‹ Histoire de la puissance pontificale (volume 4)Chapitre 105 sur 112 · Roger de Hoved · texte numérisé non relu

Roger de Hoved

qui mettraient la main sur les terres de Cantorbery. Henri II eut peur pour lui-même, il assembla lesévêques à Londres; ils écrivirent par son ordre au pape pour justifier sa conduite, pour se plaindre des violences du primat, pour le supplier d'en révoquer les sentences. Ils s'adressèrent en même temps à Thomas Becket pour le ramener à l'humilité et à la prudence. « Le royaume est » perdu s'il persiste dans sa colère; il en gémira un jour

> lui-même; le roi est prêt à se soumettre au jugement de » l'Église, ajoutent ces évoques, il est prêt à satisfaire à

> Dieu qui, l'ayant établi pour maintenir la paix entre ses » sujets, veut aussi qu'on l'honore et respecte comme on » a respecté ses prédécesseurs. »

Le fier Thomas n'y fut pas trompé. II reconnut la main du roi dans ces doléances, et devint plus intraitable que jamais. Il reproche à ses suffragants d'abandonner leur chef, celui qui combattait pour les immunités de l'Église entière. Il leur enjoint de dire au roi qu'il n'est pas juge des évêques, et leur déclare qu'il ne les admet pas pour juges entre le roi et lui. Ce roi, de son côté, démentait les promesses de ses évêques, en signifiant à l'abbé deCîteauxque, s'il ne faisait chasser le primat du monastère de Pontigny qui était dans sa juridiction, il saisirait toutes les terres que l'ordre possédait dans ses États; et Becket avait été forcé de demander un asile au roi de France. Henri II achetait en même temps bon nombre de cardinaux par l'entremise de Jean d'Oxford l'un de ses envoyés à la diète de Wurtzbourg. Il séduisit même le pape en lui faisant espérer une paix possible; et Alexandre, qui ne voulait point pousser les choses à Fex-

tréme, chargea les cardinaux Othon et Guillaume de Pavîe de réconcilier le primat et le roi d'Angleterre. Les armements de Frédéric Barberousse l'inquiétaient trop pour qu'il fût tenté de se brouiller avec un monarque aussi puissant qu'Henri II.

Les Romains l'avaient, il est vrai, accueilli par des transports de joie. Mais les secours qu'il en attendait, les sommes que lui avait léguées le roi de Sicile Guillaume le Mauvais, les troupes que lui promettait son fils suffisaient à peine pour balancer les forces de l'empereur, qui pour la quatrième fois était rentré en vainqueur dans la Lombardie. Manuel Comnène lui offrait bien encore une armée, mais il lui redemandait la couronne d'Occident, et les cardinaux qui influaient déjà sur la politique du saint-siége, avaient repoussé cette ouverture. Ils avaient assez d'un César sur les bras. Frédéric était déjà à Roncaille, recevant les hommages de toutes les villes lombardes. Ses avant-gardes, commandées par les archevêques de Cologne et de Mayence, marchaient sur laRomagne. Mais l'empereur s'étant détourné pour châtier la ville d' Ancùnc qui s'était donnée à Manuel Comnène, les Lombards avaient encore repris leurs serments de fidélité et s'étaient révoltés contre les gouverneurs que Frédéric leur avait imposés. Maître d'Ancône après une année de siège, il alla droit à celui qu'il accusait de cette révolte nouvelle. Les Romains voulurent le prévenir, ils sortirent au nombre de quarante mille; mais les deux archevêques les battirent le 29 mai 1167 et les refoulèrent dans leurs murailles. Frédéric s'empara du château Saint-Ange, mais la partie de la ville que tenait encore le pape

Alexandre se défendit avec tant de vigueur, que Tempereur otfrit aux deux papes de se démettre pour en laisser nommer un autre. Le peuple accepta cette transaction; mais les cardinaux répondirent qu'il ne leur appartenait pas de juger le pape, et préférèrent la fuite à l'abdication *. L'antipape Pascal rentra dans Saint- Pierre et mit la couronne impériale sur la tête de Frédéric et de sa femme Béatrix. Les Romains prêtèrent serment de fidélité à Tempereur, et se jetèrent aux pieds de l'antipape. Mais une peste terrible vint au secours des vaincus. L'armée allemande en fut décimée. L'empereur reprit le chemin de ses États à travers la Lombardie révoltée. Il fut même obligé de se déguiser en valet pour gagner presque seul la comté de Bourgogne. L'antipape Pascal mourait pendant ce temps à Rome, le 20 septembre H68, et les Romains souffraient que la faction impériale lui en substituât un troisième dans la personne de l'abbé de Strum qui prit le nom de Gallixte IIL

Alexandre III n'en fut point abattu. Retiré à Bénévent, il renvoya une nouvelle ambassade et les riches présents de Manuel Comnène qui le croyait en état de lui rendre l'empire d'Occident. Ses négociations avec Thomas Becket et le roi d'Angleterre continuaient encore, mais les conférences de Gisors et d'Argentan n'avaient produit qu'une recrudescence de colère de la part du primat, qui avait renouvelé ses anathèmes contre les conseillers de son maître. Il consentait bien à traiter, mais avec la formule : c sauf Thonneur de Dieu et de son Église; » et

I, Spener; Radevic.

Henri II accordait tout de son côté sauf les droits de la royauté *. Ce n'était rien promettre. Becket vint cependant à la conférence de Montmirail où se trouvaient les rois de France et d'Angleterre. Mais son orgueil indigna Louis le Jeune, qui le laissa retourner à Sens avec une indifférence qui fit craindre au primat un ordre d'exil. La piété du roi de France l'emporta. Il rappela le fier Becket, se jeta bassement à ses pieds, lui donna pleinement raison, se plaignit de la duplicité de son maitre et jura de ne jamais Tabandonner. Aux reproches que lui en fit le roi d'Angleterre, Louis le Jeune répondit « qu'il • avait reçu Tarchevéque de Gantorbery des mains du » pape, qui était son unique seigneur sur la terre, et qu'au- » cune puissance du monde ne le forcera de le trahir. > C'est à douter de la Chronique de Gervais qui a seul raconté cet acte de faiblesse. Henri II n'en montrait pas moins. Il n'était pas encore excommunié, mais presque tous ses évéques l'étaient. Sa chapelle était déserte; et les lettres de son primat ne cessaient d'agiter TAngleterre. Ce roi écrivait au pape, aux cardinaux, aux évéques d'Italie pour faire lever ces sentences. Alexandre envoyait de nouveaux légats dont l'arrogance le ramenait à des sentiments de roi ; mais, le lendemain, ses inquiétudes le reprenaient, et le primat abusait de cette faiblesse et multipliait ses insolentes censures. Henri ordonna de mettre à mort tout messager qui porterait en Angleterre les lettres du rebelle. Il défendit de payer à Rome le denier de saint Pierre. Il renouvela les défenses de Glareodon. It voulut

i. Roger de How.

^ an —

enfin associer son fils Henri à la royauté pour qu'en cas d'anathème il y eût un souverain dans 6on royaume, et il désigna l'archevêque d'York pour ce couronnement. Le pape, excité par Becket, menaça d'excommunier cet archevêque s'il osait empiéter ainsi sur les privilèges de l'archevêque de Gantorbery. Mais Henri H était dans un accès de fermeté. Le couronnement eut heu à Westminster, et tous les évêques excommuniés y assistèrent par force ou par bravade. L'archevêque d'York se contenta de déclarer que le sacre avait lieu sans préjudice des droits de primat. Ëecket ne fut point apaisé par cette vaine formule. U alla même jusqu'à insulter l'Égliâe romaine, disant qu'il arrivait toujours à la cour de Rome que Barrabas était délivré et Jésus-Christ mis à mort. Il ajoutait que son roi se servait de ses dépouilles pour corrompre les cardinaux et les courtisans du pape. Les évêques français se plaignaient également de la tolérance de Rome. Hs obligeaient leur roi à s'en indignei* comme eiix; et, sans répondre sur le fait du couronnement, le pape dit enfin que, si dans quarante jours Henri Une rappelait son primat, il jetterait Tinterdit sur l'Aiigleterrè. Cette menace, si longtemps redoutée, fit fléchir le monarque. U vit Thomas Becket sur la froritière de France le 20 jtHlIet ld70, il Tembrassa, le revit une secondé fois à Tourâ, une troisième â Chaumdnt; mais il n'ôbtiiit jamais de lui l'absolution des excommuniée. U soutfHt même sans colère que le pape interdît de toute fonction épiscopale ceux qui avaient coopéré ou assisté au couronnement de son fils^ Thomas Becket rentra enfin dans soU égHèe èé G4fal6r-

hcry, sans condition, après six ans d'exil. Les acclamations du peuple le consolèrent sans Tapaiser, mais Tattitude des barons lui causa quelques alarmes. Au moment où il approchait de Londres, deux chevaliers vinrent lui signifier de la part du jeune roi de retourner dans son église. Il monta en chaire pour renouveler ses anathèmes en faisant pre^ntir sa mort prochaine. Henri II n'ignorait rien de ce qui se passait, et Topiniâtreté du primat le faisait extravaguer de colère. Il était demeuré en Normandie, il y tenait sa couret les évêques excommuniés étaient venus l'y rejoindre. Celui d'York lui dit un jour qu'il n'avait aucune paix à attendre, tant que Becket serait en vie*, et le roi s'écria qu'il était c bien malheu- » reux de n'avoir pas un ami qui osât le venger de Tin- • sultante opiniâtreté d'un misérable prêtre 2. » Ces paroles furent un arrêt de mort: quatre gentilshommes que l'histoire a nommés passèrent la mer, et, quelques jours après. Thomas Becket fut massacré dans son église. Henri II fut épouvanté d'un crime qui allait infailliblement retomber sur sa tête; il sentit que ses imprudentes paroles allaient l'accuser aux yeux de l'Église et du monde. Il s'enferma dans son palais, il y resta trois jours sans nourriture. Cinquante envoyés partirent pour Rome pour le justifier, mais ses ennemis les avaient devancés. L'archevêque de Sens avait déjà jeté l'interdît sur les terres que le roi d'Angleterre possédait sur le continent. Louis le Jeune lui-même provoquait l'excommunication

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