Othon de Friss
que Frédéric finit par taisser au fSi^, sauf le droit nnpérial; et comme tes chaleurs de l'été mioaient son armée^ il laissa le fier Adrien aux prisias avec le nouveau roi dé Sicile^ Guillaume le Mauvais. Ce prince, à qui le pape n'avait pas voulu confirmer cette royauté, qu'il avait même excommunié, s'était jeté sur la Campanie pour obtenir par les armes ce qu'il n'aVait pu obtenir par des supplications. Les trotipes d'Adrien ayant été battues^ Guillaume n'abusa point de sa fc^uné. Il fit, au contraire, des cohditioiis si avantageuses^ queile pape erat devoir les accepter. Mais les cardinaux s'en indignèrent. Ils influaient ûé^k sur les délibérations du saint-siége et le pape n'osa p^^ser outre. Il fallut que Guillaume tes poussât de ville en ville, et les forçât à capituler dans celle de Béuévent, à traiter enfin à des conditions moins honorables. Il fut reconnu roi de Naples par une bullcv et rendit foi et hommage au pape, après avoir obtenu d'assez^grabdes immunités pour ses églises.
C'est à Bénévent ijuc Jean de Sarysbéry vint trouver son ami Adrien de la part de Henri II qui méditait la conquête de l'Irlande, et qui croyait avoir besoin de l'autorisation du pape. La faiblesse du roi Etienne et la politique de ses évêqûes avaient accru à ce point l'autorité de Rome, que Henri II avait fait de lui-même cet acte de soumission dont il devait plus tard se repentir et se venger. Adrien s'enipressa d*expédier la bulle qu'on lui demandait, et ne manqua point d'y insérer que tous les royaumes chrétiens appartenaient à l'Église romaine^. Cette Église
i. Matthieu Pâri8« p. 67 ; Hame, t. lî, p. 8.
était alors assez cavalièrement traitée par ce même Jeaii de Sarysbéry dans un entretien familier avec son ancien ami. Mais je ne fais point la satire du saint-siége, et ceux qui seront tentés de connaître ce curieux dialogue pourront le prendre dans l'abbé Fleury lui-même^. Je reviens à Henri II qui, dix-huit mois après avoir reçu la bulle dont il ne profitait pas encore, prit envers TÉglise une attitude bien différente de ce début. L'évêque Hilaire de Chichester exigeait le serment de Gautier, abbé de Saint-Martin#de-Bel; et cet abbé refusait de s'en rendre le vassal et le tributaire, en vertu d'un édit de Guillaume le Conquérant qui avait affranchi cette abbaye de toute juridiction épiscopale. Le roi Henri se fit juge de ce différend dont aucun historien ne nous donne la conclusion. Mais révêque de Chichester ayant dit insolemment au, roi qu'aucun évêque ne pouvait être déposé sans la pemiission du pape, en vertu de la puissance spirituelle qu'il mettait au-dessus de l'autorité temporelle, le roi lui répondit en riant, que s'il ne pouvait être déposé, il pouvait être chassé. L'évêquen'en soutint pas moins qu'aucun laïque n'avait la faculté d'imposer un dignitaire à une église sans l'aveu de Rome; et la colère du roi fut alors à son comble, c Vous vous appuyez en vain, lui dit-il, sur • l'autorité que le pape a reçue des hommes contre celle 9 que j'ai reçue dfe Dieu, et vous me ferez satisfaction à » l'instant d'un langage aussi présomptueux et aussi » contraire à ma dignité, t Ce ton d'autorité imposa tellement aux évéques présents qu'ils blâmèrent leur col-
i. Uv. LXX, ch. XV.
lègue, et révéque de Ghichester fit des excuses à son maître en protestant qu'il n'avait prétendu en rien diminuer la puissance royale. Cette scène était d'autant plus piquante qu'elle se passait en présence de Thomas Becket, alors chancelier d'Angleterre, et qui, en sa qualité de primat de Cantorbery, devait avoir bientôt des différends plus dangereux avec ce même roi dont il approuvait la fermeté trop passagère.
Frédéric Barberousse défendait en même temps contre le pape lui-même ses prérogatives et A dignité. Un archevêque de Lunden avait été pris par un parti d'Allemands qui le retenaient en prison pour le rançonner, et le pape s'était indigné que l'empereur n'en eût pas fait justice. Il lui envoya deux légats pour lui demander raison de cette tolérance. Ces légats joignirent Frédéric à Besançon, et la lettre d'Adrien parut si arrogante aux seigneurs qui acxîompagnaient l'empereur, qu'ils firent éclater quelques murmures. Un d'eux observa sans doute que le pape se croyait le maître de l'empire, puisque un des Romains demanda brusquement de qui donc leur maitre le tenait s'il ne le tenait pas du pape ? Cette insolence avait accru l'irritation, au point qu'Othon, comte palatin de Bavière, avait soulevé son épée et menacé le légat de lui faire sauter la tête. Frédéric avait apaisé ce tumulte, mais il avait chassé les deux légats de l'Allemagne. Ils revinrent à Rome; ils ajoutèrent à leurs plaintes des incidents calomnieux pour irriter davantage le Saint-Père; et Adrien IV se plaignit à son tour à tous les évêques allemands de la conduite de leur empereur, les exhortant à le ramener dans le droit chemin, à obtenir quelque sa-
lisfactioii des seigneurs qui avaieal menacé ses légals. < IMtes au pape, leur répondit Frédéric, qoe jehii rends > volontiers le respect qui lui est du, mais que je ne i tiens ma couronne que de Dieu; si l'Église veut dé- » traire l'empire^ qui Ta mise à la tète de l'univers, je ne i pense pas que Dieu l'y autorise. > II parle alors de rinjurieux tableau, où le pape Innocent II avait fait représenter l'hommage de l'emp^eur Lotkaire ; et s'étonne que cette peinture n'eût pas encore disparu du palais de Latran. Les prélats aUemai]^s transmireat à Rome la réponse de leur empereur et ne cachèrent point au pape qu'ils l'avaient approuvée.
Frédéric Barberousse ayant repris en même temps la roule de l'Italie à la tête de son armée, deux nouveaux . légats, choisis parmi les plus modérés, coururent au-devant de lui pour l'assurer des sentiments pacifiques du pape, pour excuser les mots blessants dont il avait pu se servir et pour lui demander la paix. Les lettres dont ils étaient chargés furent lues à l'empereur par ce même Othon de Frissingen qui nous a raconté tous les détails de cette querelle; et Frédéric, satisfait de ces explications, combla les deux légats de présents et de joie. Mais il n'arrêta point sa marche. II tint une grande assemblée à Roncaiile entre Crémone et Plaisance, et força les évêques et seigneurs lombards de renoncer en sa faveur aux droits régaliens. Adrien IV, qui les prétendait pour lui-même, en témoigna son mécontentement par une lettre si vive, qu'elle fut remise à ref!^)ereur par un inconnu qui s'enfuit bien vite avant qu'il l'eût décachetées-Frédéric répondit au pape en le tutoyant suivant
qu'en usAieQt j^lors les wpérieur^ ^ l'4gs^4 4^^ çubordpQQ^s; et ^ pape, irrité de ce manque de respect, lv|i rappelant 4'ai^tre^ tort^ que le saiut-^égQ avait à lui «eprçiçher, o^ le menacer de lui enlever sa couronne s'il i^e deven^t plus hu^ible et plus docile.
La fierté 4e Femp^reur pe fit quô s'en accroître, m Ma ^ çourowe w 4éftB^d pas (Je. vpn$, répondit ce pçi^içç. ]>Ce soiit les seigneurs d'Allemagne qui me l'ont don- » née. Es^ce que du temps de Constantin le pape Sylf vfistre se s^ait aviçé d'atteater à la di^jaité royale?
• Q'est Constan,Up qui a donné 1^ paix et la liberté à
• l'I^g^sQ; çt toutes que vqus ^yez comme pape vient
• de la générosité des empereur». Si nous chas&oas vos
• cardinaux, c'est qu'ils ne viennent ni prêcher l'Évan^ » gile ni apporter b^ paix^ m^^is amasser de l'or avec » une insatiable avidité. Vous blessez l'humilité et It^ » douceur; et l'orgueil, cette bête détestable, s'est glissé
• jusque dans la chaire de saint Pierre. Si vos évêques » ne veulent po>int me payer de régales, qu'ils ne tiennent » plus de teirrçs qui appartiennent à l'empire ^ > La paix devenait impossible; Adrien, au lieu d^ fléchir^ redoubla de lier té; on dit même qu'il suscita la révolte des Lombards que Frédéric fut obligé de punir. Cet empereur cita les rebelles dans son campde Bologne, et quatre légats y vinrent de la part d'Adrien pour luX piîfl&r des paroles plus dures encore, conune si ce pape était le maître de Tltalie. Frédéric répondit qu'il ne portait qu'un vain titre si Rome n'était pas en sa puissance. Il
i, h%^9iyUi, App^i^, à Othon, p. 863.
offrit cependant de laisser examiner ses torts si le ()ape voulait qu'on examin&t les siens. Mais les légats répliquèrent fièrement que le souverain-pontife n'était soumis au jugement de personne. Cette contestation fut brusquement tranchée par la mort du pape Adrien IV; qui arriva le 1*' septembre 11S9. II laissa la puissance pontificale assez affaiblie et les maximes de Grégoire YII fort attaquées par les deux plus grands potentats de la chrétienté.
La querelle de Frédéric et de la papauté ne fit que changer de nature pendant le schisme qui suivit ce pontificat. Deux papes furent nommés le même jour : le cardinal Roland, qui fut élu par la presque totalité des cardinaux, prit le nom d'Alexandre III; un autre, du nom d'Octavien, reçut du parti contraire te nom de Victor III. Ils écrivirent tous deux à tous les princes et prélats d'Europe pour annoncer leur élection, et s'accusèrent l'un l'autre de la violation des règles. L'Europe en fut divisée. L'empereur ne pouvait accepter Alexandre. C'est lui qui avait sans cesse animé et soutenu l'opposition d'Adrien, et qui, dans sa légation de Besançon, avait insolemment demandé àJFrédérig de qui il tiendrait l'empire s'il ne le tenait ^int du pape, j^es impériaux avaient été assez forts pour chasser Alexandre de la ville de Rome; mais il fallait autre chose à l'empereur que cette consécration de la force. Il déclara que dans les schismes il avait comme empereur le droit de prononcer entre les deux concurrents ; mais il ne voulut point décider par lui-même et s'en remit à la décision d'un concile. Il en convoqua un à Pavie, il y appela les rois et les évêques
de l'Europe. Alexandre lui en contesta le droit, affirmant contre l'histoire même que le pape seul le possédait. Mais l'empereur lui opposa avec raison les exemples de Théodose et de Charlemagne; il aurait pu y ajouter celui de Constantin. Mais il fit au sacerdoce une concession im« mense en disant aux évêques t qu'il leur remettait la » décision de cette affaire, parce qu'il n'avait pas le droit i d'en décider lui-même et que ce n'était pas à lui de les » juger en ce qui regardait Dieu. » II condamnait ainsi bien des actes de son autorité impéxistle, mais l'esprit du siècle l'avait emporté sur sa prévoyance. Le concile de Pavîe, ouvert le 5 février H60, reconnut Victor III et excommunia Alexandre. Les rois de Hongrie ei de Danemark, le duc de Bohême souscrivirent cette dé- 'Cision , mais ils se rétractèrent plus tard et passèrent au parti de l'empereur. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre se récusèrent ; mais les archevêques d'Arles, de Lyon, de Besançon et de Vienne, qui étaient encore sujets de l'empire, adoptèrent Télu de leur maître.
Alexandre III, retiré à Anagni, leur rendait leurs anathèmes, et y enveloppait Frédéric. Louis le Jeune fit reconnaître ce pape dans «n concile de Beshi^'ais. Un autre fut assemblé en Normandie, par le roi d'Angleterre Henri II, et se décida également pour Alexandre. Ces deux adhésions, celle de TEspagne et la défection des deux souverains du Nord lui donnèrent une majorité considérable. Mais Rome ne lui appartenait pas, et Frédéric assiégeait et démantelait toutes les villes de son parti. Milan, Hrescia et Plaisance avaient subi la loi du
vainqueur ^ et le véritable pape ne trouva plu3 de sûreté qu'en France. Louis le Jeune et le roi d'Angleterre le reçurent à Torcy sur la Loire, et lui servirent humblenaent d'écuyers en l'accompagnant à pied, la bride de son cheval à la main jusqu'au logis qui lui était préparé^. La royauté se dégradait elle-même, et cet honunage, qui ne fut pas le seul, était d'autant plus étonnant que Henri II n'était pas fort dévoué à TÉglise, et que le roi de Fran.ce était fort mécontent de l'accueil que ce pape ^vait fait à ses envoyés à son arrivée en Languedoc. Il négociait même avec l'empereur, par l'entremise du comte de Champagne, pour examiner de nouveau lei3 deux élections. Mais un malentendu ayant rompu leur cQnférence de Saint-Jean-de-Losne, Louis resta fidèle à la cause d'Âlexandre.'Ce pape U^t. divers conciles en France; celui de Tours fut le plus considérable. Il y amena divsept d^. ses cardinaux; il y vint cent vingt-quatre évêques et quatre cent quatorze abbés, témoignage singulier de la multiplication des monastères. Bien des règlements y furent souscrits. L'un défendait l'usure aux ecclésiastiques, l'autre leur interdisait de faire payer les viatiques et les sépultures. On renouvela la défense qu'Innocent II avait faite aux moines d'esercer les professions d'avocat et de mt'decin. On prononça la nullité des ordinations que Taulipape Victor pourrait faire, et l'on finit par la condamnation des bérétû^es du Languedoc qu'on nommait encoire Manichéens, en ordonnant aui^ seigaeurs de les