‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 3)Chapitre 92 sur 105 · s. Bernard, Epit CCXXV el CCXXVI. î. Hist, de l'Empire · texte numérisé non relu

s. Bernard, Epit CCXXV el CCXXVI. î. Hist, de l'Empire

mais quand ils voulurent toucher à d'autres, Frédéric s'aperçut qulls étendaient un pei| trop leur autorité et les renvoya en Italie. Eugène Ili n'eut garde de se fâcher contre un prince qui, dès son avènement, lui avait promis de le venger de ses ennemis, et d'assurée & dominf^on sur la terre entière. Mais il ne lui fut pas donné de jouir de tant d'avantages; la mort vint l'en priver le 8 juillet 1153, et ce serait assez pour sa gloire d'avoir érigé le Portugal en royaume et adjugé cette couronne à Alphonse Henriquès, si cette version des historiens de l'Église n'était pas modifiée par les profanes. Trois puissances y avaient contribué : l'armée pour l'avoir proclamé roi sur le champ de bataille- d'Ourique, Eugène III pour avoir confirmé l'élection, et les Etats de Lamégo pour lui avoir foit donner la couronne et popr l'avoir rendue héréditaire. L'évoque de Sabine Conrad fut le successeur d'Eugène, et prit le nom d'AnastaselY. Son premier soin fut de rendre le siège d'York à l'archevêque Guillaume, dont il avait pris la défense au concile de Reims, qui l'avait déposé malgré lui. M^is il montra la même complaisance que son prédécesseur pour Frédéric Barberousse. Parmi les évéques que les légats d'Eugène avaient voulu bannir de leurs sièges, était l'archevêque de Magdebourg, que l'empereur avait nommé et investi lui-même. Anasiase voulut reprendre cette afiaire, mais son légat se conduisit avec tant de hauteur, que Frédéric le chassa honteusement de sa cour et de l'Allemagne. Il envoya en même temps à Rome ce même archevêque dont la nomination avait Messe l'orgueil du saint-siége;etle pape Anastase^ après l'avoir entendu, le renvoya dans son Église, avec te

pallium que l'empereur lui demandait pour lui ^ Anastase fit voir dans cett^irconstance ce qu'il était en effet: un vieillard plein dé bon sens et de sagesse, et il est fâcheux que de tels papes ne soient pas immortels. Ge|ai-ci ne régna que seize mois; il mourut le 2 décembre 1154, et céda la place au quatrième des Adrien. % Ca'll^pe était Anglais, il se nommait Nicolas Breskspeare. Chassé par son père, il avait traversé la France en mendiant, et s'étant attaché au monastère de Saint-Ruf près d'Avignon, il était parvenu, de simple domestique ou de frère lai, au gouvernement de cette^riche abbaye. Calomnié par les moines dont il voulait réprimer les désordres et les vices, il obtint du pape Eugène l'évéché d'AIbano; et le 3 décembre 1154, il fut élevé dans la chaire de saint Pierre. Le jeune Henri II, qui venait de monter sur le trône d'Angleterre, se hâta de complimenter un pape qui était né dans ses États; et ce prince était alors le plus puissant potentat de l'Europe; mais il était bien loin de Rome, et les périls d'Adrien étaient pressants. Les Arnaudistes avaient repris les armes; les sénateurs redemandaient encore leur vieille autorité; et Frédéric Barberousse descendait en Italie avec une armée, sans révéler le but de cette incursion. La raideur qu'il avait «mise à défendre les privilèges de l'empire contre les légats de Rome n'était pas rassurante pour le chef du sacerdoce ; et les habitants de Vérone n'ayant pas voulu le reconnaître comme empereur parce que le pape ne l'avait point couronné, il en avait fait pendre treize pour leur apprendre qu'il n'avait pas besoin de cette

i. Otiion do Friss.

formalité. Adrien ne savait trop qu'en penser. Il avait cependant triomphé des rebelléV/ Se$ fiers sénateurs avaient tremblé devant un simple mterdit. Arnaud, leur chef, s'était échappé pendant que ses amis s'étaient jetés aux pieds du pape pour demander leur grâce*. M^ il paraît que l'arrivée des Allemands leur avait rendu/juelque courage, puisque le pape s'était réfugié danS ïa -fofteresse de Citta-di-Castello. C'est d€î là qu'il envoya trois légats à l'empereur pour connaître les motifs de sa venue ; et ces envoyés furent si bien reçus, qu'ils osèrent le prier de leur givrer le terrible Arnaud de Brescia qui venait de se laisser prendre on ne sait trop comment dans la Campanie. L'empereur le leur fit rendre, et le préfet de Rome le fit brûler vif sur une des places de la ville éternelle, sans que le peuple songeât à le défendre.

Ce ne fut point encore assez pour rassurer Adrien. Frédéric s'était fait couronner roi de Lombardie, et se montrait partout en maître. Le pape n'osa s'aventurer qu'après lui avoir fait jurer qu'il respecterait sa vie, ses membres, sa liberté et ses biens. Il vint alors au camp de Viterbe; mais l'empereur fut fort étonné que ce pape si timide exigeât de lui qu il vînt lui tenir l'étrier pour l'aider à descendre de cheval. Frédéric hésita, et son hésitation suffit pour mettre les cardinaux en fuite. Mais les seigneurs lui ayant dit que l'empereur Lothaire s'était soumis à cette vaine coutume, Frédéric voulut bien y consentir et le fit si gauchement que le pape le lui fit remarquer. Ses excuses furent une impertinence de bon goût.

i. Olhon de Friss. ^ ' -

I PardOD, diMI en râiltânt, pardon, Saint-Père, je n>j » jamais appris ce métier 14^. t Le jour et l'ordre dn eouronbement n'en furent pas moins réglés. Mais une députation du sénat romain vint demander à l'empereur le rétablissen^entde l'ancienne constitution de la république. On ne voulait plus ni pape ni moines ; et les députés ayant ajouté pour le séduire que les Romains l'avaient nommé leur prince, il lès interrompit avec une brutalité qui leur iMposa silence, c Je ne veux rien de vous, leur

> dit^il, et ce ti'est pas à mes sujets de me faire la loi. Rome

> n'est plus à vous : les Grecs, les Français et les Allef mands ont été vosma!tlré&,et c'est maintenant moi qui 1 le suis par une possession légitime. > —Que deviennent les donations ? •— Ces fiers Romains s'en retournèrent ; et sur les conseils du pape, à qui cependant sa réponse devait déplaire, Frédéric les fit suivre par un millier de cavaliers qui se saisirent de la cité Léonine et de l'église Saint- Pierre. Le pape s'y rendit le lendemain pour attendre l'empereur, et son couronnement eut lieu le 18 juin 11S5. Mais dès qu'il fut sorti de Rome, les Romains reprirent les armes et massacrèrent le peu de soldats qu'il avait laissés à la garde de la basilique. Il revint, et la résistance des rebelles fut cette fois digne d'un meilleur sort. Ils périrent au nombre de mille, et Frédéric ne put les réduire que par des forces supérieures.

Cependant, à son départ de Rome, Adrien ne crut pas devoir y rester. Ils s'éloignèrent ensemble, eurent une légère contestation sur la propriété de la ville de Tibur,

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