur d'une émeute suscitée par un lieutenant de Henri IV; et après avoir résisté deux ans entiers aux prières des évéques et des princes normands, il consentit enfin à revenir comme pape à Rome, où le rappelait
la comtesse Matbilde. Elle ne put cependant le maintenir que dans une moitié de la ville. L'antipape Clément III occupait toujours le Vatican sous la protection des troupes impériales; Victor m ne put officier dans réglise de Saint-Pierre dont ces troupes lui défendaient l'entrée, et il ne se crut pas. même assez maître de ce qu'il possédait pour y tenir un concile. C*est à Bénévent qu'au mois d'août 1087 il assembla quelques évêques, et qu'il renouvela Texcommunication de l'empereur et de son antipape, celle des laïques qui conféraient les investitures et des clercs qui les recevaient. Ce furent là les seuls actes de son pontificat. Tombé malade pendant ce concile, il se fit transférer à Montcassin et mourut le 16 septembre après avoir présenté Tévêque d'Ostie à ses fidèles, comme le second héritier de la politique d'Hildebrand*.
II était difficile de réunir un assez grand nombre d'évêques pour faire cette élection. Les Allemands occupaient les villes du duché de Rome et tenaient la campagne. Peu de prélats étaient restés dans leurs diocèses; ceux des Romains qui demeuraient fidèles au parti de Victor les pressaient vainement de lui donner un successeur, la comtesse Matbilde les appelait en vain. Rome n'était pas assez sûre pour eux. Us s'assemblèrent, mais à Terracine, et après six mois de vacance, le 8 mars 1088, ils accomplirent le dernier vœu de Victor en élisant l'évêque d'Ostie, qui prît le nom d'Urbain II. Il ne promit pas la paix au monde en déclarant aux seigneurs